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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Watsa RDC: L’extrême pauvreté de la population contraste avec des antennes paraboliques DSTV

3 Janvier 2010 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Justice et Droits de l'homme

Foyers miniers dans le territoire de Watsa

Source: Les Coulisses n°211

Sala Mbongo, Doko, Durba, des localités rurales avoisinant les vastes champs aurifères de l’Office des mines d’or de Kilo – Moto (OKIMO) dans le territoire de Watsa, district du Haut Uélé à près de 850 kilomètres deKatanga.jpg Kisangani (RDCongo) sont des Far West.

Le voyageur qui débarque pour la première fois constate partout des huttes en paille. Nulle part une maison construite avec des tôles. Ces huttes en paille ne sont pas synonymes d’une pauvreté extrême. Ici s’applique l’adage français : « l’habit ne fait  pas le moine ». S’il y a une pauvreté, elle est voulue et entretenue.

Une surprise attend aussi le voyageur. Dans un rayon de dix (10) huttes, on compte au moins 6 antennes paraboliques connectées sur des écrans de télévision de 21 pouces à des décodeurs Digital Satellite (DSTV).

Ces huttes de pauvreté contrastent avec des milliers de dollars américains qui circulent dans ces villages. Toute l’activité tourne autour du métal précieux : l’or.

A Salambongo (traduisez – fabriquer l’argent), Doko, Durba et aux environs, la population vit au rythme du dollar américain et de la concurrence.

Le « boss », c’est celui qui dispose d’une antenne parabolique avec décodeur DSTV.

Louis Belushi (38 ans), orpailleur et propriétaire d’une salle de cinéma parle de l’acquisition des antennes paraboliques et des écrans de télévision : « les antennes paraboliques et les écrans de TV sont achetés soit à Kampala (Ouganda), soit à Butembo dans le Nord-Kivu (RDC). Les abonnements de Digital Satellite communément appelé « DSTV » sont payés chez MultiChoice/DSTV à Kampala. Les générateurs sont aussi achetés à Kampala ».

Alphonse Bolombo (42 ans de nationalité gabonaise) précise les catégories de « boss » dans ces foyers miniers : « il y a les Big Boss. Ceux qui possèdent antennes paraboliques, écrans TV et qui sont abonnés régulièrement à MultiChoice DSTV à Kampala.

Il y a la deuxième catégorie de Boss, ceux qui disposent des antennes paraboliques avec des images « free ». Ces derniers captent les chaînes asiatiques et les 3 chaînes de télévision congolaises ».

Mutombo Kashala (34 ans, Congolais) rapporte que dans les foyers miniers, la vie est très dure et que la charité n’est pas pratiquée. Enfants, jeunes garçons et vieux sont tous appelés à la débrouillardise. Le matin, tout le monde se lance à la recherche de l’or. Ils descendent dans les mines avec des outils rudimentaires tels des marteaux et des burins, pieds nus et s’affairent dans des alvéoles de boue, dans l’eau … Travail à haut risque où on côtoie la mort à chaque instant.

A la tombée de la nuit, tout le monde regagne le logis abattu. Il n’existe pas assez de divertissements. Certaines personnes noient leur souci dans la drogue et l’alcool. D'autres fréquentent des salles de cinéma de fortune.

Dans un rayon de 5 km², nous avons dénombré une vingtaine de salles de cinéma. Les plus célèbres sont Scarpa, Agama, Blaise, Wadri (Durba), Edrungi, Sourire et Bayo (Doko), Agama bis (Salambongo).

Le droit d’entrée est fixé à 300 Francs congolais (1 dollars $ = 900 Fc) par personne.

On peut aussi payer en nature, une « tige d’allumette » en valeur d’or pour 10 personnes.

Tous les genres de films sont projetés allant des films d’action aux rencontres de football en passant par le catch, la boxe, le karaté et la pornographie par ailleurs très prisés.

Les salles de cinéma sont remplies de monde, la journée comme la nuit. Les enfants et les adolescents sont la clientèle la plus sûre, la journée.

Dans cette promiscuité réglementée par le « billet vert », la prostitution de rue et des salles de cinéma VIP où sont projetés de la pornographie se porte bien.

Les jeunes filles et les femmes se livrent au plus offrant. Des « mariages » occasionnels se contractent et se défont dans une sorte de compréhension propre à la jungle du Far West. Ce qui expliquerait le nombre élevé des filles – mères, également le taux élevé de séropositivité.

Papy Agkeko (36 ans, Nigérian) décrit la concurrence déloyale et l’immoralité dans les foyers miniers : « les plus démunis peuvent se faire piquer leurs femmes par les Big Boss. Surtout pour celles qui vont regarder la télévision chez le Caïd. Ici, l’argent règle toute une vie. Les Big Boss ont des moyens ; ils ont des groupes électrogènes, donc du courant électrique. Bref, tout ce qu’il faut pour attirer les femmes. La fidélité est un vain mot ».

L’Administrateur du territoire de Watsa, Edmond Lokakao explique cet état de chose par la faiblesse de l’Etat mais surtout par la politique menée par l’OKIMO qui a longtemps été un frein au développement du milieu. Car, depuis le régime Mobutu, l’Office des mines d’or de Kilo – Moto (OKIMO) détruisait toute construction en matériaux durables et faisait arrêter le propriétaire.

Et de renchérir : « même le territoire de Watsa est dans la concession OKIMO ».

Dans les foyers miniers règnent insalubrité (rarement on construit des toilettes – WC car de chaque coup de bêche, on peut sortir de pépite d’or), la prostitution et la délinquance. Les antennes paraboliques et les écrans de télévision, loin d’être uniquement des instruments d’éducation et de saines distractions sont également dans ces milieux symbole d’argent et une grande source de dépravation des mœurs.

Pour rappel, c’est dans ces foyers miniers du territoire de Watsa précisément à Durba qu’est apparu en 2000 le virus de Malbourd (du nom d’une ville allemande) proche d’Ebola qui avait emporté plusieurs orpailleurs et Dr Bonzali, le médecin du territoire.

Reportage de Nicaise Kibel’Bel Oka

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