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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

No FDLR, no job

12 Janvier 2010 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Justice et Droits de l'homme

Avec cette interview, l'on comprend pourquoi les autorités de Kinshasa alimentent l'insécurité au Kivu, c'est avec l'appui de certaines puissances internationales qui ne veulent pas que la MONUC puisse un jour quitter le Congo.


Dans une interview accordée à radiookapi.net lors de sa visite officielle, vendredi à Kinshasa, le ministre des Affaires étrangères français, Bernard Kouchner a abordé plusieurs sujets. Rétablissement des relations diplomatiques entre la RDC et le Rwanda, état de la coopération bilatérale entre la France et la RDC, avenir de la Mission des Nations unies en République Démocratique du Congo (Monuc), autant des matières que le chef de la diplomatie française a évoquées dans cet entretien.

Radiookapi.net : Dans quel contexte placez-vous votre visite en RDC ?

Bernard Kouchner : Entre la France et la République Démocratique du Congo, il y a des contacts très fréquents. Et donc, (elle s’inscrit) dans le contexte d’une visite en Afrique, qui comportait – vous le savez – le rétablissement des relations diplomatiques avec le Rwanda. (Le rétablissement de ces) relations diplomatiques a été décidé par les présidents Sarkozy et Kagame. Et en parlant avec le président Kagame hier(ndlr jeudi), nous avons évidemment parlé de la situation dans l’Est (de la RDC), mais aussi de tout le pays sur le plan humanitaire et du développement économique. Nous avons parlé de l’attitude du FMI. Nous avons parlé de la façon dont les relations bilatérales - en ce qui concerne la population, le développement et les activités sociales – pourraient, dans l’Est et partout (au Congo), prendre une autre ampleur.

Radiookapi.net : A propos de l’insécurité dans l’Est, la question des FDLR figure parmi les questions qui refroidissent aujourd’hui les relations entre les deux pays. Avez-vous abordé cette question avec les autorités rwandaises ?

«BK : Bien sûr ! Nous avons abordé cette question. Vous savez, nous avons salué, comme un geste politique important, le rapprochement entre le Rwanda et la République Démocratique du Congo. La décision des présidents Kabila et Kagame de joindre leurs efforts, pas seulement à propos des FDLR, mais à plus long terme : que les deux armées, la formation, le respect des droits de l’Homme soient assurés et surtout, permettez-moi de signaler que la population elle-même à l’Est –en particulier les femmes – souffre terriblement. Ce n’est pas encore fini. Il faut que les efforts soient faits pour que les efforts internationaux - la Monuc en réalité – soient mieux adaptés à ce terrain très difficile et ces années de souffrance qui demeurent la vie quotidienne et, je le répète, en particulier des femmes.


Radiookapi.net : Lors de la dernière visite en RDC du président de la République française, Nicolas Sarkozy, le Congo avait signé un certain nombre d’accords avec la France. D’après vos évaluations, où en est-on ?

«
BK : Non ! On a évalué à un niveau qui me semble insuffisant de réalisation et d’investissement. Et je crois que la visite du président Sarkozy et celle de Madame Lagarde, en particulier, ont permis de grands espoirs. Mais, vous devez comprendre : (NDLR : le Congo) est un pays gigantesque et très important. Il est situé, évidemment, dans un endroit déterminant ; mais aussi, il est différent, immense. Et donc, il faut que les investissements soient situés dans une perspective pacifique. S’il y a des troubles, ça ralentit les investissements ; mais ça ne veut pas dire qu’il n’y en aura pas. Nous n’avons pas fait de bilan exact, arithmétique. Mais sentimentalement et politiquement, nous sommes très proches.

Radiookapi.net : vous avez eu aussi à rencontrer le ministre congolais de la Coopération internationale. De quoi était-il question ?

«BK : Ces échanges ont été d’abord amicaux et respectueux du développement de ce pays et des progrès accomplis par la République Démocratique du Congo. Ils ont été très engageants par rapport à l’avenir dans un certain nombre de domaines (…), mais dans le domaine très particulier de la coopération en matière d’investissements, en matière de développement économique avec un certain nombre – pas assez grand – d’entreprises qui ont pris contacts avec ce pays et qui sont encouragés à poursuivre. Même si, parfois, il y a des obstacles. La visite du président Sarkozy, il y a quelques mois, celle de Madame Lagarde, le ministre (français) des Finances en même temps et les perspectives qu’ils ont évoquées nous encouragent dans ce sens, dans un certain nombre de domaines où nous faisons avancer les projets communs. C’est un grand pays, non seulement par sa taille, mais par son importance politique, économique et humain qu’il développe. Et puis, vous le savez, c’est peut être le premier pays en matière de la Francophonie : il semblerait que la population de la République Démocratique du Congo ait dépassé celle de la France, donc, c’est le premier pays francophone.

Radiookapi.net : Votre dernier tête-à-tête, c’était avec le président Kabila. Quels sont les sujets que vous avez abordés avec ce dernier ?

«
BK : Nous avons parlé de projets d’investissement, de la visite de Madame Idrac avec un nombre important d’investisseurs français au mois de février. Puisqu’on peut regretter qu’il n’y ait pas assez de détermination des investisseurs français en RDC. Mais, il ne faut pas exagérer, il y a aussi des succès. Nous avons aussi parlé de l’Est du pays, de la présence de la Monuc, du désir de voir l’aide de la communauté internationale se porter encore plus sur la population. Nous avons ensuite parlé de la façon dont pourrait participer à cette approche différente de population de l’Est, une aide française et même une participation française. Il ne s’agit pas seulement d’une aide, mais de projets communs.

Radiookapi.net : Parlons de la Monuc, maintenant. Quelle lecture faites-vous, après votre entretien avec le chef de l’Etat?

«BK : Nous en avons parlé. Mais, c’est au président Kabila de travailler ensemble avec d’autres pays, peut-être, à une résolution dans l’avenir et de préciser le rôle de la Monuc et le rôle respectif de l’esprit des Nations unies et de la sécurité seulement par rapport à un développement qui serait beaucoup plus proche de la population au fur et à mesure que les choses s’arrangeront. Moi, j’ai noté, pour avoir un peu l’habitude des missions de la paix, qu’entre ma dernière mission à Goma - il y a un an exactement - la situation qui a été décrite par les gens qu’on a rencontrés de la Monuc (Général Gay avec Alain Doss) ça va mieux. Et donc, il faut étaler dans le temps. C’est ce que le président Kabila s’apprête à faire. Je ne veux pas prendre la parole à sa place. Ce n’est pas du tout un rejet de la Monuc : "Nations unies partez !" Pas du tout ! Au contraire, il faut que l’évolution se fasse. Et moi, je suis d’accord avec ça. Il ne faut pas chasser la Monuc. Il faut que (son retrait) soit modulé dans le temps en fonction des résultas et peut-être même de l’étendue du territoire. Et nous avons parlé, par exemple du rôle de la Monuc dans la province de l’Equateur. Il veut qu’elle soit en accord avec les succès obtenus : quelque chose qui soit par exemple plus économique, plus humain que simplement sécuritaire.

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