Affaire du franco-rwandais Jean Rwabahizi: laissé pour compte du réchauffement des relations diplomatiques France-Rwanda
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Indignée d'un côté par l'arrestation et l'incarcération de son père et de l'autre côté par l'attitude du Gouvernement français, Zahara Mukagikwiye
se demande si certains Français ne sont pas des citoyens de seconde zone. La République Française, patrie des droits de l’homme, a-t-elle des citoyens de seconde zone qui ne meritent pas qu’on s’occupe de leur sort ??
Par Zahara Mukagikwiye Rwabahizi (00 32 477 88 61 22) Bruxelles, le 14 janvier 2010
Dernièrement deux jeunes Françaises, qui avaient été arrêtées en République Dominicaine pour trafic de drogue, ont été libérées grâce à l’intervention de la France. Aujourd’hui mon père, citoyen français, qui a travaillé toute sa vie pour l’état français semble ne pas pouvoir bénéficier du même intérêt. Mon père, Jean Rwabahizi, franco-rwandais, vient d'être jeté dans la prison centrale de Kigali. Nous craignons pour sa vie et nous ne pouvons rien faire... C'est un commando armé qui est venu l'arrêter hier matin à 9 heures, sans convocation, sans prévenir. En à peine trois quarts d'heure, il a appris avoir été condamné par contumace à 30 ans de prison. Le ministère français des Affaires étrangères refuse d'intervenir. Nous pensons que mon père est victime des relations franco-rwandaises. Il a fait toute sa carrière à l'ambassade française à Kigali (quand les Français ont fui la guerre, c'est à lui que l'ambassade a confié toutes les responsabilités au péril de sa vie), et c'est sûrement pour ça qu'il a été arrêté: le pouvoir rwandais lui en veut de ses relations avec la France. J'ai contacté le ministère français des affaires étrangères, et il m'a été répondu que la France ne pouvait en aucun cas se permettre de gâcher sa chance de renouer les contacts diplomatiques avec le Rwanda. Mon père, qui est pourtant bien ressortissant français, et qui voit ses droits élémentaires être manifestement violés, se retrouve donc pris en otage des ambitions diplomatiques de la France. Aujourd'hui, près de 16 ans après le génocide, on l'accuse du meurtre de deux ou trois jeunes filles dans le quartier huppé Kiyovu, à Kigali, où se situe l'ambassade de France. Qui, quoi, comment ? Ca n’a manifestement pas beaucoup d’importance ! Après la guerre, mon père est resté au service de l'ambassade de France au Rwanda jusqu'en 2006. Il n'a jamais été accusé de meurtre, même à l'époque des grands procès des présumés génocidaires, alors pourquoi est-il subitement arrêté aujourd’hui ? Dérange-t-il ? Après la guerre, en 1996, il est revenu à Kigali et a recommencé à travailler à l'ambassade française. Le pouvoir rwandais a voulu l'utiliser pour espionner les Français. Mais il a toujours refusé. En 2006, lorsque le Rwanda a ordonné la fermeture de l'ambassade de France, mon père a par conséquent perdu son emploi. Etant proche de l'âge de la retraite, il a décidé de se rapprocher de sa famille et est venu s'installer en France, où il a reçu la nationalité française.. Il est retourné à Kigali ce 9 janvier, avec sa compagne française. Il voulait essayer de faire valoir ses droits à une pension (la France ne veut rien lui verser parce qu'à l'époque où il travaillait pour l'ambassade, il était Rwandais et employé au Rwanda, et devrait donc toucher sa pension de l'état rwandais). Il voulait aussi vérifier la gestion de ses biens immobiliers (il possède, entre autres, une grande maison à Kigali, qui attire les convoitises). Mais hier, à 9 heures du matin, il a été arrêté...
Bruxelles, le 14 janvier 2010 Zahara Mukagikwiye Rwabahizi (00 32 477 88 61 22) |
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