Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Sarkozy sacrifie le Congo. Mais, le Congo n’est pas à vendre

22 Mars 2010 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Actualités

Rapprochement Kagame – La France

Agathe Habyarimana, la veuve du président rwandais Juvénal Habyarimana, a été arrêtée mardi 2 mars 2010, soit cinq jours après la visite du président français Nicolas Sarkozy à Kigali.

Nicolas Sarkozy aura répondu alors à l’attente la plus forte des Rwandais sur le sort de la quinzaine de présumés génocidaires résidant sans être inquiétés sur le sol français.

Cette visite de Nicolas Sarkozy avec cette arrestation lève un pan de formidables contradictions relevant des relations Rwanda – France depuis 1990 et des mandats lancés par la justice française contre 9 Rwandais du pré carré de Paul Kagame. Ce rapprochement entre Kigali et Paris n’est pas sans contre partie.

Au demeurant, la curieuse idée émise par Nicolas Sarkozy proposant à Joseph Kabila de partager les richesses de la RDC avec le Rwanda.

Bien plus, une source fiable rapporte que les négociations pour ledit rapprochement entre Paul Kagame et Nicolas Sarkozy seraient menées entre autre par Donald Kaberuka, le président de la Banque Africaine de Développement (BAD) et Bernard Kouchner, l’humanitaire et ministre français des Affaires étrangères.

Pragmatique, Paul Kagame aurait cédé sur conseil du Président de la BAD qui brigue un second mandat de cinq ans le 27 mai 2010 à la tête du groupe financier.

La France, par sa position parmi les actionnaires importants de la BAD, pèsera sur la balance bien qu’il semble acquis que Donald Kaberuka va se succéder à lui-même.

 

La France de Sarkozy a-t-elle trahi ?

Raison d’Etat et défense d’intérêts supérieurs font oublier (momentanément ?) le cataclysme franco – rwandais de 1994. Fini les autojustifications dès lors que la France adhère à la thèse de l’attentat du 6 avril 1994 perpétré par les extrémistes Hutu (rapport d’enquête du comité indépendant d’experts rwandais).

La France a-t-elle trahie ? Serait-elle devenue déloyale ? Légitimerait-elle l’élection présidentielle au Rwanda en 2010 ; élection qui donne le Nyakubahwa Paul Kagame vainqueur ? Fini la diplomatie des droits de l’homme ?

 

Le Congo n’est pas à vendre

Le revirement à 180 degrés opéré par la France doit paniquer les Congolais. La position de Nicolas Sarkozy sur la guerre et/ou la paix dans la région des Grands Lacs est très claire : « La question de l’avenir du Rwanda avec lequel la France a repris le dialogue. Pays à la démographie dynamique et à la superficie petite. Cela pose la situation de la RDC, pays à la superficie immense et à l’organisation étrange des richesses frontalières (…) Comment dans cette région du monde, on partage l’espace, on partage les richesses et  on accepte de comprendre que (…) il faut apprendre à vivre les uns à côté des autres ».

D’une part, la France récupère la thèse du fond de commerce de Kigali sur les Interhamwe/FDLR déversés par la communauté internationale au Congo et qui constitue éternellement une menace sécuritaire pour le Rwanda et d’autre part, Nicolas Sarkozy donne la recette d’une paix (de cimetière) durable avec le Rwanda, à savoir le partage de l’espace et le partage des richesses sans faire allusion aux Hutu rwandais condamnés à l’errance éternelle. Le sermon à Kinshasa, la courbette à Kigali.

Le drame de la RDC depuis Léopold II jusqu’à Joseph Kabila en passant par les Etats-Unis reste l’immensité des richesses qu’elle regorge.

A défaut d’une solution anglo-saxonne du morcellement du Congo, la France de Sarkozy propose celle du partage de l’espace et des richesses : le moindre mal, dirait-on. Mais un partage de l’espace équivalant à un Berlin II où quantité de Rwandais seraient déversés de l’autre côté de la frontière ne vaut-il pas une balkanisation du Congo ? Un partage des richesses sans contrepartie (sinon la paix de cimetière) ne vaut-il pas le pillage ?

Or comme l’écrit Jacques Attali (Survivre aux Crises), l’explosion démographique de gens partant vivre dans un pays autre que celui où ils sont nés crée d’énormes besoins nouveaux d’infrastructures, d'eau, de nourriture … et des menaces en grand nombre qu’il faudra affronter.

En clair, avec les Etats-Unis comme avec la France, la région des Grands Lacs africains ne trouvera jamais de paix. Les mêmes causes produisant les mêmes effets. Qui dit mieux !

Nicaise Kibel’Bel Oka

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article