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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

RDCongo: il faut éviter la prime à la guerre

11 Octobre 2009 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Histoire - politique


(F.M.)

Bien avant la MONUC, tous les observateurs de la scène politique dans la région des Grands Lacs dont particulièrement les puissances occidentales avaient préconisé le recours au dialogue comme moyen de résolution pacifique des différends qui n’ont cessé d’endeuiller cette partie du continent africain. La preuve la plus éclatante fut certes étalée par le ralliement du chef d’Etat Major des forces du C.N.D.P. au processus de pacification tel que prôné par les résolutions du Programme AMANI conclu à Goma en janvier 2008 entre tous les groupes armés irréguliers et le gouvernement de la République en présence du chef de l’Etat qui avait squatté dans cette ville pour donner un cachet spécial à cet évènement. Aussi curieux que cela puisse paraître, ce coup d’éclat fut administré par le général de Brigade Jean-Bosco NTAGANDA alors qu’il est recherché par un mandat d’arrêt délivré par le Procureur près la Cour Pénale Internationale de la Haye. C’est ainsi que la guerre prit fin dans les territoires de Masisi et Rutshuru suivie par la fuite et l’arrestation au Rwanda de l’ex-général Laurent NKUNDA Mihigo, ancien Chairman de ce mouvement politico-militaire. Des négociations qui avaient débuté à Nairobi entre les délégués de ce mouvement et ceux du gouvernement de la République se poursuivirent alors à Goma entre les plénipotentiaires du général recherché par la CPI et le ministre de la Coopération Internationale et Régionale dans le but de faire entrer des éléments de ce mouvement dans les institutions de la République, les services de l’armée nationale, de la police et de la sécurité.

Mais c’était sans compter avec tous les autres mouvements armés qui pullulent à l’Est et qui ont saisi la balle au bond pour réclamer les mêmes faveurs faute de quoi, ont-ils claironné, ils ne se sentiraient plus liés par les résolutions du Programme AMANI. Un véritable chantage éhonté mais qui n’est pas dénué de sens car en politique, il n’y a pas de sentiment ni d’état d’âme, c’est le réalisme qui compte en définitive, a indiqué au Phare un membre de l’un de ces groupes armés qui ont transformé les provinces du Kivu et du Maniema en champs de bataille. Critères objectifs d’intégration Certes, le recours au dialogue demeure le seul moyen de résoudre les différends armés entre des Etats et aussi entre les groupes antagonistes opérant sur un même espace territorial. Il se fait cependant que ce dialogue ne devrait pas se réaliser de n’importe quelle manière. Sinon ce serait la pagaille et le désordre qui s’installeraient au bout du compte, a signalé un ancien diplomate aujourd’hui reconverti dans la politique active. En fait, a-t-il précisé, le dialogue ne devrait pas devenir une blanchisserie de tous les crimes de guerre et contre l’humanité commis tout au long des conflits armés qui ont terriblement endeuillé l’Est de la République. Des critères rigoureux et objectifs tenant compte des réalités sociologiques et géostratégiques devraient servir de base de sélection pour le processus d’intégration dans les institutions de la République et autres services de l’Etat. Ainsi, l’intégration dans les FARDC des anciens éléments des groupes armés irréguliers devrait tenir compte des équilibres sociologiques pour éviter qu’une communauté ne soit plus servie que d’autres, ce qui serait un autre prétexte pour déclencher des hostilités dans un proche avenir. De même, il serait sage de ne pas se précipiter à distribuer à la pelle des grades des généraux à des semi lettrés, ce qui provoquerait des frustrations dans les rangs des éléments des FARDC ayant bénéficié d’une formation solide dans les meilleures académies militaires étrangères. Les éléments non formés pourraient être envoyés dans les centres de formation au métier des armes. Pas de prime à la guerre La menace brandie par les autres groupes armés de quitter le Programme AMANI au cas où ils ne bénéficiaient pas des mêmes faveurs que le C.N.D.P. devrait être prise au sérieux. Ce faisant, il ne demeure pas moins vrai qu’une telle position ne peut être considérée par le commun des mortels que comme une véritable prime à la guerre. C’est ce nœud gordien qui bloque la concrétisation des promesses faites au C.N.D.P., a fait savoir l’un des anciens facilitateurs du Dialogue Inter Congolais de Sun City. Car d’une part, accorder au C.N.D.P. des postes dans les institutions de la République serait considéré comme une violation de la Constitution dès lors que ne peut entrer au gouvernement que celui qui est représenté au parlement, ce qui n’est pas le cas pour ce mouvement politico-militaire. D’autre part, si l’on devrait tenir compte de tous les groupes armés qui opèrent dans les provinces de l’Est, il y a risque de se retrouver avec un gouvernement éléphantesque. Il va sans dire que cela provoquerait des mécontentements dans les camps des partis politiques ayant suivi le mot d’ordre de boycott des élections lancé par Etienne TSHISEKEDI en 2005 et qui ne se gêneront pas de proclamer haut et fort que le pays est gouverné par ceux-là mêmes qui ont les mains couvertes de sang des millions des congolais. Comme quoi, le remaniement promis depuis plus d’une année promet des surprises amères. Gare aux cardiaques ! 

 

Source: Le phare Quotidien Indépendant

2009-10-09

 

 

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