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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Santo subito: Hommage à Mgr Augustin Misago (R.I.P.)

14 Mars 2012 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Biographies


Le 12 mars 2012, nous avons appris avec consternation le décès inopiné de Mgr Augustin Misago, 1er Evêque du Diocèse de Gikongoro créé le 24 avril 1992. Après avoir consacré le Site marial de Kibeho à la Vierge des 7 douleurs (Mater dolorosa), l’évêque de Gikongoro était devenu lui-même la personnification deMgrMisago la douleur. Au lendemain de son décès et avant son enterrement qui a lieu demain le 15 mars 2012, nous ne pouvons que manifester notre souhait de voir Mgr Misago béatifié : Santo subito "canonisez-le tout de suite". Comme les Chrétiens l’avaient demandé pour le Pape Jean Paul II lors de son inhumation. L’évêque Misago était l’image vivante de la souffrance et de la persécution de l’église catholique du Rwanda dont 4 évêques ont été tués par les tenants du régime actuel ainsi qu’une multitude de prêtres depuis le début de la guerre le 1er octobre 1994.
Né à Ruvune dans la paroisse de Nyagahanga en 1943, Augustin Misago a été orphelin très jeune. Il a fait ses études primaires à Nyagahanga, et ses études secondaires non loin de là, au Petit Séminaire de Rwesero. Il a continué ses études supérieures au Grand Séminaire de Nyakibanda et ordonné prêtre le 25/07/1971. Jusqu’en 1974, il a enseigné au Petit Séminaire de Rwesero. En 1974, il est envoyé à Rome pour étudier à l’Institut patristique « Augustinianum » dont il obtiendra en 1980 un Doctorat en sciences patristiques.
De retour au Rwanda, il sera nommé professeur au Grand Séminaire de Nyakibanda dont il sera également «Préfet des études».
Les apparitions de la Vierge Marie à Kibeho (une paroisse qui faisait alors partie du Diocèse de Butare) commencèrent le 28 novembre 1981, un an après son arrivée à Nyakibanda. Mgr Misago fera partie de la commission théologique créée le 14 mai 1982 par l’évêque de Butare, Gahamanyi, pour suivre les apparitions de la Vierge Marie.  Dès lors, il devient la cheville ouvrière de la Commission jusqu’à la reconnaissance des apparitions le 29 juin 2001.
images-copie-3Le 15 août 1982, la Vierge apparaît en larmes et les jeunes filles voient « un fleuve de sang, de personnes qui s’entretuent, des cadavres abandonnés sans sépulture, un arbre entièrement en feu, un gouffre béant, un monstre, des têtes décapitées ». Une préfiguration de ce que sera la tragédie qui aura lieu au Rwanda du 1er octobre 1990 en juillet 1994.
En 1985, Mgr Misago est nommé Recteur du Grand Séminaire de Nyakibanda. C’est le 24 avril 1992 qu’il sera créé évêque par le Pape Jean Paul II, en même temps que le Diocèse de Gikongoro dont il sera le pasteur avec pour devise « Omnia propter evangelium » « Tout pour l’évangile ».
Le 7 avril 1999, le jour du début de la commémoration du génocide, il sera arrêté sur des accusations mensongères de génocide et jeté dans la sinistre prison « 1930 ». Le Président de l’époque Pasteur Bizimungu avait auparavant proféré des menaces contre lui « s’il est innocent, il devra s’exiler » (N’aho Bishop Misago yaba umwere bazamujyane gukora ahandi). Mgr Misago sera libéré le 15/06/2000 sur les contradictions de ses accusateurs. Le juge qui l’a libéré sera contraint à l’exil. Son emprisonnement a sans doute causé des problèmes cardiaques aggravés par un asthme chronique. Mais le jour de son décès, tous les témoins affirment que Mgr Misago n’avait pas l’air d’être malade. Il a célébré l’office du matin et s’apprêtait à vaquer à ses occupations quotidiennes. Certaines sources font état de la visite, dans la matinée du 12 mars, d’une dame proche de l’une des victimes du génocide, l’abbé Joseph Niyomugabo, dont Mgr Misago avait accusé de ne pas lui avoir porté secours. La dame s’est volatilisée, au moment où le Prélat allait lui chercher de l’argent pour son voyage retour à son domicile.  La police est à sa recherche.
Car même après sa libération, les menaces contre Mgr Misago ont continué et avaient été intensifiées ces derniers jours : tentatives de meurtre, d’empoisonnement etc. Le prélat n’avait jamais cessé d’appeler ses compatriotes au pardon seule et unique voie pour la réconciliation :
 « La Vierge m’a appris à prier la couronne du Rosaire des 7 douleurs parce qu’elle disait que se préparait une tragédie pour le Rwanda  (…) Sans le pardon il ne peut y avoir de société saine mais seulement une société déchirée »
Requiescat in Pace


© Eugène Shimamungu

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