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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

RD-Congo: Grand Nord (Beni – Lubero)

11 Décembre 2009 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Justice et Droits de l'homme

L’Eglise catholique dénonce et condamne l’insécurité généralisée dans le diocèse et appelle à la solidarité pour les victimes civiles

Incendies des huttes, déplacement forcé des populations, insécurité généralisée … tel est le paysage actuel dans les territoires de Beni-Lubero (Nord-Kivu).

Cette situation basée sur une confusion savamment entretenue sur l’identité des hommes qui sont à la base de ces actes de violence sur les populations civiles a été dénoncée et condamnée par les prêtres diocésains et religieux catholiques du diocèse de Butembo-Beni en date du 4 novembre 2009 dans un message pastoral intitulé « Ne fais à personne ce que tu n’aimerais pas subir. Tb 4,35 »

Le tableau socio sécuritaire dépeint donne la chair de poule : femmes et jeunes filles violées, des hommes contraints aux travaux forcés, champs dévastés, des villages incendiés …

Récemment dans la nuit du 29 au 30 octobre 2009, à Busereka et à Mbughavinywa, plus de 210 maison ont été incendiées et 7 personnes brûlées vives. La comptabilité macabre donne le nombre de plus 1500 maisons incendiées dans le sud du territoire de Lubero entraînant l’abandon des écoles et le pillage des structures sanitaires.

Pour le clergé et les supérieurs majeurs de l’Asuma réunis tous autour de l’Evêque Melchisédech Paluku Sikuli, la souffrance infligée aux populations du diocèse de Butembo – Beni est indescriptible. Ces populations sont meurtries, maltraitées, méprisées, humiliées et arrachées à leur dignité. Le clergé de Butembo – Beni réaffirme sa foi à la vie et veut la paix réelle (et non celle des cimetières).

Appel entendu même au-delà du diocèse puisque 3330 tôles sur les 4 mille ont été récoltées, des casseroles, des habits neufs, du matériel de cuisine sont donnés par des personnes qui ont reçu avec amour et compassion ce cri de détresse.

Interrogé par notre Rédaction à son retour de Luofu le 27 juillet 2009, le Bon Pasteur a confirmé les dégâts humains et matériels et le drame dans lequel vivent ces populations. Il a ajouté un autre fait troublant mais déterminant qu’il a observé : les populations sinistrées ont refusé de quitter leur milieu malgré la détresse. Nous préférons ne pas mourir ailleurs mais sur la terre de nos ancêtres.

Parmi les villages les plus sinistrés, on peut citer Kanyabayonga, Luofu, Kasando, Kaseghe, Kamandi, Mbingi, Kasugho, Lubango, Alimbongo, Kimbulu, Musasa, Muhangi (Lubero), Kisalala, Vurondo, Lume, Batalinga (Beni).

Le clergé de Butembo – Beni a aussi dénoncée et condamné l’insécurité nocturne persistante qui entraîne en milieu urbain comme Beni et Butembo, des assassinats et des mutilations des corps pour des trafics d’organes humains, la fréquence des coupeurs de route sur les axes Butembo – Goma, Butembo – Muhangi – Manguredjipa, Beni – Kasindi, Beni – Batalinga, Beni – Bunia …

Enfin, l’Eglise locale a relevé des contrastes et contradictions entre les opérations de pacification évoquées dans la région et le drame causé à la population notamment le fait que les forces dites négatives et l’armée régulière s’en prennent toutes aux populations civiles (Si je sors dans la campagne, voici les victimes de l’épée ; si je rentre dans la ville, voici le torturé par la faim – Jér. 14,18)

La population est comme prise entre le marteau et l’enclume.

Autres contrastes, c’est l’acharnement des autorités politico administratives sur les taxes à payer et à faire payer alors que le peuple est jeté sur les routes, sans logis, sans moyens ni infrastructures de base. Le clergé exhorte les chrétiens à ne pas se rendre complices des malheurs dans lesquels leurs frères et sœurs sont tenus et qui les assujettissent. Le clergé catholique interpelle aussi les chefs coutumiers pour ne pas être complices de la spoliation et/ou balkanisation de la terre des ancêtres.

Il rappelle la mission de l’armée, celle de sécuriser et de protéger le peuple et ses biens tout comme celle de la Monuc.

Le texte de la dénonciation, de la condamnation des actes de barbarie et de l’appel à la paix et à la sécurisation des populations civiles a été signé par les curés de 9 doyennés du diocèse et les 7 supérieurs majeurs de l’Asuma oeuvrant dans le diocèse de Butembo – Beni sous l’approbation de l’ordinaire du lieu, Mgr Sikuli Paluku Melchisédech.

Les Coulisses n°209

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