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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Rwanda : Dialogue comme préalable à la paix et à la réconciliation…

1 Avril 2010 , Rédigé par Editions Sources du Nil

                               par Dr. Phil. Innocent Nsengimana

 

1990-2010 : bientôt 20 ans après le début de la guerre du FPR (Front Patriotique Rwandais), offensive qui a culminé au génocide, le Rwanda peine à revenir et à s'interroger sur son passé. Ces événements malheureux ont marqué les mentalités rwandaises et ont contribué à la désintégration nationale. Ils consacrèrent la violence et l’exclusion en tant que variables négatives dans le processus de réconciliation entre les composantes de la société rwandaise. Ce processus est malheureusement toujours jusqu’aujourd’hui entravé du fait que les Rwandais n’ont pas encore pu élaborer des mesures curatives pour remédier à leur contentieux.

 

Le contentieux inter rwandais plonge ses racines dans la nuit des temps ; il est à situer dans la période précoloniale. Et il est fortement alimenté par des luttes pour conquérir le pouvoir politique entre les composantes de la société rwandaise à savoir les Hutu, les Tutsi et les Twa. Les colonisateurs n’ont pas désamorcée ce contentieux, ils l’ont au contraire exploité à leur avantage notamment sous l’angle de l’idéologie hamitique.

 

Au lendemain des indépendances, les clivages politiques entre les Rwandais  n’ont pas été réellement débattus  dans l’esprit de  leur trouver des solutions adéquates permettant un mieux vivre ensemble. Au contraire,  ils se sont perpétués, alimentés à la fois par des ressentiments et par l’esprit de domination acquis par les uns et les autres pendant les périodes antérieures. Au courant de la dernière décennie du XXème siècle, le contentieux inter rwandais a éclaté en une guerre planifiée et lancée par le FPR, actuellement au pouvoir à Kigali -Rwanda- et dont le point culminant a été le génocide. 

 

La gravité et l'intensité de la tragédie qui eut lieu durant cette période ont affecté toutes les composantes de la société rwandaise. Récemment, critiquant le rapport de l’ICG (International Crisis Group), Eugène SHIMAMUNGU a écrit : « …Chacun des Rwandais l’a (génocide : NDLR) ressenti dans sa chair, car actuellement il n’existe aucune famille hutu, tutsi ou twa, qui n’a pas eu ses victimes. Chaque Rwandais sait qui a tué les membres de sa famille.  Je sais qui a tué les 26 membres de ma famille. Aucun Rwandais n’a besoin d’une interprétation, telle ou telle autre, selon les intérêts de tel ou tel régime, tel ou tel lobby étranger. Aucune victime n’est plus importante que l’autre. Chaque Rwandais connaît son tueur, il faut simplement mettre en place les possibilités d’une justice équitable, panser nos plaies, pour ensuite nous réconcilier... »

 

L'idée de la réconciliation suppose donc que la société rwandaise se reconsidère dans son entièreté et évite le raccourci parfois trop facile d'une criminalisation d'ensemble à l'opposé d'une victimisation généralisée. L'idée de la réconciliation suppose également l'idéal d'une justice équitable.  Elle ne peut pas provenir des grandes messes de réconciliation nationale qui sont devenues synonymes de manipulations politiques, de fausses absolutions, de lecture biaisée voire de falsification de l'histoire. Elle ne peut pas non plus provenir des grandes messes de réconciliation nationale dont les prometteurs paraissent en proie à un déficit de crédibilité. La réconciliation est un acte de volonté et non une imposition. Elle suppose au préalable que les Rwandais se rencontrer pour parler du  contentieux  qui les oppose depuis des siècles dans le cadre d’un dialogue hautement inclusif.

 

A ce dialogue devraient être associées toutes les forces vives du Rwanda, de l’intérieure comme de l’extérieure (partis et organisations politiques, société civile, communautés religieuses, représentants des professions, des associations de défense des droits de l’homme, représentants des femmes, représentants de la jeunesse, représentants du régime actuel….)

Ce dialogue franc et sincère entre les Rwandais qui n’a jamais eu lieu jusqu’à date, serait une occasion :

- de réfléchir en commun sur notre histoire, sur les réalités passées et présentes

- de faire l’inventaire objectif des moments-clés  de l’évolution sociopolitique du Rwanda

- d’établir sans parti pris les rôles de tous les acteurs politico-militaires (tant nationaux qu’étrangers), reconnaître la part de tout et chacun pour se comprendre et se pardonner ;

- d’identifier et de combattre ce qui divise les Rwandais (combattre les identités meurtrières)

- de discuter des problèmes de gouvernance et de la mise sur pied d’une structure politique reflétant une vision commune de l’avenir du pays ;

- d’initier des politiques nouvelles devant garantir à chaque Citoyen rwandais ses droits fondamentaux dans une société en paix ;

- de lancer les bases des institutions transitoires hautement représentatives dont le rôle principal serait de préparer les prochaines élections démocratiques… 

Car, nous pensons qu’au Rwanda ce n’est  ni la guerre, ni le mensonge, ni la terreur qui résoudra les problèmes. Seul le dialogue, c’est-à-dire apprendre à se parler sans contrainte aucune pourra nous emmener à nous réconcilier avec nous même et à nous réconcilier avec autrui. Dialoguer, c’est se parler en se regardant dans les yeux et en reconnaissant dans l’autre l’image du Christ, que l’autre est aussi une créature divine.

 

Un dialogue sincère, plutôt que les armes,  est la seule et l’unique voie d’arrêter le flot de sang qui rougit de façon chronique le sol rwandais. Un tel dialogue est susceptible de faciliter la réconciliation mutuelle. Car il permettrait d’écouter et de comprendre l’autre ; c’est - à - dire d’essayer « de pénétrer dans cet autre, d’être à sa place, de vivre son déchirement et de juger de l’ampleur de ce dernier afin de bien dimensionner pour lui le pansement en urgence et de prescrire avec exactitude les remèdes devant assurer la guérison définitive. Cette démarche délicate, marquée par les sentiments d’amour et de respect profond envers l’autre, aboutit à des résultats extraordinaires qui cimentent définitivement les relations sincères entre les hommes (individus ou groupes) en tant que partenaires ou voisins… » (Voir Ferdinand NAHIMANA, Rwanda. Les virages ratés. Editions Sources du Nil. Collection « Le droit à la parole », p. 17.)   Ce dialogue est enfin de compte nécessaire pour permettre aux Rwandais d’atteindre une vision partagée du tragique héritage  de notre histoire.

 

Réconciliation mutuelle signifie  reconnaître, comprendre et pardonner enfin de vivre ensemble. Vivre ensemble c’est donner à l’autre la sécurité et la recevoir de lui. Selon Heidegger « la condition fondamentale de l’homme est le mitsein (l’être avec) ; notre monde est  un mitwelt, un ‘monde avec autrui’ ». Ainsi donc, le Rwandais doit tendre à s’affirmer avec l’autre et non contre l’autre et de ce fait, construire « le Nous rwandais », c'est-à-dire un Rwanda de complémentarité et non de confrontation.

 

La réconciliation signifie un nouveau tissage du lien social, un tissage des nouvelles solidarités. Elle signifie le rejet du mépris de l’autre avec sa conséquence inéluctable qu’est l’exclusion. C’est en définitive une possibilité de renouer avec la paix et le développement. Dans le cas précis du Rwanda où la rupture sociale se traduit par plusieurs millions de morts, la réconciliation ne doit pas être comprise  comme une occasion de rester aux côtés de nos morts, victimes  de la barbarie humaine, mais comme une voie d’abandonner le deuil discriminatoire et se tourner avec vigueur vers une culture de la vie afin de permettre un avenir meilleur pour tous les Rwandais.

 

Sans ce dialogue dont la Vérité reste le leitmotiv à l’instar de la Commission Vérité et Réconciliation de l’Afrique du Sud, il est difficile de penser à la réconciliation et partant à la paix au Rwanda et dans la région des Grands Lacs africains.

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Papi 12/04/2010 03:18



Ton article mérite une certaine attention. C'est rare de le lire surtout sur le net et surtout d'un certain groupe de rwandais en particulier le diaspora. Le discours de la réconciliation. C'est
une nécessité et une obligation pour tous les rwandais. Rétablir la vérité est obligatoire si nous voulons que cette nation survive. Mais le comble, nous les rwandais restons encore très
passionnels. Chacun a ses morts qu'il déterre chaque jour dans son coeur! Et le comble quand nous usons le terme de la réconciliation, souvent c'est pour justifier une certaine position et
 ressortir les torts d'un camp pour cacher ceux de l'autre camp.


Qu'à cela ne tienne tant que l'on parle de la réconciliation, c'est encourageant. Mais remarquons que c'est devenu facile pour chacun de concocter l'histoire récente selon ses propres vues et ses
propres passions. Les crimes au Rwanda ont leur origine:


1. La période précoloniale quand le régime de ce temps a favorisé une certaine classification ethnique qui faisait que certains et notamment les hutus ou les twas étaient considérés comme une
classe qui n'avait pas droit à l'émergence sociale.


2. le Régime colonial qui a plutôt manipulé les groupes les uns contre les autres, d'abord en créant une émergence d'une classe dirigeante de tutsis au détriment des hutus et par après quand ils
ont constaté que la classe dirigeante tutsie ne leur obéissait plus, ils ont monté les hutus contre les tutsis. Et c'est fut la révolution de 1959, qui n'est qu'un montage du pouvoir colonisateur
qui avait les manettes pour donner la chance à la société rwandaise pendant la période coloniale pour donner les mêmes droits à tous les rwandai sans distinction de leurs origines. Ici,
je regrette que les partisans de cette révolution n'arrivent pas à intégrer cette réalité de manipulation que le peuple rwandais a subi.


3. L'échec de la vision d'un rwanda dans les deux premières républiques à dominance hutue excluant les tutsis et qui a toujours tiré sa légitimité dans la révolution de 1959 au lieu de l'appuyer
sur le droit humain en se targuant d'une démocratie sans le droit de l'homme . Et qui a aussi créer une culture des massacres  s'installer dans la masse populaire.


4. L'échec de FPR de garder son discours premier de la réconciliation nationale qui a fait qu'un certain nombre d'élites hutus et même des tutsis l'ont rejoint en croyant en une société juste
pour tous. Les erreurs tactiques du FPR de maintenir le pouvoir par toutes les moyens possibles et les crimes successifs commis pour cette raison ont qui ont encore plus éloigné  les
perspectives. 


5. Je ne manquerai pas de souligner le manque de maturité de la société rwandaise de tout bord incapable de pouvoir se départir de ses passions pour un discours et une vision d'une société juste
et digne des droits humains. Ceci est le noeud du problème du Rwanda. Il est vrai que les événements sans communes mesures de notre histoire ne facilitent pas la tâche et a favorisé l'émergence
d'une méfiance permanente mais au grands combats correspondent des grands héros.   


Un président hutu ou tutsi importe peu si les droits de chacun de nous sont garantis. Il n'y a pas de démocratie et des droits de l'homme avantageux pour les hutus ou pour les tutsis, seulement.
le rwanda a besoin des droits humains pour tous.  Mais sommes-nous, nous les rwandais, capables de garantir ce droit à tous. Je pense que nous devrions nous l'interroger? Sinon que
l'histoire nous a montré qu'aucun groupe n'est absolumment pas puissant s'il s'appuie sur l'injustice.


Chaque rwandais, devrait faire un examen absolument critique de soi et penser à l'avenir de ce pays qui nous appartient nous tous, en se départissent de ses propres passions.
C'est possible, sera ne se fera pas si on ne fait pas violence à notre propre for intérieur et penser que cela cela résolu en adoptant de la violence à l'égard des autres, la violence verbale y
compris.


Quand au pouvoir qui ne s'aligne pas sur les droits pour tous devra disparaitre tôt ou tard. Nous les rwandais, devrions apprendre les leçons de notre propre histoire. Sinon sans cela, c'est
peine perdue.  Et là je décrie ceux qui utilisent les discours qui divisent en invoquant le passé pour justifier leur récrimination. Il est temps de penser à un Rwanda débarrassé de ses
démons. Et ce n'est pas une prise forcenée du pouvoir par tous les moyens qui vont régler les problèmes ni des élections libres qui prend l'allure d'un sauf conduit de vengeance des uns sur
les autres.  Nous avons besoin d'un discours nouveau et d'une nouvelle attitude et surtout pour ceux qui aspirent à diriger.


Merci et paix à tous les rwandais.   


 


 


 



Jean-Baptiste Nyabusore 02/04/2010 15:12



Comme vous le dites bien , cela fait 20 ans que le FPR a lancé la guerre contre le Rwanda avec la bénédiction de puissance étrangère. Dans un siècle où l’homme va à la découverte
de l’univers, au Rwanda, il n’a aucune volonté de savoir, qui a été tué et qui l’a tué : le droit à la vie n’est pas négociable. Le développement du Rwanda ne se ferra qu’avec le travail des
Rwandais quiconque au pouvoir devrait le savoir : les puissances étrangères  qui soutiennent tel ou tel régime ne le feront pas. Le FPR qui a pris le Rwanda en hypothèque
devrait aussi le savoir car il ne fait que retarder le processus de réconciliation et de développement.  Les grands hommes comme Fréderic de Clerc d’Afrique du Sud en Pierre
Buyoya du Burundi l’ont compris et ont conduit leurs pays à la démocratie en arrêtant l’effusion de sang dans leur pays et en cédant le pouvoir pacifiquement. Personnellement, je ne l’attends pas
de Kagame ou de Rutaremara. Mais peut-être nos politiciens devraient approcher les deux sages et demander leurs interventions.