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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Rwanda : la hausse du coût de la mutuelle vide les centres de santé

7 Octobre 2011 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Ressources et environnement

Source: Syfia Grands Lacs

Les malades sont toujours aussi nombreux au Rwanda, mais ils ne vont plus dans les centres de santé depuis l'augmentation du coût de la mutuelle de santé, début septembre. Beaucoup n'ont plus les moyens de la payer.

Depuis la mise en œuvre du nouveau régime de mutuelle de santé début septembre, les centres de santé et hôpitaux du Rwanda sont presque vides. Umuhoza, une femme de Busogo à Musanze, au nord du pays, le constate : "A chaque fois que je devais me rendre au centre de santé, j'étais obligée de me lever de bonne heure pour aller prendre les premières places. Mais, la semaine passée, en vingt minutes, j’avais eu tous les soins de l’enfant. Il n’y avait pas de malades". Si elle a pu accéder aux soins facilement, c’est, dit-elle, qu’elle avait la RAMA (la Rwandaise d’assurance maladie), assurance des agents de l’État.
Un peu partout dans le pays, la situation est la même. Au centre de santé de Kabgayi, matin comme après midi, les bancs où s’asseyent les malades sont quasi inoccupés. Les agents qui d'habitude les accueillent, circulent, somnolent la tête sur la table ou discutent. Les rares malades présents ne peuvent accuser personne de les négliger. Cette fille venue l’après-midi s’étonne : "Avant, il fallait venir très tôt et prendre le jeton. Parfois, on pouvait rentrer sans être soigné ou tard vers la soirée. Matin ou après-midi, il y avait plein de malades. Maintenant, je suis vite accueillie". Elle a payé sa cotisation de mutuelle, mais la plupart de ceux qui y sont soignés actuellement ont d’autres assurances ou encore peuvent se prendre en charge à 100 %.

Trop cher pour les plus pauvres
Cette chute brutale du nombre de malades dans les centres de santé est, en effet, liée à l'augmentation des coûts de la mutuelle de santé à laquelle était affiliée jusqu'à présent 80 % de la population rwandaise, selon le ministère de la Santé. Jusqu'alors, elle coûtait 1 000 Frw (1,7 $) par an pour tout adhérent. Aujourd'hui, les tarifs ont augmenté et sont fonction de la catégorie de population dans laquelle vous figurez : "miséreux", "pauvres" ou "riches". En outre, chaque famille doit désormais assurer tous ses membres. Ntawuhuranayo de Ngororero fait soigner sa plaie à la tête depuis quelques mois. Il a une femme et un enfant. Il a d’abord payé sa part croyant qu’il allait recevoir les soins normalement, mais arrivé au centre de santé début septembre, tout a changé : "Il doit payer tous les frais de mutuelle de sa famille (9 000 Frw, soit 15 $) ou encore le faire par tranches en payant la moitié, autrement, il se prend en charge à 100 %", expliquent les agents de mutuelle de santé.
Selon le nouveau régime, l’État payera 2 000 Frw (3,5 $) pour les batindi (miséreux) estimés à 25 % de la population, selon Uziel Ndagijimana, secrétaire permanent au ministère de la Santé. Les pauvres payeront 3 000 Frw (5 $) et les riches 7 000 Frw (11 $). Selon Uziel, à l’heure actuelle, seuls environ 15 % des Rwandais ont payé leur nouvelle cotisation. Selon le gouvernement, ces augmentations ont été décidées pour améliorer la qualité des soins.
Mais les familles pauvres trouvent déjà difficilement de quoi se nourrir, comme cette famille de Gikonko, à Gisagara (Sud) : "Nous devons passer, moi et ma femme, notre temps à cultiver chez autrui pour nourrir nos cinq enfants… Où trouverons-nous 21 000 Frw pour payer les cotisations de toute la famille ?" En outre, de nombreux Rwandais ne sont pas d'accord sur la catégorie dans laquelle ils ont été placés et attendent les corrections pour pouvoir payer la mutuelle. Actuellement, les gens sont poussés à régler leur cotisation au plus vite. À Huye, au sud du pays, le district a exhorté les Églises à sensibiliser leurs fidèles à le faire.

Inquiétudes pour les malades
En attendant, les centres de santé se vident alors que les gens continuent à être malades. Selon les agents du centre de santé de Muhororo dans le district Ngororero (Ouest), leur centre, comme d'autres, accueille normalement plus de 50 patients par jour, mais depuis septembre, les quatre longs bancs d'attente des malades sont quasi vides. Ils s’inquiètent de la santé de ces patients absents : "Il y aura des conséquences. Si une personne tombe malade chez elle, elle risque de venir à l’hôpital tardivement, ce qui peut aussi compliquer l’administration des soins et risque d’entrainer des morts. "
Beaucoup de parents et agents de santé craignent ainsi les maladies qui affectent les enfants en cette saison pluvieuse et qui risquent de ne pas être soignées à temps. "La pneumonie ou la grippe attaquent facilement les enfants pendant cette période. En plus, dans les campagnes, les petits étant dispersés ici et là, ils peuvent boire l’eau des étangs de pluie et attraper la diarrhée ou les vers intestinaux", explique un parent. Certains Rwandais consultent à présent d’abord les médecins traditionnels avant de se rendre à l’hôpital, et des agents de santé "ont peur que ceux qui ont des familles nombreuses s'y ruent désormais ou pratiquent l’automédication".

Fulgence Niyonagize

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mutuelle famille 16/08/2013 09:53


Bonjour, 


Je trouve que quand les centres de santé sont vides autant croire que la population est en danger, puisqu'ils sont malades et renoncent à se soigner par faute de moyen.