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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Rwanda-élections 2010: "Si ce n'est pas toi c'est ta mère"

1 Février 2010 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Newsletters

La Fable de la Fontaine version Kagame

Billet d'humeur d'Eugène Shimamungu (Newsletter n°19)

Paul Kagame: meilleur chargé de com de Victoire Ingabire

Depuis que Victoire a débarqué à Kigali le 16 janvier 2010, il n’y a aucun journal gouvernemental ou pro-FPR qui n’en a pas fait sa manchette ! Certains ont accusé Victoire Ingabire de négationniste-2010-01-09-banniere-575x350révisionniste. Comme si cela ne suffisait pas, les plus virulents s’en sont pris à sa mère la taxant de « génocidaire » condamnée par contumace par les célèbres tribunaux Gacaca, jusqu’à colporter des ragots de bas étage sur sa vie privée. La fable de La Fontaine parodiée : si ce n’est pas toi c’est ta mère ! Depuis que ces tribunaux ont condamné quelqu'un qui est mort depuis 20 ans et qui n'était pas vivant au moment où les faits lui reprochés se sont prétendument produits, cela fait plutôt rire et personne ne prend plus au sérieux les condamnations des Gacaca.

Paul Kagame lui aussi dans son dernier discours en a fait mention « C’est connu, il est difficile de changer les mœurs des gens acquis dès le jeune âge, surtout quand ils sont devenus grands. Les politiciens expatriés, plutôt quelques uns, ont été éduqués dans une mauvaise politique, il est difficile de les changer… ». Au lieu de s’attaquer au programme de Victoire Ingabire, ils vont lui chercher le péché originel ! Cette victimisation ne peut pas la desservir au niveau de la communication. La médisance et la calomnie rapportent toujours gros aux plus faibles surtout lorsqu’ils en sont victimes. Ils n’en auraient pas parlé, Victoire Ingabire serait passée inaperçue sans les caméras et les journalistes gouvernementaux.

Kagame.jpgLe tollé autour de son arrivée, faisant perdre les pédales aux plus hauts placés du régime dictatorial de Kigali, a créé une étoffe, une histoire à la candidate, inconnue jusque là au Rwanda. A force de l’identifier au plus commun des Rwandais, comme celle qui a un parent condamné par Gacaca, le pouvoir en a fait une héroïne qui a quitté son foyer paisible et confortable en Hollande pour prendre des risques au Rwanda où il n’y a rien à gagner sinon des problèmes ou peut-être la prison et même la mort. Car au Rwanda où l’on comptabilise plus de 100.000 personnes (sur 7.000.000 d’habitants) qui font ou qui ont fait la prison, forcément chacun connaît un membre de sa famille qui est en prison ou qui y est déjà passé. C’est cela la « storytelling » (méthode prisée par les professionnels de la communication américains: créer une histoire émouvante pour un candidat) de chaque rwandais, c’est cela la « storytelling » de Victoire Ingabire. Au diable, l’histoire qu’elle s’est fabriquée elle-même, c’est l’histoire que Kagame lui a fabriquée qui va primer. Elle était elle-même surprise de ne pas être reconnue devant les prisonniers de Gisenyi, leur demandant s’ils n’écoutent pas de temps en temps BBC. Mais personne ne l’a vue, aucun prisonnier n’écoute la BBC ! Ils vont en entendre parler maintenant dans les médias gouvernementaux.

Après l’agréation de son parti, VI peut décider de ne plus faire campagne. Elle était inconnue hier, elle a été sortie de l’ombre par une campagne de diabolisation totalement injuste et injustifiée. Chaque habitant rwandais a déjà pris fait et cause pour cette femme qui arrive avec un olivier à la main pour défier une armée super-équipée par les Etats-Unis, la première puissance mondiale. Le pouvoir de Kigali est en train de préparer un vote massif pour Victoire Ingabire auquel il faudra opposer des fraudes tout aussi massives, si l’on veut que Kagame reste président. Paul Kagame n’est jamais en manque de stratagèmes pour bourrer les urnes ou surveiller le vote secret jusque dans le dépôt du bulletin de vote, mais là il faudra les gros moyens. Car Victoire Ingabire non plus n’est pas restée les mains croisées, sa tournée dans les chancelleries africaines et occidentales à Kigali peut lui permettre sinon de gagner les élections, en tous cas d’obtenir un score honorable en faisant pression sur les observateurs internationaux. Reste à savoir ce que Kagame ferait en cas de défaite. En 2003, il avait déclaré qu'en cas de défaite aux élections il reprendrait le maquis, je pense qu’il n’a pas changé d’avis…

 

Eugène Shimamungu

www.editions-sources-du-nil.fr
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