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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Un poison nommé Rwanda

4 Janvier 2010 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Justice et Droits de l'homme

Comme tous ceux qui approchent de trop près ce trou noir qu’est le génocide rwandais, Christophe Gargot est saisi, au milieu de son film, d’un irrépressible vertige. D’Arusha à Arusha est un documentaire, non pas sur le génocide, mais sur la difficulté - voire l’impossibilité - de juger équitablement un tel événement. Arusha, en Tanzanie, est le siège du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), où sont censés être jugés les principaux responsables du génocide de 800 000 Tutsis et Hutus démocrates. C’est aussi la ville où eut lieu le sommet de la dernière chance, le 6 avril 1994, juste avant que le président rwandais, Juvénal Habyarimana, ne soit abattu avec son avion de retour au pays.

Cet attentat, qui allait donner le coup d’envoi du massacre, fait justement partie des zones d’ombre que le TPIR a décidé de ne pas aborder, tout comme les crimes du Front patriotique rwandais de Paul Kagame, aujourd’hui au pouvoir. C’est ce qui fait du TPIR le «tribunal des vaincus» car eux seuls sont à la barre. Pour ce faire, le réalisateur a pioché dans les 30 000 heures d’archives du TPIR, notamment le procès de Georges Ruggiu, animateur belgo-italien de la sinistre Radio Mille Collines (dont des extraits sonores rappellent l’influence maléfique) et seul étranger jugé devant le TPIR, ainsi que celui de Théoneste Bagosora, «cerveau» présumé de ce génocide si difficile à saisir car préparé mais, semble-t-il, non planifié.

Le film ne cesse de faire l’aller-retour entre la salle d’audience ultramoderne et sécurisée du tribunal d’Arusha et les collines du Rwanda. C’est là, dans ce décor quasi biblique d’aube du monde, que sont confrontés victimes et bourreaux dans des tribunaux populaires inspirés de la justice traditionnelle, les «gacacas». Une justice expéditive, reposant sur l’aveu et la délation, avant tout destinée à désengorger les prisons rwandaises remplies de dizaines de milliers de «petites mains» du génocide. Christophe Gargot les filme, laissant leurs corps et leurs regards parler à leur place. La parole, il la donne longuement à Jean de Dieu, un génocidaire «contraint» marié à une Tutsie, qui siège aujourd’hui comme juge gacaca. Ce couple, filmé séparément mais toujours uni, résume à lui seul la terrible ambivalence du drame rwandais.

Source: Libération.fr

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Mick Collins 04/01/2010 13:57






Président Habyarimana ne rentre pas d'Arusha à Kigali le soir de 6 avril 1994.  Son ultime vol a son origine a Dar-es-Salaam en Tanzanie.
 Ce que vous avez appelé 'le sommet de la dernière chance' était en effet une mise en scène de la part de Yoweri Museveni pour permettre ses 'boys' du FPR/NRA de se préparer pour
l'assassinat des présidentes populaires et démocratiquement élus (Hutu), Habyarimana de Rwanda et Ntaryamira de Burundi, dont l'état majeur de l'Armée Rwandaise, Deogratis Nsabimana, et tous
leurs entourages.  Le film D'Arusha à Arusha a bien choisi les meilleurs témoins et avocats dans le procès Military I pour présenter les machinations de ce court illégalement établi par le
Conseil de Sécurité d’ONU.  Ce que Gargot a raté de préciser c'est que le Col. Bagasora et ses co-détenus sont relaxés de tous charge to conspiration ou planification de génocide et que
seulement sur l'ordonnance de la chambre d'appel que le ICTR partage avec le ICTY à La Hayes, de prendre 'judicial notice' de génocide rwandais, cvd que ce n'est pas nécessaire de prouver ce
soi-disant génocide, que les 'cerveaux' du génocide sont condamnés des crimes génocidaires.  Et, chers Libé et SaveRwanda, pourquoi ce film est-il disparu des salles de Paris?
 --Mick