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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Tony Blair et Kadhafi

26 Février 2011 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Actualités

Non, Kadhafi n’était pas un leader fréquentable

    Source: La liberté sinon rien

    Tirs de mitrailleuses et de mortier dans la foule, des dizaines de morts : la brutalité de la répression déclenchée contre les protestataires libyens est venue tragiquement contredire tous ceux qui nous juraient la main sur le cœur que le colonel Kadhafi avait changé.

    Depuis quelques années, en effet, au fil des contrats pétroliers et des ventes d’armes, certains milieux politiques européens, des multinationale américaines et européennes et jusqu’aux syndicats de la FN à Herstal, prétendaient que la Libye était devenue un partenaire respectable de la communauté internationale.

    A les croire, Kadhafi ne cherchait plus à posséder des armes de destruction massive, il avait coupé les liens avec les organisations terroristes, il avait mis fin à ses activités subversives dans des régions en guerre.

    Mieux encore, comme le déclarait le premier ministre Tony Blair lors d’une visite à Tripoli en 2004, le colonel Kadhafi était devenu un allié de l’Occident dans la lutte contre le terrorisme international. D’autres, tout particulièrement en Italie, saluaient le rôle assumé par la Libye pour contenir les flux de migrants sub-sahariens désireux d’atteindre les côtes européennes.

    Bien sûr, il n’y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Alors que les hommes d’affaires se bousculaient à Tripoli, les organisations de défense des droits de l’homme continuaient à condamner un pays dirigé de main de fer par le clan Kadhafi et ses services secrets. Les associations de migrants dénonçaient les exactions et les violences racistes commises contre les Africains. Et presque tout le monde se scandalisait du procès fait aux infirmières bulgares, accusées d’avoir infecté des enfants libyens du virus du sida, et se gaussait des frasques du colonel lors de ses déplacements à l’étranger.

    Peu importe, en dépit de ses excès et alors qu’il aurait dû faire l’objet d’un mandat d’arrêt international, Kadhafi était reçu les bras ouverts à Paris ou à Rome. Rama Yade, alors secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme, tenta bien de se dissocier du personnage, en déclarant que « le colonel Kadhafi doit comprendre que notre pays n’est pas un paillasson sur lequel un dirigeant, terroriste ou pas, peut venir s’essuyer les pieds du sang de ses forfaits. La France ne doit pas recevoir ce baiser de la mort ». Mais l’incident fut vite balayé : la décision avait été prise en haut lieu de fermer les yeux et de tout oublier.

    En 2009, la Grande-Bretagne alla même jusqu’à renvoyer à Tripoli un ressortissant libyen qui avait été condamné et emprisonné pour sa participation à l’attentat contre l’avion de la Pan Am en 1988 au dessus du village écossais de Lockerbie (270 morts). La justice invoqua des raisons humanitaires, arguant que le terroriste était atteint d’un cancer en phase terminale. Certains, toutefois, accusèrent des entreprises britanniques, soucieuses de leurs intérêts en Libye, d’avoir fait pression sur la justice écossaise pour qu’elle fasse preuve de clémence. Selon les révélations de Wikileaks, Kadhafi aurait utilisé des « méthodes de voyou » en menaçant les intérêts et les ressortissants britanniques en Libye.

    La Libye est le test ultime de la crédibilité des politiques étrangères des pays démocratiques. Le monde est ainsi (mal) fait que ceux-ci ne peuvent pas s’interdire de commercer avec tous les régimes autoritaires, mais cette reconnaissance du principe de réalité n’autorise pas toutes les concessions ni toutes les ignominies.

    Confier à Kadhafi la responsabilité de traquer les sans-papiers subsahariens, lui vendre des armes destinées à ses forces de répression et peut-être à des groupes armés impliqués dans des conflits africains, auraient dû constituer autant de lignes rouges. Elles ont pourtant été franchies sans vergogne.

    Aujourd’hui, le voile est tombé. Kadhafi est bien ce tyran brutal et déjanté que dénonçaient les ONG. Ceux qui ont prétendu le contraire vont bientôt devoir se justifier, surtout ceux qui ont défendu l’idée insensée de lui vendre les armes qui servent aujourd’hui à massacrer des civils désarmés.

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