Petite biographie d'Alexis Kagame
Alexis Kagame est né le 15 mai 1912 à Kiyanza, près de Remera y’abaforongo, dans l’ancienne préfecture de Kigali. Le jour de sa naissance les colons Allemands ont tué le mutwa Basebya, symbole, avec son compère tutsi Ndungutse, de la résistance des régions du Nord contre la monarchie féodale tutsi. C’est avec l’aide des colons Allemands que le Rwanda va effectivement s’élargir vers le Nord en donnant un coup de main au chef Rwubusisi pour mettre un terme à la rébellion du mutwa Basebya. Ainsi donc Bitahurwina, le père d’Alexis Kagame donne à son fils le nom de « Basebya » en l’honneur de ce mutwa résistant contre le pouvoir nyiginya. C’est plus tard, pour ne pas faire mauvaise figure devant le pouvoir colonial et monarchique, que l’enfant reçut le nom de Kagame. Celui-ci signera sous son ancien nom de Basebya, un seul article « Quelques éléments d’une philosophie de la compréhension mutuelle entre colonisateurs et colonisés » (Revue de la société européenne de culture. Venise, 1960).
A l’âge de 12 ans que Alexis Kagame s’inscrivit au catéchuménat à Nganzo, chefferie de Kibali, ancienne préfecture de Ruhengeri. C’est ainsi qu’il reçoit ses premières leçons de lecture par un enseignant qui, lui-même, ne savait pas lire ! Le maître illettré faisait asseoir ses élèves par terre sous un arbre pour fuir le soleil et déroulait un tissus sur lequel étaient inscrites les lettres de l’alphabet. Il leur faisait répéter à longueur de journée lettre par lettre à l’aide d’une baguette. Le maître les avait sans doute mémorisées mais ne savait pas faire la liaison pour faire des syllabes ou des mots. C’est grâce à son propre génie qu’Alexis Kagame va s’apercevoir de ce lien et découvrir ainsi la magie de l’écriture. A part cela, le jeune Kagame était un chasseur expérimenté de taupes et s’amusait à baguer les oiseaux. Très jeune il aimait la compagnie des vieux (une bonne préparation à son futur métier d’historien) et savait mimer leurs travers faisant ainsi la joie de son entourage.
Sans avoir fait d’école primaire, c’est sur le tard, à l’âge de 15 ans, en 1927, qu’Alexis Kagame fut admis à l’école officielle pour les Chefs à Ruhengeri. Il fut baptisé le 30 septembre 1928 à la mission de Rwaza. Il entra, quelques jours plus tard, au Petit Séminaire Saint Léon de Kabgayi où il se révéla comme un véritable génie. Il a ainsi pu passer de la Troisième latine à la Rhétorique (dernière année) sans passer par la Poésie ! A la fin de sa Troisième latine, il a appris tout le cursus de la Poésie (avant dernière année) et se fit admettre en Rhétorique, gagnant ainsi une année d’études. Il finit ses études secondaires en 1933 et s’inscrivit au Grand Séminaire de Kabgayi (transféré à Nyakibanda en 1936) pour suivre ses études de philosophie et de théologie.
En 1938-1939, il fit son année de probation (sorte de stage où les futurs prêtres sont envoyés dans les paroisses) en tant que professeur de français au Noviciat des Frères Joséphites à Kabgayi. Pendant la même année, il fut rédacteur en chef du journal Kinyamateka où il publie ses premiers essais littéraires. En effet depuis 1936, ses supérieurs au Grand Séminaire l’ont autorisé à consacrer ses loisirs à des recherches dans le domaine de l’histoire et de la littérature. Il fut également exempté des corvées de « travail manuel » régulièrement infligées aux grands séminaristes et qui faisaient partie de leur quotidien. C’est ainsi qu’il découvrit la poésie guerrière et dynastique du Rwanda et put mettre consigner par écrit le trésor oral de la culture et de l’histoire du Rwanda.
Alexis Kagame fut ordonné prêtre le 25 juillet 1945 et fut affecté pendant quelques mois à la mission de Muramba, en préfecture de Gisenyi. Il fut ensuite nommé rédacteur en chef du Kinyamateka. En 1947, il est affecté à la mission de Gisagara. En octobre 1950, il revint au journal Kinyamateka en tant que Directeur. En septembre 1952, Alexis Kagame fut envoyé à Rome pour poursuivre ses études supérieures. En 1955, il obtint son Doctorat de Philosophie après soutenance de sa thèse La philosophie bantu-rwandaise de l’être.
Il revint au Rwanda après sa thèse. Il fut simultanément ou successivement professeur d’histoire et de philosophie au Groupe scolaire de Butare, professeur de littérature rwandaise au petit Séminaire de Kansi, professeur à l’Institut Catéchétique Africain à Butare. Dès 1967, il fut professeur de littérature, de linguistique et d’histoire à l’Université Nationale du Rwanda, professeur de linguistique du kinyarwanda à l’Institut Pédagogique National et professeur d’histoire de la philosophie, des Cultures africaines au Grand Séminaire de Nyakibanda. Il fut Professeur visiteur de l’histoire de l’Afrique orientale à l’Université Nationale du Zaïre (Campus de Lubumbashi) en 1972. Outre son travail d’écriture et d’enseignement, Alexis Kagame participait à plusieurs colloques et groupes de recherches. Travailleur acharné et infatigable, Alexis Kagame a produit 74 livres et 117 articles scientifiques de niveau international dont 18 volumes d’écrits à usage biblique. Il avait un jour dévoilé son secret à des élèves de Rhétorique et de Poésie : « prenez un verre d’eau, mettez-y du sucre. Cette matière fond jusqu’à saturation. Alors mettez-y du sel. Il fond à son tour malgré la saturation du sucre, et lui aussi jusqu’à un certain degré. Si alors vous y remettez du sucre, il fondra. Moralité : je me repose en changeant d’occupation ! »
Quoi qu’il n’en laissait rien percevoir, l’abbé Alexis Kagame souffrait d’hypertension aiguë depuis des années. Lors de ses colloques scientifiques, il acceptait de se confier aux médecins spontanément. Il partait et revenait sain et sauf. En fin novembre 1981, il s’est rendu en consultation à Naïrobi et fut hospitalisé pour recevoir des soins. C’est le 2 décembre 1981 qu’il s’est éteint.
Sa dépouille mortelle fut rapatriée grâce aux soins de l’Ambassade du Rwanda à Naïrobi et reçut les honneurs militaires à l’aéroport de Kanombe en présence des autorités civiles et militaires ainsi que des membres de sa famille. Les obsèques furent organisées à Butare en présence des autorités nationales et une foule compacte.
Eugène Shimamungu
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