Abdul Ruzibiza et ses contradictions
LES CONTRADICTIONS D’UN LIEUTENANT RWANDAIS
ABDUL RUZIBIZA, TÉMOIN, ACTEUR, FAUX-TÉMOIN
par Claudine Vidal
Abstract
lorsqu’elles sont publiques, elles concernent principalement les Forces Armées Rwandaises. La pénurie documentaire est encore plus grande pour le cas de
l’armée du Front Patriotique Rwandais. Un ancien militaire de cette armée a produit un document sur les pratiques combattantes de la guérilla et témoigné devant diverses juridictions. Il a, en
2008, renié ses précédentes interventions. Cet article décrit comment le témoin Ruzibiza est devenu un personnage public.
1. INTRODUCTION
La guerre civile, qui commença au Rwanda en octobre 1990 et se termina en juillet 1994 par la victoire du Front patriotique rwandais (FPR), n’a été que peu étudiée, hors des cercles militaires. Certes, la chronologie et la cartographie des combats peuvent être reconstituées. Mais cette connaissance laisserait en suspens nombre de questions. Par exemple, si les Forces armées rwandaises (FAR) ont repoussé la première attaque de l’Armée patriotique rwandaise (APR), elles ont rapidement subi des défaites face à la guérilla et n’ont dû, en février 1993, l’arrêt de l’avance de l’APR sur Kigali qu’au renfort des militaires français. Pourtant, les FAR, de 5 000 hommes en 1990, étaient passées à 35 000 hommes en 1993. Même si l’on sait combien la haute hiérarchie militaire était inextricablement mêlée aux autorités politiques dans un pays dont le président, un général, chef de l’état major, ne démissionna de l’armée qu’en 1992 pour pouvoir se présenter à une éventuelle élection présidentielle, même si les conflits existant entre les « anciens » hauts-gradés et les plus jeunes, diplômés d’écoles militaires ne sont pas restés secrets, il n’y a pas de collecte systématique de documents et de témoignages qui permettraient de tracer un tableau précis des conditions qui ont conduit aux échecs puis à la défaite des FAR, de relier ces échecs au contexte de l’époque. Les militaires qui ont été auditionnés par les parlementaires français, en 1998, ont souligné les faiblesses de l’armée rwandaise qu’ils jugeaient assez graves pour que leur soutien paraisse indispensable. Il doit assurément exister nombre de données et de rapports adressés du terrain au ministère français de la Défense, mais, jusqu’à présent, ces documents ne sont pas accessibles aux chercheurs. Quant à l’APR, il y a encore moins d’enquêtes indépendantes sur ses pratiques de guerre, sur son organisation, sa discipline et ses tensions internes, sur le recrutement de ses hommes, sur leurs carrières, sur leur participation aux violences de combat et à celles contre les blessés, les prisonniers, les civils.
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