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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Procès de Victoire Ingabire: Vous avez dit acharnement?

7 Septembre 2011 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Justice et Droits de l'homme

Publié le mardi 6 septembre 2011

Source: Le Pays

Boulkindi COULDIATI

Emprunter la voie de l'opposition au Rwanda est, selon toute vraisemblance, synonyme d'emprunter le chemin de Golgotha. En tout cas, Victoire Ingabiré ne dirait pas le contraire si on venait à lui poser la question de savoir ce que c'est qu'être opposant au régime du général-président, Paul Kagamé.

En effet, les malheurs de cette dame ont commencé depuis qu'elle a décidé de quitter Amsterdam (Pays-Bas) pour le bercail, dans le souci de participer activement aux débats politiques de son pays en tant qu'opposante. Il n'en fallait pas plus pour que le pouvoir de Kigali s'érigeât en forteresse assiégée pour, in fine, barrer la route à la présidente des FDU (Forces démocratiques unies). Bien entendu, en pareilles circonstances, la tendance à chercher des poux sur une tête rasée ne manque pas.

Toujours est-il que Ingabiré n'a visiblement pas pu déjouer les traquenards que lui ont perfidement tendus Kagamé. Pour preuve, les chefs d'inculpation, montés de toutes pièces selon le génie propre du régime autoritaire du président rwandais, ont fusé de partout, lorsque l'opposante a dit constater une "disparité" entre les Hutu et les Tutsi dans la gestion du pouvoir d'Etat. Terrorisme, idéologie du génocide, sectarisme, atteinte à la sûreté de l'Etat, etc. sont les accusations retenues contre elle et qui lui ont valu la privation de sa liberté depuis près de 2 ans.

Toutefois, si aux premières heures de l'arrestation de Ingabiré, le pouvoir de Kigali avait du mal à cacher ses intentions inavouées qui ne sont rien moins que de mettre l'opposante sous éteignoir, c'est bien aujourd'hui qu'il a davantage des difficultés à justifier la détention de la pauvre dame. A défaut de la mettre en liberté provisoire en attendant des preuves tangibles contre elle, le parquet de Kigali a encore, lundi dernier, renvoyé aux calendes grecques le procès de Ingabiré. Un acharnement qui en dit long sur la volonté du pouvoir de Kagamé d'étouffer définitivement la présidente des FDU.

A la vérité, Victoire Ingabiré a commis un péché. Celui d'avoir cru au général-président lorsqu'à la sortie du drame du génocide, surtout après sa première élection à la tête de l'Etat rwandais, il embouchait la trompette de la démocratie, appelant alors au multipartisme et aux débats démocratiques libres. Tout compte fait, dans un Etat de droit, constater des disparités sociales, économiques ou politiques entre des ethnies ou des régions ne signifie nullement commettre le péché originel. D'ailleurs, si Kagamé estimait que son opposante ne disait pas vrai, il aurait trouvé d'autres moyens légaux de le prouver plutôt que de la jeter en prison.

Si, a contrario, les déclarations de cette dernière étaient fondées, l'homme fort de Kigali devrait revoir son mode de gouvernance afin de gommer les clivages ethniques. En brandissant, presque ex-cathedra, l'étendard de l'anti-génocide pour traquer ses opposants, le président rwandais accrédite la thèse selon laquelle il se servirait de cette tragédie humaine comme sésame pour rester encore longtemps au pouvoir. Or, toutes actions, d'où qu'elles viennent, devraient concourir à éviter de réveiller les vieux démons au pays des mille collines. Kagamé qui fait vivre l'enfer à ses opposants doit impérativement se raviser à temps.

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