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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Prendre au mot le discours d'Obama

14 Juillet 2009 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Newsletters

Kagame dans ses petites chaussures, mais où est donc l’opposition rwandaise ?

Billet d'humeur d'Eugène Shimamungu (Newsletter n°8)

 

Voilà un Président qui en parlant de Kigali, n’a parlé que d’un seul génocide ! Celui du… Darfur ! Non pas qu’il veuille s’enfoncer dans le bourbier du négationnisme du génocide rwandais (pardon, celui des Tutsi) mais certainement qu’il ne veut pas marcher dans le fonds de commerce qu’en a fait le pouvoir de Kigali. S’agit-il d’un choix délibéré ? On ne le saura que par les actes que va poser le Président américain vis-à-vis du pouvoir dictatorial de Kigali. Si c’était le président français Nicolas Sarkozy ou jadis François Mitterrand, le pouvoir de Kigali et ses thuriféraires auraient accablé la France de mille jurons ! Motus et bouche cousue de la part du Gouvernement de Kigali, mais aussi étonnamment, de la part de l’opposition politique rwandaise qui, jusqu’à présent ne s’est pas manifestée ! Aucun communiqué, aucun commentaire. Silence total ! L’on peut se poser beaucoup de questions sur la capacité de l’opposition rwandaise à réagir sur un événement d’une telle ampleur. On ne peut , néanmoins, négliger, les efforts fournis par la diaspora rwandaise aux Etats-Unis et par des personnalités rwandaises (je n'en cite aucun pour ne vexer personne), qui n’ont cessé d’expliquer le problème rwandais. Nous pouvons ainsi dire à partir du discours d’Obama à Accra, que les résultats sont là. Mais alors pourquoi ce silence !

Voilà un Président, américain de surcroît, qui, pendant la moitié de son discours d’Accra, a passe son temps à « passer un savon » au régime dictatorial de Kigali. On aurait dit que le discours n’était pas destiné aux Ghanéens mais bel et bien aux dictateurs africains (c’est le Président Museveni qui l’a senti le premier) particulièrement à Paul Kagame. Mais tout ceci va dans le sens de Victoire Ingabire, la seule candidate déclarée à la candidature à l’élection présidentielle de 2010 ! Pourquoi elle ne dit rien ?! On ne peut pas savoir. Il ne suffit pas de se déclarer candidate à la présidentielle, et penser que tout cela va se faire sans se bouger. Il faut savoir utiliser les arguments disponibles comme celui-ci :

« (…) l'histoire prononce un verdict clair : les gouvernements qui respectent la volonté de leur peuple, qui gouvernent par le consentement et non par la coercition, sont plus prospères, plus stables et plus florissants que ceux qui ne le font pas.

(…) des institutions capables, fiables et transparentes sont la clé du succès - des parlements puissants et des forces de police honnêtes ; des juges et des journalistes indépendants ; un secteur privé et une société civile florissants, ainsi qu'une presse indépendante. Tels sont les éléments qui donnent vie à la démocratie, parce que c'est ce qui compte dans la vie quotidienne des gens. »

Le régime de Kigali est un pouvoir dictatorial, coercitif, qui a peur de la population, qui a peur des urnes, qui a peur des médias, qui a peur de l’opposition, bref qui a peur de tout, même de ses plus fidèles serviteurs ! J’ignore ce qui paralyse actuellement l’opposition rwandaise, mais c’est peut-être le moment de tirer les dividendes des efforts fournis depuis déjà 15 ans pour libérer le peuple rwandais du joug imposé par le pouvoir sanguinaire de Kigali. Obama dit en quelque sorte allez-y, vous avez carte blanche. A l’opposition rwandaise de saisir l’opportunité qui lui est offerte. Il n’y aura plus d’excuse, plus de prétexte : l’opinion internationale commence à se retourner. L’opposition rwandaise devrait profiter de cette embellie pour imposer au régime de Kigali non pas le dialogue (on ne dialogue pas avec un régime de terreur, ils me font marrer ceux qui parlent de Dialogue Inter-Rwandais et ils le demandent à Kagame - sans rire!) mais simplement la démocratie, l’organisation d’élections libres et transparentes et le respect des urnes. Comme le Président Obama l’a encore dit :

« (…) l'histoire est du côté de ces courageux Africains, et non dans le camp de ceux qui se servent de coups d'État ou qui modifient les constitutions pour rester au pouvoir. L'Afrique n'a pas besoin d'hommes forts, mais de fortes institutions. »

Tout cela est bien clair, limpide comme l’eau de source ! Le Rwanda n’a pas besoin d’homme fort, j’espère que le message est passé du côté de Kagame. Il faut ainsi prendre au mot le discours du Président Américain. Tout ceci lui sera demandé, le jour où il aura failli à sa parole. J’estime que c’est quelqu’un, comme un sage Africain, qui sait respecter la parole donnée ! L’opposition pourrait, s’elle ne l’a déjà fait, intervenir auprès de lui pour lui demander d’exiger de Paul Kagame, de mettre en place des institutions démocratiques. Si l’on en croit le Président américain, et je n’ai pas le droit d’en douter :

« Ce que fera l'Amérique, en revanche, ce sera d'accroître son aide aux personnes et aux institutions responsables, en mettant l'accent sur l'appui à la bonne gouvernance : aux parlements, qui maîtrisent les abus de pouvoir et s'assurent que les voix de l'opposition peuvent s'exprimer ; à la règle de droit, qui garantit l'égalité de tous devant la justice ; à la participation civile, afin que les jeunes soient actifs dans la vie politique ; et à des solutions concrètes à la corruption telles que l'expertise comptable, l'automatisation des services, le renforcement des lignes d'appel d'urgence, la protection de ceux qui dénoncent les abus afin de promouvoir la transparence, et la responsabilité. »

Aux partis politiques de l’opposition de revoir leurs plateformes politiques, car je ne suis pas sûr que tout ce que le Président Obama dit-là est respecté, notamment en ce qui concerne le renouvellement des cadres et la participation des jeunes à la vie politique.

Le discours de Barrack Obama, est d’un étonnant réalisme, lorsqu’il évoque les conflits entre les peuples, les ethnies et les tribus. Kagame devrait arrêter de cultiver la haine ethnique au Rwanda et ne plus penser à la conquête du Kivu pour ses ressources minières sous le prétexte fallacieux de recherche d’espace pour élargir le Rwanda :

« (…) l'Afrique ne correspond pas à la caricature grossière d'un continent perpétuellement en guerre. Mais si l'on est honnête, pour beaucoup trop d'Africains, le conflit fait partie de la vie ; il est aussi constant que le soleil. On se bat pour des territoires et on se bat pour des ressources. Et il est toujours trop facile à des individus sans conscience d'entraîner des communautés entières dans des guerres entre religions et entre tribus. »

Le Président Obama est encore plus réaliste quant à la reconnaissance des ethnies, mais contre leur manipulation à des fins personnelles, c’est-à-dire à l’antipode de la politique du gouvernement rwandais qui préfère les oublier pour mieux servir la clique au pouvoir :

« Nous sommes tous répartis selon nos identités diverses, de tribu et d'ethnie, de religion et de nationalité. Mais se définir par son opposition à une personne d'une autre tribu, ou qui vénère un prophète différent, cela n'a aucune place au XXIe siècle. La diversité de l'Afrique devrait être source de force et non facteur de division. Nous sommes tous enfants de Dieu. Nous partageons tous des aspirations communes : vivre dans la paix et dans la sécurité ; avoir accès à l'éducation et à la possibilité de réussir ; aimer notre famille, notre communauté et notre foi. Voilà notre humanité commune. »

Tous ces développements du Président Obama sont autant des arguments pour l’opposition rwandaise, mais aussi pour le peuple congolais qui doit se libérer de l’emprise du pouvoir de Kigali sur le Kivu, notamment dans cet extrait :

« C'est la raison pour laquelle nous devons nous élever contre l'inhumanité parmi nous. Il n'est jamais justifiable - jamais justifiable - de cibler des innocents au nom d'une idéologie. C'est un arrêt de mort, pour toute société, que de forcer des enfants à tuer dans une guerre. C'est une marque suprême de criminalité et de lâcheté que de condamner des femmes à l'ignominie continuelle et systémique du viol. Nous devons rendre témoignage de la valeur de chaque enfant au Darfour et de la dignité de chaque femme au Congo. Aucune religion, aucune culture ne doit excuser les atrocités qui leur sont infligées. Nous devons tous rechercher la paix et la sécurité nécessaires au progrès. »

Il y en a qui pensent que le Président Obama n’est pas sincère, car c’est le gouvernement américain qui soutient la plupart des potentats africains comme Paul Kagame. D’accord, après les paroles on attend les actes. L’opposition rwandaise devrait retrouver confiance en elle-même, elle devrait se dire « Yes we can » comme Barrack Obama, au moment où personne ne pensait qu’il serait élu. Petit à petit tout le monde a cru en lui parce qu’il était confiant d’abord en lui-même. Si le Président Américain ne respecte pas ce qu’il a dit à Accra, ce sera l’occasion de lui demander de tenir sa parole.

Eugène Shimamungu

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Bonne observation, Mr Shimamungu. Mais, je demeure assez perplexe quant à la seule capacité d'un simple discours de circonstance par ailleurs du président Obama, de susciter le changement au sein du pouvoir rwandais actuel. Un seul élément qui pourrait faire que l'administration Obama "se contente" de continuer à soutenir (dans la même ligne que les administrations précédentes Clinton et W. Bush) le régime de Paul Kagame au Rwanda: précisément sur les "institutions fortes", la transparence au sein de celles-ci, le respect des droits et libertés des citoyens..., le pouvoir rwandais actuel agira de manière à afficher qu'il travaille en ce sens. Le régime de Paul Kagame n'a peut-être pas (encore) réagi au discours d'Accra du président Obama, contrairement au pouvoir de Museveni, mais sûrement qu'il n'a pas fait la sourde oreille! Il pourrait même avoir appris du président américain! Etant donné que les Etats-Unis sont un "partenaire" capital du Rwanda depuis l'avènement du régime du FPR, ce dernier fera en sorte que les administrations américaines diverses "s'y retrouvrent" dans leur soutien actuel à ce régime. Si une administration américaine, par exemple celle actuelle, se met à conditionner son soutien divers à l'Etat rwandais, eh bien, ce dernier n'hésitera pas à lui montrer une "image plus convénable". Il multipliera des actions au niveau local et régional pour "se faire une beauté" afin de continuer à charmer les Américains (habituellement de concert ou en tandem avec les Britaniques et d'autres en ce qui concerne les politiques dans ces contrées des grands lacs d'Afrique). Ne minimisez pas la capacité du régime de Paul Kagame de s'attirer les bonnes grâces internationales. En fait, tout dépend aussi (et vous l'avez évoqué) de l'organisation et de la capacité de l'opposition politique rwandaise à agir et à dévoiler à face du monde le "véritable visage" du régime de Paul Kagame. Mais, pour cela aussi, il est capatal à cette opposition olitique d'évoluer désormais sur le terrain rwandais (comme s'apprête à le faire certains membres du parti politique FDU-Inkingi), justement pour révéler au monde, le cas échéant, l'image "crue" du régime du FPR. Et d'ailleurs, pour agir concrètement sur le terrain, ce soutien américain annoncé "aux plus méritants" ne devrait concerner davantage que les actions locales, sur le terrain.<br /> <br /> ROB
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