OPPOSITION RWANDAISE: la valise ou le cercueil
(Le Pays 16/07/2010)
A la veille du scrutin présidentiel du 9 août prochain, le Rwanda du général Kagamé se radicalise. Assassinats politiques, embastillement, harcèlement continu
des opposants sont devenus monnaie courante. A tel point que les pays occidentaux qui soutiennent le régime du général président devraient reconsidérer leur position. A commencer par les
Etats-Unis. Sous peine d’être accusés un jour d’avoir activement contribué au recul démocratique sur ce continent.
Car, décidément il y a dans ce pays trop de morts et de tentatives d’assassinat inexpliqués parmi les opposants et tous ceux qui sont prompts à critiquer la gestion du pouvoir à Kigali. Tout
laisse croire que le pouvoir rwandais a opté pour la liquidation systématique de tous ceux qui ne partagent pas son projet de société. Pourquoi tous ces meurtres, ces crimes crapuleux ? Et
pourquoi ces solutions radicales à la limite de la lâcheté ? Quelles enquêtes sérieuses ont-elles été menées jusque-là ? Pourquoi n’aboutissent-elles jamais ? Le régime rwandais manquerait-il
tant d’assurance et de sérénité ? Combien lui faudra-t-il encore de cadavres et d’exilés pour être satisfait ? Toujours est-il que ce type de comportement est le propre des régimes aux abois. Une
option propre aux dictatures staliniennes. Avec cet amoncellement de haine et de cadavres, Kagamé donnera sûrement de lui une image difficilement réparable. A l’évidence, les assassinats ciblés
montrent que le chef de l’Etat rwandais ne veut point de la démocratie. D’ailleurs, peut-il la faire et la réussir ?
La dernière victime de cette vague de répression est André Kagwa Rwisereka, vice-président du Parti démocratique vert. Après des menaces de mort, il avait été porté disparu. Son corps, quasiment
décapité, a été retrouvé mercredi dernier dans le sud du pays. Découverte macabre qui illustre une fois de plus le sort que le régime Kagamé réserve à ses opposants. Une barbarie qui pèsera
longtemps sur la conscience de tous ceux qui ferment les yeux sur les ignominies d’un régime visiblement aux abois. De quoi a donc peur le général ? Son régime se refuse à ouvrir tout espace à
l’opposition. Il étouffe continuellement la liberté d’expression. Journalistes et opposants sont devenus la race à faire disparaître. Kagamé n’a point de limite dans la répression. Ainsi, dans
l’armée, de hauts gradés ont été mis aux arrêts. L’ancien chef d’état-major, le général Kayumba, a lui-même dû partir en exil en Afrique du Sud. Malgré tout, il a fait l’objet tout récemment
d’une tentative d’assassinat. Sans aucun respect pour la personne de Nelson Mandela dont l’exemple en matière de tolérance et d’ouverture d’esprit s’impose aujourd’hui à tous les dirigeants de la
planète.
Le pouvoir rwandais est surtout sans pitié pour les anciens membres ou alliés du Front patriotique rwandais (FPR) au pouvoir depuis 1994. Il est vrai que les anciens compagnons fuient toujours
avec les petits secrets et les stratégies. De quoi amener Kagamé à craindre plus ses adversaires internes que ses opposants officiels. Or, le Parti démocratique vert rassemble des transfuges du
FPR. Comme d’autres partis d’opposition, il peine donc à obtenir sa légalisation et ne pourra pas présenter de candidat à l’élection présidentielle. Très critique à l’égard du régime de Paul
Kagamé, le Parti démocratique vert dérange sérieusement. A sa création, ses dirigeants ont expliqué qu’ils entendent mettre fin à la peur des Rwandais et arrêter un système où les idées d’une
seule personne ou d’un seul parti dirigent le Rwanda. Pourtant, Kagamé a largement bénéficié de la bonne compréhension et du soutien de tous ceux qui ont admis la thèse qu’il a avancée pour
justifier sa mainmise sur le Rwanda. Après la libération de son pays, l’on croyait Kagamé capable de suivre la trajectoire tracée par Nelson Mandela. Malheureusement il s’est installé dans une
logique de maquisard et peine à faire la démocratie après 16 ans de règne. Jour après jour, il se révèle dépassé, incapable d’évoluer dans un système qui admet la critique, favorise le débat
contradictoire et exige le respect de l’adversaire politique.
Kagamé et ses sbires comprennent difficilement que l’Afrique a tourné une page. Elle ne peut plus faire machine arrière. Elle attend désormais de ses dirigeants une gouvernance
quasi-irréprochable. Celle-ci passe inévitablement par le respect de la vie humaine qui est sacrée. S’il y a eu des dérapages à certains moments de notre histoire, désormais chaque acteur
politique africain doit comprendre qu’il lui faut vivre avec cette conviction que les peuples de ce continent vomissent les dirigeants incapables d’être à l’écoute de la souffrance des autres. La
tragédie est davantage inacceptable lorsque le peuple est bâillonné. A force de se conduire comme tel, Kagamé finira bien un jour par répondre de ses actes devant la Cour pénale
internationale.
Comme El Béchir. Nombre d’Africains considèrent désormais le chef de l’Etat rwandais comme un véritable dictateur aux mains tachées de sang. A deux pas de l’élection présidentielle, "l’homme
mince de Kigali" semble se raidir davantage. Kagamé est non seulement incapable de dialoguer avec l’opposition, mais encore il est sans pitié avec ses anciens compagnons de lutte. Après avoir
longtemps servi de fonds de commerce, le génocide et le révisionnisme commencent à indisposer, tant l’homme fort de Kigali déçoit. Intolérant, Kagamé est décidé à mettre tout le monde au pas. Il
donne l’impression de ne pas vouloir entendre parler d’alternance. Pris en otage, le peuple rwandais aspire pourtant à davantage de liberté et de démocratie républicaine. Certes, le pays est
physiquement un petit territoire. Mais à Kigali, le pouvoir montre ouvertement qu’il y a de moins en moins de places pour ceux qui s’opposent à la pensée unique.
Le désespoir doit être grand pour tous ceux qui croyaient leur pays libéré et aspiraient à le reconstruire dans la paix retrouvée et dans la démocratie. Les voilà encore contraints de se tapir ou
de fuir. Tant et si bien qu’à terme, le landernau politique sera bientôt truffé de personnalités et d’acteurs politiques sans envergure. Car au Rwanda de Kagamé, l’expérience démocratique se
résume en une seule alternative : la valise ou le cercueil.
"Le Pays"
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