A propos de Kayumba Nyamwasa et du 6 avril 1994
Le point de vue d'un Congolais
source: forum lecridesopprimes@yahoogroupes
Au delà des déclarations sur l'attentat contre l'avion de Habyarimana, j'aimerais attirer l'attention des
compatriotes sur quelques points importants en rapport avec d'autres aspects de cet article.
1°) L'opposition Kayumba - Keregeya contre Kagame reste d'abord un problème
rwando-rwandais qui ne résoud pas le problème de fond de l'occupation congolaise. Cela doit appeler plus d'un congolais à la grande prudence. Ce qui nous éviterait
le piège de l'AFDL qui a chassé le tyran Mobutu pour le remplacer par les despotes Kabila père et fils.
En effet, quelle que soit l'issue de leur combat contre Kagame, nous congolais devons constamment avoir en tête
que cette guéguerre intratutsie et non inter-rwadaise est d'abord un problème de cuisine interne entre les vieux potes. Si jamais ils arrivaient à vaincre Kagame, Kayumba et
Keregeya, tous deux de l'ethnie tutsie comme Kagame, seront confrontés aux mêmes préoccupations ethnopolitiques, économiques, démographiques et
sécuritaires que Kagame, à savoir:
- La question de la survie de l'ethnie tutsie dans l'Afrique Centrale (depuis l'Océan
Indien husqu'à l'Atlantique).
- La gestion du surplus démographique au Rwanda qui aura toujours les yeux
sur le contrôle de la RDC pour caser ses populations.
- La nécessité pour le rwanda de disposer d'un vivier financier, économique et minier
afin de répondre aux impératifs socio-économiques de son développement.
- La sécurité des tutsis au Rwanda, lesquels, quels que soint les détenteurs du
pouvoir, ne tolereraient pas un dialogue politique interrwandais avec les FDLR (et leur rapatriement)
Ce qui revient à dire que ce conflit est purement fonctionnel dans une logique systèmique. C'àd, on va juste
remplacer des personnes jouant un rôle au sein d'un système bien établi sans alterer fondamentalement l'équilibre et le mode de fonctionnement de ce système, notamment en ce qui
concerne la politique de défense et des affaires étrangères dans le contexte géopolitique sulfureux des Grands Lacs.
Donc ce sera du blanc bonnet ou bonnet blanc. Ce qui, de mon point de vue, ne devra pas changer grand
chose pour le Congo humilié et à genoux.
D'où mon appel à la vigilance et à la lucidité qui veut que nous ne sombrions pas dans l'attentisme de voir les
autres trouver des solutions à notre place. C'est aux filles et aux fils du Congo de libérer eux mêmes le Congo. Un éventuel départ de Kagame serait similaire à l'assassinat de
Mzee Kabila qui n'a pas rendu le Congo aux congolais. Tosala keba!
2°) Comme je l'ai dit, depuis un certain temps, j'étudie le mode de
fonctionnement du pouvoir rwandais. Ainsi, je ne cesse de l'affirmer que le Rwanda est devenu un laboratoire d'expérimentation de la politique
à implémenter par Kabila en RDC.
Ces interviews de Kayumba et Keregeya sont assez éloquentes
sur ce modus operandi rwandais qui s'applique actuellement en RDC. En voici une illustration:
"Pendant que les extrémistes Hutus se réorganisaient au Congo fin 1994 et début 1995 pour à nouveau
déstabiliser notre pays, un gouvernement d’union nationale avait été installé dans lequel siégeaient aussi bien des Hutus modérés que des
membres de notre organisation. Et nous espérions tous que celui-ci allait tirer le pays de l’ornière et rétablir la démocratie.
Les leaders des Hutus modérés qui siégeaient dans ce gouvernement (Cas du pasteur Bizimungu) ont été éliminés ou habilement manœuvrés les uns contre les autres par des figures ayant juré fidélité à Kagame.
La presse a été muselée avec pour argument que le nouveau régime n’admettrait pas de journaux haineux ou des radios comme la Radio Mille Collines."
Ceci ne nous rappelle-t-il pas la situation actuelle de la RDC où depuis quelques jours, l'on constate une
certaine agitation irrationnelle de certains politiciens de l'opposition attirés par l'appât financièrement mielleux qu'offrirait un "pseudo
gouvernement d'ouverture" sans que la question fondamentale du reglèment de la vérité des urnes et de la crise institutionnelle qui en résulte n'ait
été complètement politiquement et juridiquement traitée dans son fond? Ne risquent-ils pas , à l'instar du Pasteur Bizimungu et autres hutus modérés,
de tomber le piège d'être politiquement ou physiquement neutalisés ou éliminés (cfr le décès suspect du MLC Roger Nimy après une altercation avec Kabila) à
l'image des expérimentations rwandaises sus-illustrées, une fois faisant partie de ce "gouvernement"? Le cas Mobutu Nzanga devrait interpeller plus d'un! Aujourd'hui, il est
quasiment dans un coma politique en passant d'une dizaine de députés en 2006 à seulement deux députés en 2011, après que le modus operandi d'expérimentation rwandaise
soit passée par là.
En conclusion, aux congolais de se prendre eux-même en charge et de ne pas trop compter sur les scènes de ménage entre tutsis
rwandais!
Jean-Jacques Wondo
Analyste Politique
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