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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Mozambique : la faim et la colère

3 Septembre 2010 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Actualités

Des émeutes réprimées dans la violence après une série d’augmentations des prix
Source: Afrik.com
Au moins sept personnes, dont deux enfants, ont trouvé la mort au cours d’émeutes à Maputo, la capitale du Mozambique. Les violences ont éclaté lorsque des milliers de personnes sont descendues mercredi matin dans les rues des faubourgs pauvres de la capitale pour protester contre la hausse des prix du pétrole, du blé, du pain, de l’eau et de l’électricité. Des hausses difficilement acceptables, dans un pays ou environ 90% de la population vit avec moins de 2 euros par jour.

Fortes tensions au Mozambique. Des manifestants ont bloqué, mercredi, à l’aide de pneus enflammés, les routes principales conduisant à l’aéroport et à la plus grande banlieue de Maputo, Matola. Des dizaines de magasins et stations-service de Maputo, où vivent un million d’habitants, ont été attaqués par des pillards tandis que les manifestants mettaient le feu à des voitures. La police a tenté de disperser les manifestants à coups de balles en « caoutchouc ». Submergées, les autorités ont ouvert le feu sur la foule avec de vraies balles. Le dernier bilan fait état de 7 morts et 288 blessés.

Ces violentes protestations sont considérées comme l’aboutissement d’une série de grèves et manifestations. Le ministre de l’Intérieur mozambicain, Jose Pacheco, a condamné ces émeutes, estimant que les manifestations étaient illégales. Le ministre a reconnu que la constitution donnait le droit à tous les citoyens de manifester, mais il a déploré que personne n’ait adressé de requête à cet effet aux autorités. En effet, la police avait annoncé lundi qu’elle n’avait autorisé aucune manifestation de ce type tout en précisant qu’elle était bien préparée pour stopper toute action contraire à la stabilité sociale. La police a d’ailleurs annoncé avoir arrêté 142 personnes.


Le pays connait une misère alarmante

« La hausse du prix du pain et autres produits essentiels n’est pas la raison de la protestation, mais seulement la goutte d’eau qui fait déborder le vase », a déclaré Alice Mabota, de la Ligue mozambicaine des droits de l’homme.

Le Mozambique, dévasté par la longue guerre civile (1976-1992) qui a suivi le conflit armé pour l’indépendance, connaît une misère alarmante. Le PIB par habitant est de seulement 802$, contre 9 757$ en Afrique du Sud, et l’on estime que 70% des 20 millions d’habitants vivent en dessous du seuil de pauvreté. Le pays possède le 175e indice de développement humain sur un classement de 179 pays.

Conformément à une décision prise au début du mois d’août, le gouvernement mozambicain a augmenté de 30 % le prix du pain mercredi. Depuis deux mois, l’on assiste à une véritable flambée des prix. Déjà, début août, les carburants avaient augmenté de 8%. L’électricité, quant à elle, devrait connaître une hausse de plus de 13%. Et pour finir, la monnaie locale, le metical (MT), a perdu beaucoup de valeur en quelques mois. En juin, un euro valait 40 MT. Aujourd’hui, il en vaut 50.

Tout en condamnant les pillages, le porte-parole de la Renamo, le principal parti de l’opposition, Fernando Mazanga, a dénoncé un « gouvernement qui ne sait répondre aux manifestations que par la violence ». En 2008, six personnes avaient été tuées dans des émeutes contre la hausse des prix des taxis collectifs, qu’empruntent les plus pauvres pour se rendre au travail.

Jeudi, des affrontements sporadiques étaient toujours signalés entre policiers et émeutiers dans les quartiers défavorisés de Maputo.

Le président du pays, Armando Guebuza, a assuré la population que son gouvernement tenterait d’agir pour faire baisser le prix des denrées et de l’énergie, mais a prévenu que ce ne serait pas facile. À l’issue d’une réunion extraordinaire du conseil des ministres, jeudi, un porte-parole du gouvernement a toutefois été moins ambivalent. « Les hausses de prix sont irréversibles », a affirmé Alberto Nkutumula. Le peuple est-il prêt à l’entendre ?

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