Paul Kagame : plus vite, plus haut, plus fort
Billet d'humeur d'Eugène Shimamungu (Newsletter n°31)
Citius, altius, fortius ! La devise olympique semble être actuellement celle du président rwandais Paul Kagame dans son sport préféré : le crime. A chacun de ses forfaits, nous pensons qu’il a touché le fonds, mais non, il continue de creuser ! Un puits sans fond ! Depuis le début de l’année, le nombre d’assassinats réussis ou manqués se sont multipliés, on ne comte plus le nombre d’arrestations, de disparitions, on ne peut plus rien compter, tellement c’est énorme ! Joseph Ntawangundi (on l’a déjà oublié celui-là) Déo Mushayidi (dont plus personne ne parle), Victoire Ingabire, Bernard Ntaganda, Peter Erlinder, Kayumba Nyamwasa, Agnès Uwimana, Jean Léonard Rugambage, etc. Tout ça c’est lui ! Les grenades qui ont précédé, c’est aussi lui ! Où s’arrêtera-t-il ? Qui va l’arrêter ? A chaque arrestation, à chaque attentat, on se demande ce qui va suivre ! What next ?
On se serait dit que l’homme a peur, peur de l’élection présidentielle prévue en août prochain. Car le criminel serait sous le coup de deux mandats d’arrêts internationaux s’il n’était protégé par l’immunité présidentielle. Mais cela, il en a pris conscience depuis l’an 2000, où il a poussé vers la sortie, puis embastillé (pour avoir osé créer un parti politique après sa déposition) le hutu de service Pasteur Bizimungu qui occupait la présidence de la république sans en avoir le pouvoir qu’incarnait son Ministre de la Défense Paul Kagame. Ce sera plus tard, mais trop tard, que les mandats d’arrêts internationaux français (en 2006) et espagnol (en 2008) sortiront. Il était déjà sous la protection de l’immunité présidentielle. A chaque élection des opposants disparaissent, ou sont embastillés dans les prisons mouroirs du Rwanda.
Une dictature meurtrière pèse sur les citoyens rwandais emmurés de le silence par peur d’une répression sanglante en cas de soulèvement populaire. Mais la cocotte-minute est au bord de l’explosion, surtout lorsque le plus inéligible des Rwandais décide de présenter sa candidature à la Commission électorale, interdisant à d’autres candidats plus présentables et plus honnêtes de le faire. C’est sa propre survie qui est en jeu. Et qui ne l’a pas compris, ne connaîtra pas le véritable mobile de tous les crimes actuels perpétrés au vu et au su de tout le monde. Et il a prévenu, d’autres assassinats sont en préparation comme il l’a déclaré sur la TVR le 28/06/10 devant un parterre de journalistes à propos d’un général qui a été abattu et d’autres qui seront assassinés « Umujenerali warashwe, cg n'abandi bazaraswa n'ejo n'ejobundi ». Et gare à ceux qui ratent ou ne parviennent pas à supprimer leurs cibles, ils devront rendre des comptes.
Fallait pas rater Kayumba Nyamwasa, car il risque de tout déballer sous un nouveau statut de repenti ! Seulement si l’Afrique du Sud accepte de l’extrader vers la France ou vers l’Espagne. C’est de cela que Kagame a le plus peur.
L’heure du bilan pour Victoire Ingabire
Il faut bien reconnaître que c’est l’arrivée de Victoire Ingabire au Rwanda qui a mis l’électricité dans l’air. Son bilan est énorme, car jusque là les Rwandais ne savaient pas qu’on peut risquer sa vie pour une idée, pour la démocratie, en abandonnant sa famille. Peut-être le reniement (quelles que soient les raisons) de son premier accompagnateur dans l’aventure Joseph Ntawangundi a gâché le tableau, mais cela tout le monde l’a oublié. Ce qui fait de Victoire Ingabire une véritable héroïne, c'est le fait même de faire comprendre aux Rwandais, qu’ils peuvent se soulever contre l’oppression du pouvoir dictatorial de Kagame, qu’ils peuvent braver les interdictions et manifester dans la rue, quitte à être arrêté, torturé, tué. Et ceci n’est qu’un début, le dictateur n'a qu'à bien se tenir. Il a compris que plus personne n’a peur de ses prisons mouroirs, plus personne n’a peur de mourir. Les professionnels en communication pourraient lui conseiller de relâcher tout ce monde emprisonné, et d'arrêter de tuer les gens, car c'est cela même qui risque de provoquer un soulèvement populaire qu'il ne pourra pas arrêter. C'est comme cela que toutes les révolutions commencent.
Jusque là ce qui préoccupe Kagame est de se maintenir au pouvoir contre vents et marées pour continuer à bénéficier de l’immunité présidentielle. Et il a presque réussi puisque la véritable opposition ne peut plus rien faire. Presque tout le monde est en prison et ne peut se présenter à l’élection présidentielle. On s’attend donc, sauf surprise de dernière minute, à ce que le président soit réélu avec un score stalinien de 99,99%.
Eugène Shimamungu
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