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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Rwanda: le discours qui a rendu fou Paul Kagame (en français)

22 Décembre 2011 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Justice et Droits de l'homme

 

Les Romains disaient "in cauda venenum". Trop d'éloges pour le Président Kagame cachent le motif essentiel de la visite de l'Ambassadrice Susan Rice qui n'est exprimé que dans deux petits paragraphes (en gras) vers la fin.

Source: US Embassy

Allocution de Mme Susan Rice au Rwanda : « Construire une nouvelle nation »

02 décembre 2011

Mission des États-Unis auprès des Nations unies (USUN)
Communiqué de presse
Le 23 novembre 2011

« Construire une nouvelle nation : les progrès et le potentiel du Rwanda »

Allocution prononcée par Mme l'ambassadrice Susan E. Rice, représentante permanente des États-Unis aux Nations unies, à l'Institut des Sciences et de la Technologie de Kigali le 23 novembre 2011

Mesdames, Messieurs, bonsoir. Je vous remercie d'être venus m'accueillir à l'Institut des Sciences et de la Technologie de Kigali. Je veux remercier du fond du cœur Madame la ministre des Affaires étrangères de l'affabilité de sa présentation. Honorables ministres, merci aussi de votre présence. Mes remerciements vont aussi au recteur de l'Institut de Kigali qui m'accueille ici ce soir pour tout le travail qui a été nécessaire pour organiser cette réunion et je remercie également mon collègue, M. Don Koran, ambassadeur des États-Unis au Rwanda, et toute son équipe de toute leur aide.

Je suis venue au Rwanda pour témoigner des progrès remarquables qu'a faits ce pays contre toute attente.

Le Rwanda a tragiquement sa place propre dans la triste litanie des violences de masse du XXe siècle. Comme vous le savez si bien, le fléau du génocide est arrivé rapidement, maison après maison, sous forme d'hommes brandissant des machettes, d'appels au meurtre sussurrés sur les ondes des postes à transistor, de listes d'innocents à massacrer. Des actes délibérés, directs, de cruauté qui nous choquent encore et nous font toujours trembler.

Le Rwanda ne souffrait pas de soi-disant « haines anciennes » ; il a souffert de démagogues modernes, des ex-FAR, des Interahamwe et de Radio Mille Collines. Il a souffert aux mains de ceux qui étaient prêts à tuer au nom de la différence, de ceux qui voyaient dans la division et la mort une voie vers le pouvoir. Et il a souffert de l'indifférence de ses voisins, de la communauté internationale, et des gouvernements - y compris du mien - qui ont failli à leur devoir d'agir face à l'énorme calamité qui se déroulait sous leurs yeux.

Demain, je conduirai mon mari et mes deux enfants au mémorial du génocide à Kigali pour qu'ils ressentent un peu de ce que j'ai appris au cours de mes visites précédentes. Nous rendrons hommage à ceux qui sont perdus à jamais et aux braves survivants dont il nous est encore difficile de comprendre les sacrifices rémanents et la force extraordinaire.

Aujourd'hui, je suis ici en tant qu'ambassadrice mais je parle aussi à titre personnel, du fond de mon cœur. Je suis venue au Rwanda pour la première fois en décembre 1994, six mois après la fin du génocide. À l'époque, j'étais jeune directrice du personnel du Conseil national de sécurité de la Maison-Blanche et j'accompagnais le conseiller national pour la sécurité d'alors, M. Anthony Lake. J'étais chargée des questions relatives aux Nations unies et aux forces de maintien de la paix. Et il va sans dire que nous avons vu directement les conséquences désastreuses des mauvaises décisions prises par les pays - y compris le mien et le vôtre - qui siégeaient alors au Conseil de sécurité des Nations unies.

Je n'oublierai jamais l'horreur du spectacle qui m'a accueilli lorsque j'ai traversé l'église et la cour d'école attenante où avait eu lieu un des massacres. Six mois plus tard, les corps en décomposition de ceux qui avaient été si cruellement tués gisaient toujours dans ce qui aurait dû être un havre de paix. Pour moi, le souvenir d'avoir à enjamber ou contourner ces cadavres restera le rappel le plus déchirant de ce que les hommes peuvent faire à leur prochain. Ces images m'accompagnent toujours dans mon travail et font que je n'oublierai jamais à quel point il importe pour tous d'empêcher tout nouveau génocide.

Ici, après trois longs mois, le génocide avait enfin pris fin. Mais pas les destructions. Près d'un million de morts. Un million de réfugiés éparpillés en dehors du pays, dont des milliers de partisans du génocide prêts à reprendre le combat. Le Zaïre était leur base arrière et les camps de réfugiés soutenus par les Nations unies leurs otages. Selon la Banque mondiale, en quelques mois, le Rwanda était devenu le pays le plus pauvre du monde. Et quelques années plus tard, il envoyait des troupes au Congo. La « première guerre mondiale africaine », comme on l'a appelée, a fait des millions de morts, victimes des combats et des maladies.

Mais alors même que la guerre se poursuivait, une histoire différente commençait à se dérouler. Le peuple et le nouveau gouvernement rwandais imaginaient un pays différent, un pays où la réconciliation remplaçait les divisions, où le processus de guérison aidait à cicatriser des blessures profondes, et où l'autosuffisance remplacerait un jour le désespoir.

Après le pire, vous envisagiez le meilleur.

D'abord, vous avez commencé à vous attaquer au passé pour que le futur arrive plus vite. Le Tribunal pénal international pour le Rwanda achève ses travaux. Les tribunaux gacaca, adaptant les méthodes de la justice traditionnelle à l'énorme travail de séparer les innocents des petits criminels et les petits criminels des plus gros planificateurs et tortionnaires, ont apporté une mesure de justice et de réconciliation. De nombreux anciens militants des FAR et des Interahamwe ont été réintégrés dans la société. S'il reste encore beaucoup à faire, la commutation des peines en services communautaires et la construction de nouvelles prisons ont contribué à réduire de moitié le nombre des détenus au cours des 10 dernières années.

Progressivement, délibérément, le Rwanda a travaillé à sa réunification.

Au cours des années, vous avez mis en place des politiques en matière d'égalité des sexes, mis en place de nouveaux modèles de développement, exigé un gouvernement propre et fait des investissements ouverts sur l'avenir.

Vous vivez des changements étonnants. Je sais que dans le cours normal de la vie, ils peuvent ne pas sembler importants. Sans aucun doute vous voulez plus et plus vite, plus de développement, plus d'opportunités, plus de liberté. Et vous les méritez. Vos progrès ont connu des à-coups et votre développement économique a été plus rapide que votre développement politique. Mais alors même que vous vous battez pour un avenir meilleur, ne perdez pas de vue ce que vous avez accompli. Pour de nombreux Américains et d'autres étrangers, ce que vous avez fait en 17 petites années est impressionnant. Cela nous donne de l'espoir et de nouveaux modèles. Cela montre aux autres pays émergeant de conflits ce qu'il est possible de faire avec des politiques efficaces et des citoyens engagés. Le Soudan du Sud, le Liberia, la République centrafricaine, Haïti, la Guinée, le Népal et de nombreux autres pays feraient bien d'emprunter quelques pages du livre que vous avez commencé à écrire pour le Rwanda.

Comme l'a dit le président Obama l'an dernier au Sommet des Nations unies sur les objectifs du Millénaire pour le développement lorsqu'il a lancé notre Initiative de développement mondial, « nous cherchons des partenaires qui veulent développer leurs propres moyens de pourvoir aux besoins de leurs citoyens car l'époque où votre développement était dicté par des capitales étrangères doit prendre fin ».

Le Rwanda est un de ces partenaires.

À commencer par les femmes. Le génocide et la guerre ont décimé de manière disproportionnée la population masculine, créant un problème d'encadrement. Le gouvernement et les donateurs internationaux - notamment le Programme des Nations unies pour le développement et l'Union interparlementaire - ont transformé ce problème en une opportunité. Les femmes ont reçu une formation à la direction parlementaire et 30 % des sièges parlementaires leur ont été réservés. En 2003, des femmes occupaient 48 des sièges de la chambre basse, plus d'un tiers de plus que ceux qui leur étaient réservés. En 2008, comme vous le savez, les femmes ont fait encore mieux : elles occupent 45 des 80 sièges, faisant du Rwanda le seul pays au monde à majorité parlementaire féminine. Cela nous est, à nous autres, un motif d'humilité.

Sur le plan économique, vous avez connu une reprise étonnante : le produit intérieur brut par habitant a triplé depuis 1994. La base de cette croissance a été l'agriculture. Le gouvernement, avec le soutien de l'étranger, a réduit l'érosion des sols grâce à l'aménagement de terrasses et à la plantation d'arbres. Il a encouragé l'utilisation efficace des engrais et des pesticides, ce qui a augmenté la production. La consolidation des propriétés foncières transforme progressivement l'agriculture de subsistance en une agriculture industrielle en dépit de tous les problèmes que cela implique. Au cours des 10 dernières années, l'agriculture a progressé de 5 % ou plus par an. Les États-Unis sont fiers de jouer un petit rôle dans cette croissance par la bais de l'initiative Feed the Future (Initiative alimentaire pour l'avenir) du président Obama.

Dans le même temps, vous avez vu votre économie se diversifier. L'écotourisme est en passe de devenir une réussite majeure. Le secteur des services est aujourd'hui le plus important de votre économie et il progresse au rythme de près de 10 % par an.

Ce qui tire l'économie du Rwanda c'est avant tout la détermination de son peuple et de son gouvernement de donner la priorité au développement. Couplée à une gouvernance capable et délibérée, à une croyance ferme en l'innovation et en l'esprit d'entreprise, à une aide étrangère de haute qualité qui découle de partenariats réels et sincères et à une stratégie volontariste de participer au libre marché, cette détermination donne des résultats tangibles.

Il n'est jamais facile de tenir ces facteurs en équilibre et, soyons honnêtes, aucun gouvernement actuel ne peut prétendre être toujours sur la bonne voie lorsqu'il s'agit de gouvernance et de performances économiques. Il n'empêche que les progrès du Rwanda sont frappants. Dans son rapport « Doing Business 2012 » la Banque mondiale a encore relevé la classification du Rwanda : il est maintenant à la 45e place sur 183 pays alors qu'il n'y a pas encore longtemps, il était à la 141e. C'est un bond énorme.

Dans le rapport sur la compétitivité mondiale du Forum économique mondial, le Rwanda est aujourd'hui la 70e économie en termes de compétitivité : il était 80e il y a seulement deux ans. Le Forum a donné des notes particulièrement élevées au pays dans trois domaines : la participation des femmes aux affaires, la facilité de création d'entreprise et la propreté de son gouvernement. Aujourd'hui, j'ai eu l'occasion de visiter le One-Stop Shop, One-Stop Center de Kigali - le Conseil du développement du Rwanda - et j'ai pu me rendre compte personnellement de la facilité avec laquelle il était possible de créer une entreprise. Et les politiques nationales visant à éliminer la corruption rendent les choses d'autant plus faciles. Dans son dernier rapport sur la corruption dans le monde, Transparency International a décrit le Rwanda comme le pays le moins corrompu de l'Afrique de l'Est.

Mais le défi le plus grand, celui qui prendra des générations à relever, réside dans la construction du capital humain - l'amélioration de la santé, de l'éducation et des compétences de tout un peuple.

Le Rwanda s'est concentré sur l'enseignement primaire ; vous investissez donc dans l'avenir. Comme vous le savez, environ 43 % de votre population a moins de 15 ans. Les dépenses d'éducation ont régulièrement augmenté en termes de produit intérieur brut et représentent aujourd'hui un cinquième du budget de l'État. La plus grande partie des dépenses est consacrée à l'enseignement fondamental, jusqu'à la neuvième année. Le taux d'alphabétisation est passé de 58 % en 1999 à 71 % en 2009. Cette année, le gouvernement a proposé de faire passer l'enseignement universel gratuit de neuf à douze années et il continue d'investir massivement dans la formation des enseignants afin de relever la qualité de l'éducation.

Des enfants en meilleure santé font évidemment de meilleurs élèves et mon pays a consacré une grande partie de notre aide à améliorer les soins de santé ici. Qu'on les mesure en termes de taux d'immunisation ou d'utilisation de moustiquaires traitées à l'insecticide, les pratiques des soins de santé s'améliorent. Pratiquement tous les Rwandais ont accès à une assurance santé de base, ce qui est plus que je ne peux dire des États-Unis. La part des dépenses publiques consacrée aux soins de santé a plus que triplé depuis 1996. Le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans a été réduit de plus de la moitié en quelque cinq ans. Oui, c'est vrai. Et grâce aux politiques agricoles, la production de protéines et de calories est maintenant aux normes internationales.

Les Rwandais deviennent rapidement mieux éduqués, mieux nourris et mieux soignés.

Petit pays enclavé, montagneux et densément peuplé, le Rwanda n'a que peu de richesses naturelles qui favorisent l'économie ou la commercialisation du carburant. Alors le gouvernement se tourne vers la technologie numérique pour construire des ports virtuels et réduire les distances qui séparent le pays de l'économie mondiale. Les technologies de l'information et des communications sont critiques au développement de la capacité productive et du capital humain qui constituent la base d'une croissance économique durable. Le nombre des utilisateurs de l'Internet a plus que doublé au cours des dernières années et il va certainement encore augmenter avec la montée en puissance du réseau de fibres optiques dont la pose s'est achevée l'an dernier. Les portables et l'accès au réseau hertzien vont contribuer à transformer la société rwandaise.

Les technologies de pointe ne servent pas seulement à faciliter les communications. La plupart des pays en développement ont essayé de développer leur énergie de la manière la moins coûteuse possible, qui est aussi souvent la plus sale : en abattant et brûlant les arbres, en brûlant du gazole ou en brûlant du charbon. Le Rwanda profite de la technologie et de son abondance en eau pour développer le secteur hydro-électrique qui produit déjà près de la moitié de l'électricité du pays. Vous avez également des projets en cours pour transformer le méthane dangereux en source d'électricité propre.

En tant que membre de la Communauté de l'Afrique de l'Est, le Rwanda contribue à la construction d'un marché plus large qui encouragera le commerce intra-régional, les investissements dans l'infrastructure, l'agriculture et l'énergie et renforcera tous les membres de la Communauté en harmonisant leurs politiques et leurs pratiques. Dans la même ligne, le Traité bilatéral d'investissement entre les États-Unis et le Rwanda, que notre Sénat vient de ratifier en septembre, va consolider les liens commerciaux entre nos deux pays.

Les progrès économiques et sociaux du Rwanda ont été accompagnés d'une montée parallèle de sa stature à l'international - de pays divisé et en faillite, il est devenu un partenaire respecté dans les domaines de la sécurité et du développement. Les rapports avec vos voisins se sont sensiblement améliorés. Mieux, vous avez rassemblé les terribles séquelles du passé et vous les avez transformées en mission de paix.

La participation du Rwanda au processus de maintien de la paix a commencé en 2004 par le déploiement de moins de 200 soldats au Darfour dans le cadre d'une mission de l'Union africaine. Aujourd'hui, plus de 3.500 Rwandais participent à des missions des Nations unies partout dans le monde. Si la plupart des Casques bleus rwandais servent au Soudan, ils sont aussi présents au Liberia, en Côte d'Ivoire, en Haïti, en République centrafricaine et au Tchad.

Le Rwanda a fait le sacrifice ultime dans des missions où il a perdu des fils. Et je voudrais présenter toutes mes condoléances et celles de mon gouvernement aux familles du sergent John Twahirwa et du soldat Samuel Ntakirutimana qui ont perdu la vie au Darfour il y a juste quelques semaines.

Pour le Rwanda, le processus de maintien de la paix n'est pas singulier : il s'inscrit aussi dans le contexte du développement. Au Soudan, les soldats rwandais ont fait connaître la tradition du travail Umuganda. Ils ont fabriqué des briques pour construire des écoles et introduit des rondereza - des poêles écoénergétiques - pour que les femmes courent moins de risques lorsqu'elles vont chercher du bois de feu.

Sur la scène mondiale, le Rwanda préside aujourd'hui la Commission de consolidation de la paix aux Nations unies. Et j'ai eu l'honneur de travailler en étroite association avec M. Eugène Gasana, votre ambassadeur aux Nations unies, à faire avancer la mission de la commission consistant à aider les pays ravagés par la guerre à se réconcilier, à se reconstruire et à se développer. La Commission a été créée en 2005 dans le cadre d'un large ensemble de réformes comprenant un nouveau concept de « responsabilité de protéger ».

Ce concept prévoit que la communauté internationale est tenue de protéger les populations civiles même aux dépens de la souveraineté nationale lorsque le gouvernement manque à protéger ses propres citoyens ou, pire, les attaque lui-même. C'est un concept qui est particulièrement pertinent pour le Rwanda. Et comme vous pouviez vous y attendre, le Rwanda est un des grands tenants de cette responsabilité de protéger.

Tous les cas sont différents et, à l'évidence, chaque cas requiert une réponse politique différente. Mais nous avons été nombreux à entendre les accents de 1994 lorsque Mouammar Kadhafi a promis de déloger les habitants de Bengazi et d'aller de maison en maison tuer des innocents comme « des rats » comme il les appelait. Hier, comme l'a rappelé la ministre des Affaires étrangères, j'étais en Libye et je me suis rendue dans un lieu de détention que les forces de Kadhafi avaient incendié avant de se retirer de Tripoli. Plus de 100 personnes avaient été tuées par balles et grenades dans un petit entrepôt et leurs corps avaient été brûlés.

Ma visite au Rwanda en 1994 m'avait appris que des atrocités de ce genre étaient possibles en Libye si Kadhafi n'était pas stoppé. Je savais que nous devions faire quelque chose et le président Obama le savait aussi.

Malgré les risques et les coûts, le président Obama était déterminé à agir et à ne pas laisser d'autres atrocités prévisibles se dérouler sous ses yeux. Il savait que ne rien faire ne pèserait pas seulement lourd sur notre conscience nationale mais donnerait aussi licence aux dictateurs de tuer tous les printemps arabes au berceau. Il savait aussi que cela ferait passer un message terrifiant sur l'incapacité de la communauté internationale d'agir - en dépit même d'un appel au secours du peuple libyen et de la Ligue arabe, en dépit même de la possibilité d'empêcher un massacre susceptible de laisser des dizaines, voire des centaines, de milliers de morts.

Mon président a refusé de laisser cela arriver. Sachant qu'une zone d'interdiction de vol serait trop peu et trop tard, il m'a ordonné d'obtenir du Conseil de sécurité des Nations unies un mandat fort visant à protéger les civils, un mandat autorisant l'utilisation armée de forces aériennes afin d'arrêter la progression des forces de Kadhafi. Cette fois, le Conseil a agi et agi à temps. Après avoir failli au Rwanda, après avoir failli au Darfour, il n'a pas failli en Libye. En moins de deux jours, la puissance de feu américaine a joué un rôle décisif en contribuant à arrêter les troupes de Kadhafi et sauver Bengazi, et notre coalition a poursuivi ses efforts pour protéger le peuple libyen.

Grâce à notre action, un nombre incalculable d'hommes, de femmes et d'enfants a été sauvé. Grâce à notre action, le peuple libyen a eu le temps de mettre fin au régime de Kadhafi et de prendre un nouveau départ. Grâce à notre action, la communauté internationale a donné leur sens aux promesses qui ont été faites tant de fois ici, sur le sol rwandais, par tant de personnes, que nous ne resterons pas sans rien faire lorsque nous serons en mesure d'empêcher des atrocités

C'est pourquoi les États-Unis envoient des conseillers militaires pour aider les états d'Afrique centrale qui essaient de mettre fin aux décennies de crimes de guerre commis par l'Armée de résistance du Seigneur.

Pour ce qui est de la Libye, de nombreux États africains sont restés silencieux ou étaient sceptiques, voire âprement critiques, devant la décision d'intervenir pour protéger les innocents. Pas le Rwanda. Seul des pays africains en dehors du Conseil de sécurité, le Rwanda a rapidement et publiquement manifesté son accord. « Notre responsabilité de protéger est incontestable » a déclaré le président Kagamé et je le cite : « C'est ce qu'il faut faire et je parle avec la force de quelqu'un qui a vu et subi les terribles conséquences de l'inaction de la communauté internationale. » Le Rwanda n'a donc pas seulement dépassé son propre génocide, il est maintenant devenu, du Darfour à la Libye, un modèle de l'opposition à ceux qui seraient prêts à commettre un autre génocide ou des atrocités de masse.

Cela fait plusieurs fois que je viens au Rwanda et, comme toujours, j'y suis venue en amie. Mais cette fois, pour la première fois, je suis venue avec ma famille. Je voulais qu'elle voie votre beau pays et qu'elle apprenne ce qu'il est possible de faire lorsqu'un peuple fier travaille à une cause commune. Je voulais qu'elle voie et qu'elle soit motivée par vos réalisations.

Je pense aussi que les amis peuvent se parler franchement.

La vitalité économique du Rwanda a fait avancer le pays. Les progrès sociaux sont sensibles. Mais la culture politique du pays reste relativement fermée. Les restrictions sur la presse perdurent. Les activistes de la société civile, les journalistes et les opposants politiques du gouvernement craignent souvent de s'organiser paisiblement et de s'exprimer. Certains ont été harcelés. D'autres ont été intimidés par des visiteurs nocturnes. Et quelques-uns ont tout simplement disparu.

Mais aujourd'hui, le monde avance rapidement dans une autre direction. Partout, y compris dans des sociétés où il était de notoriété publique qu'elles ne connaîtraient jamais la liberté, nous voyons des peuples demander le droit de programmer leur propre avenir, d'organiser des démonstrations pacifiques et de critiquer leur propre gouvernement. Issue d'un jeune vendeur de fruits tunisien, cette demande s'est propagée dans toute l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Elle a été reprise en Égypte, puis les Libyens ont demandé la fin des 42 années de tyrannie de Kadhafi. Aujourd'hui, des Syriens et des Yéménites sont tués par leur gouvernement parce qu'ils disent ce qu'ils pensent de leurs dirigeants et de leur avenir. Mais ils continueront de le dire parce qu'ils en ont le droit, et ils le savent.

Les droits de liberté d'assemblée, d'expression et de manifestation pacifique sont tout aussi critiques et inhérents en Asie, en Amérique latine et en Afrique subsaharienne qu'ils le sont en Europe, en Amérique ou au Moyen-Orient. Comme l'a déclaré le président Kagamé, et je le cite : « Le soulèvement en Libye a fait passer un message aux dirigeants en Afrique et partout ailleurs. C'est que si nous perdons le contact avec nos citoyens, si nous ne les servons pas comme ils le méritent et ne satisfaisons pas leurs besoins, cela aura des répercussions. Leurs griefs vont s'accumuler et un jour ou l'autre, ils se retourneront contre nous. »

L'approfondissement et l'élargissement de la démocratie peuvent être les prochains accomplissements de ce grand pays et des ses remarquables citoyens. Au Rwanda, le développement économique et l'ouverture politique peuvent se renforcer mutuellement. Tel est le grand défi du développement du Rwanda, et avec tout ce que vous avez réalisé au cours des 17 dernières années, je suis certaine que vous le relèverez aussi avec succès.

Vous êtes déjà un exemple pour tous les pays de ce qu'il est possible de faire. Vous êtes un exemple pour tous les pays de ce qu'il est possible de faire après une catastrophe. Rien ne peut vous redonner ce que ce pays a sacrifié. Le chagrin s'estompe mais ne disparaît jamais. Mais nous savons aussi que les vivants doivent rendre hommage aux disparus en construisant l'avenir qu'ils auraient dû aider à construire. Un pays, comme une personne, peut triompher. Le Rwanda en est la preuve.

Aujourd'hui, près de la moitié des Rwandais sont nés après la fin du génocide. La génération qui a traversé le génocide transmet un pays beaucoup plus riche en possibilités, en meilleure santé, mieux éduqué et en paix. Je suis heureuse de voir vos progrès extraordinaires. Et je suis fière d'affirmer que les États-Unis continueront à se tenir à vos côtés, en amis et en partenaires, alors vous arrivez à un niveau supérieur de développement et de démocratie.

Je vous remercie.



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