La folle semaine de Victoire Ingabire Umuhoza
Billet d'humeur d'Eugène Shimamungu (Newsletter n°18)
L’arrivée tonitruante à Kigali de Victoire Ingabire Umuhoza a bousculé les grilles d’analyse des thuriféraires du pouvoir de Kigali qui escomptaient sur le non retour au Rwanda de la candidate
auto-déclarée à la prochaine
présidentielle.
Depuis le mois de mai que les dix membres des FDU avaient demandé les passeports, le pouvoir de Kigali a tergiversé, temporisé, puis donné les passeports après plusieurs mois d’attente, mais à
deux membres seulement (dont la candidate) des FDU qui les avait demandés. Les plus hautes instances des FDU nous ont assuré que tous les demandeurs de passeports rwandais n’étaient pas forcément
du voyage sans retour de la présidente Ingabire Umuhoza. C’est ainsi que l’on ne peut pas parler de désistement du second membre des FDU Jean de Dieu Tulikumana, qui a obtenu le passeport. Mais
la même source nous a appris également que Mme Victoire Ingabire avait formellement demandé aux « génocidaires » de ne pas l’accompagner. Ainsi une équipe avait été
formée en évitant tous ceux qui se trouvaient sur des listes fabriquées par le pouvoir de Kigali.
Depuis l’obtention des passeports nous avons attendu le départ de Mme Victoire Ingabire et avions, nous aussi, pensé un moment qu’elle ne pouvait pas s’y rendre, vu que le pouvoir de Kigali avait non seulement refusé les passeports aux autres membres « non-génocidaires » des FDU demandeurs, mais aussi réussi à associer les FDLR et les FDU dans un rapport paru en novembre 2009 (voir alinéa 103), avalisé par le Conseil de sécurité, faisant penser que Mme Ingabire flirtait avec les génocidaires. L’accusation va même très loin parce qu’elle est faussement accusée, d’être « parente » du Général Sylvestre Mudacumura (ils sont de la même région, mais pas de la même famille), le chef de la rébellion FDLR.
Même pas peur
L’arrivée sur le tarmac de l’Aéroport International de Kanombe, anciennement dénommé Grégoire Kayibanda, en a donc étonné plus d’un. En répétant les paroles du Pape Jean Paul II « N’ayez pas peur », elle a surpris par son audace et ses paroles ont pratiquement déstabilisé la classe politique rwandaise qui l’a immédiatement qualifiée de « négationniste », « révisionniste ». En déclarant à la presse devant le Mémorial du génocide à Gisozi ne rappelait que le génocide des Tutsi, mais pas celui des Hutu, le ton était donné. Sans perdre un seul jour depuis son arrivée, elle a tout de suite enchaînée avec le contact avec la population les visites dans les hôpitaux, les visites dans les prisons, les audiences diplomatiques, sans oublier la visite du « stade de la démocratie » et la tombe du premier président rwandais Dominique Mbonyumutwa. Bref des gestes qui ont rendu furieux le pouvoir de Kigali et faisaient penser que le retour de Victoire Ingabire dans son pays natal ne sera pas une promenade de santé, et moins encore une excursion touristique comme certaines mauvaises langues commencent à le prétendre.
Tandis que les uns fantasment sur les noms prédestinés de Victoire Ingabire (« don ») Umuhoza (« Paraclet »), faisant croire que la victoire est inévitable, les autres pensent avec lucidité que le félin est en train de veiller, et qu’il va laisser l’antilope gambader – du moment qu’elle ne peut lui échapper –, en attendant le moment propice, où il aura le plus faim pour l’égorger ! L’on a déjà lu sur des forums rwandais, des appels au meurtre, ou à l’arrestation de Victoire Ingabire. Avec un peu plus de chance, elle s’en sortira vivante et libre et pourra revenir saine et sauve, dans son foyer à Zevenhuizen (Pays Bas). Il s'agit d'une histoire de vie ou de mort, c'est la propre vie du dictateur qui est en danger. Car il ne faut pas oublier qu’une fois que ce criminel de guerre, de surcroît multi-génocidaire, aura perdu son immunité présidentielle, il sera sous le coup de multiples mandats d’arrêts internationaux. Penser qu’il pourra quitter « démocratiquement » le pouvoir est illusoire. Comme l’opposition n’a pas réfléchi de sa propre initiative, sur l’éventualité d’une prolongation de l’immunité présidentielle, ou sur une simple amnistie des crimes de génocide ou de crimes contre l’humanité (ce qui serait inacceptable pour Paul Kagame), il sera impossible de gagner les élections.
Les FDU veulent-ils brûler leur passionaria ?
L’on ne peut pas dire qu’il y a une certaine acrimonie contre la passionaria au sein de la direction des FDU, mais l’on peut constater des « maladresses » de communication comme si cette organisation n’était pas prête pour se lancer dans la campagne présidentielle. Il faut se demander, par exemple, qui a eu la mauvaise idée de mettre en ligne sur Wikipedia, le CV gonflé de la présidente. Ça fait près de deux ans, lorsqu’un journaliste a parlé de Mme Victoire Ingabire comme une économiste, j’avais fait des recherches sur sa formation. Je suis tombé exactement sur le même CV que celui qui a été mis en ligne sur Wikipedia. J’avais alors mis en garde un Vice Président des FDU contre l’effet boomerang que pourrait produire une telle annonce alors que V. Ingabire n’a pas de cursus académique connu. J'avais également dit qu'elle n'avait pas besoin d'être économiste pour être présidente. Décidemment je n’ai pas été écouté. Le CV en question n’indique même pas quel type de diplôme d’études secondaires elle a obtenu. Ceci pourrait faire penser qu’elle n’en a pas ! De toute façon, il y a plein de dirigeants à travers le monde, qui sont parvenus au pouvoir de façon démocratique et qui font correctement leur métier sans avoir fait d’études. C’est le cas du Président Lula du Brésil ou Evo Morales de Bolivie. Je ne sais pas ce que les dirigeants rwandais vont chercher dans le mythe des diplômes. Paul Kagame lui-même, qui n’a pas fini ses études secondaires, n’a-t-il pas été obligé de modifier son propre CV qui mentionnait auparavant une Université qu’il n’avait jamais fréquentée !
Bref les stratégies de communication des FDU sont actuellement confuses, pour ne pas dire brouillonnes, car certains de ses dirigeants sont prêts à s’épancher sans savoir quel effet les
informations données vont produire.
Il est
grand temps de se ressaisir, de serrer les rangs, car la lutte pour l’élection présidentielle sera longue et périlleuse. Les nouvelles technologies pourraient par exemple leur permettre de
communiquer au jour le jour pour devancer l’information donnée par les médias locaux pro-gouvernementaux en général, mais rien n’est fait en matière de reportage régulier et pertinent sur les
faits et gestes quotidiens de la présidente. Nous voulons surtout des images prises correctement, pas d’images prises de dos ou sans lumière, furtivement ! Est-il interdit de se promener
avec un téléphone portable au Rwanda ? Il n’est pas normal que nous apprenions tout des médias locaux. Et l’on se demande si l’équipe des cinq personnes qui sont parties avec la présidente,
est vraiment efficace en matière de communication, caractérisée jusqu’à présent par un amateurisme désarmant. C’est certain que sur place Victoire Ingabire sera submergée par la propagande
gouvernementale, même si la population est certainement accueillante à la candidature de Victoire Ingabire et que rien ne pourrait dévier son vote contre le dictateur Kagame, sauf, comme en 2003,
le bourrage des urnes. Mais il faut repenser sa communication envers la communauté internationale. Les seules rencontres diplomatiques ne suffiront pas à mon avis, contre la volonté du pouvoir de
Kigali pour sa propre survie, d’associer de près ou de loin, la candidate des FDU au génocide. Paul Kagame pourrait accepter qu’elle puisse inscrire son parti politique afin de l’utiliser pour
accréditer l’élection présidentielle, sans plus. Comme la dernière fois, les observateurs internationaux, pourraient valider les élections, même si les fraudes seraient constatées.
Eugène Shimamungu
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