Hutu, Tutsi et Twa comme concept et comme ethnie
Une création nyiginya ?
Des hiérarchies exclusives de l’« ubuhake » dans le Rwanda précolonial aux « ethnies » du Rwanda contemporain.
par Manuel NDUWAYEZU
La société rwandaise2, à l’arrivée des européens3 entre la fin du 19ème siècle et le début du 20ème siècle, était un royaume relativement structuré4 et «unifié »5; organisé en lignage formant les 18 principaux clans 6 hiérarchisés en tutsi (catégorie comparable à la noblesse, l’aristocratie politico- militaire), en hutu (catégorie de gens taillables et corvéables à merci7; voir à ce propos les us et coutumes de l’ubuhake avec le contrat de servage dit d’ubugaragu, mais aussi lire les impressions dans les récits de voyage8 des premiers explorateurs du Rwanda) et en twa (une catégorie constituée de gens exclus en raison de leur état de vie trop marginal et miséreux)9.
L’autorité centrale du mwami (roi) a commencé, vers la fin du XVIIIème Siècle, à installer ses chefs (kugaba imisozi)sur les collines pour «garantir leur mode de vie pastoral par l’instauration de droits exclusifs de pacage, réservant pour cela de vastes étendues aux seules activités pastorales»18. Les domaines fonciers des lignages hutu étaient soumis à leur contrôle, «système adopté en vue de sauvegarder les biens de la vache contre la rapacité de la houe... »19. Et désormais celui qui voulait occuper un terrain et l’utiliser, avait besoin de l’accord préalable du chef.
Des communautés claniques20 ont été soumises sous domination des familles «nyiginya» (fondatrice21 de la dynastie (et de l’entité politique Ruanda) et de la monarchie qui régna sur des territoires (en possession, parce que toutes les guerres ne furent que des guerres d’annexion) du Rwanda actuel depuis les XIII- XIVe siècles jusqu’au référendum organisé par les Nations Unies le 25 septembre 1961) pour qu’ils continuent à verser la dîme (une partie des récoltes) et à fournir des tâches coutumiers à la cour du mwami (nom du monarque de l’ancien royaume «Rwanda 22 ») et familles dynastiques, grâce à un système de contrôle centralisé et hiérarchisé, une VERITABLE DICTATURE MILITAIRE23 et une MONARCHIE ABSOLUE24 (selon les propos de A. Kagame); mais surtout pour (depuis déjà la fin du XVIIIème siècle, date du début d’installation de chefs nyiginya sur les collines pour «garantir leur mode de vie pastoral par l’instauration de droits exclusifs de pacage, réservant pour cela de vastes étendues aux seules activités pastorales» 25 ), « pour sauvegarder les biens de la vache contre la rapacité de la houe... »26. Et désormais celui qui voulait occuper un terrain et l’utiliser, avait besoin de l’accord préalable du nouveau chef extra -clanique. Si bien que la majorité de la population dans le dénouement total se sont vu dans l’obligation de rechercher l’un ou l’autre contrat (Ubuhake) de servage pastoral dit contrat d’ubugaragu leur permettant de subvenir aux besoins de leur famille.
Voyons sommairement donc ce que furent les relations entre les deux groupes sociaux27.
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