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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Lettre ouverte à Mr Jean Pierre Chrétien

12 Décembre 2009 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Justice et Droits de l'homme

TWAGIRA Charles                                                                        Rouen, le 24/11/2009

3 bis Rue LEDRU ROLLIN

Résidence Bruxelles Apt.04

76100 Rouen

 

                                        Monsieur JEAN-PIERRE CHRETIEN

          Auteur de «  LE DEFI DE L’ETHINISME »

                                        Rwanda et Burundi : 1990-1996

Monsieur,

C’est avec indignation et colère que je vous adresse la présente lettre pour protester contre les propos injurieux et diffamatoires proférés et cyniquement diffusés contre ma personne au chapitre 6 dit : « Témoignages de Kibuye » ,  de votre livre intitulé : « Le défi de l’ethnisme ». Le génocide comme instrument politique « moderne »

C’est  à la suite de la visite  improvisée de Madame Catherine SIMON du journal « Le Monde » samedi le 21/11/2009 que j’ai pu apprendre l’existence de ce livre et d’y lire les invectives aussi violentes que grossières du Docteur Wolfgang Blam à mon endroit.

Avant de dénoncer la légèreté de votre méthode, je voudrais exprimer ma profonde désolation pour mon impuissance à sauver la vie de la femme et des enfants du Directeur de l’Hôpital de Kibuye et m’incliner devant toutes les victimes qui ont péri au cours de cette triste période qui a bouleversé le Rwanda et choqué le monde entier.

S’agissant de votre méthode de loin scientifique, les mensonges racistes du Docteur Wolfgang Blam que vous endossez par leur publication dans votre livre sont d’autant plus intolérables que vous êtes un historien de renom et spécialiste de la région des grands lacs.

  Ayant travaillé depuis une trentaine d’années sur l’histoire de la région des grands lacs (notamment sur le Rwanda et le Burundi) et en particulier sur la période de 1994, marquée par des tensions violentes entre les ethnies, vous n’auriez pas dû vous contenter de copier les témoignages d’une partie des protagonistes dont l’intention avérée est de désigner le bouc émissaire.  Il aurait fallu chercher et vérifier avec minutie d’autres sources d’informations et le cas échéant  les recouper, avant de vous les approprier et de vous en prendre à mon honneur et à ma réputation. Vous êtes sans ignorer que le Docteur Wolfgang Blam est un allemand marié à une rwandaise de l’ethnie tutsie et qui voulait faire sa carrière au Rwanda.  Ceci explique sa jalousie et son excès de zèle à désigner avec un cruel dédain, ses collègues Hutu et tous les autres Hutu « de génocidaires ».  Si tel était votre avis, vous commettriez une erreur monumentale.

2° Il y a des faits officiels qu’on ne peut pas falsifier en se cachant derrière le parapluie de « témoignages ».

Venons-en aux faits :

Le témoignage du Docteur Wolfgang Blam à mon endroit est archifaux. Il matérialise son intention de ternir mon image et d’asseoir ses fausses accusations contre ma personne. Ma nomination au poste de médecin directeur de la Région sanitaire de Kibuye relevait de mes aptitudes professionnelles à assumer la fonction et non de considérations politiques, comme il semble vouloir en accréditer l’idée. Dès ma nomination par la Première Ministre Agathe Uwilingiyimana, j’ai rappelé que tous les services dépendant de la Direction de la Région sous ma responsabilité, devaient respecter rigoureusement le principe de neutralité. En bon chrétien, l’éthique que je voulais imprimer en chacun de mes collaborateurs était de maintenir et de soutenir la vie et d’éviter tout ce qui pouvait lui faire obstacle et la détruire.

S’agissant des milices Interahamwe, qui ont endeuillé Kibuye par le génocide comme le reste du Pays, ils avaient leur organisation au niveau des partis politiques qui les recrutaient. La  région sanitaire de Kibuye, comme celle de l’hôpital n’avaient rien pour arrêter leur folie meurtrière. Nous avons tenté de nous opposer à leur funeste dessein mais nous n’y sommes pas parvenus car ils n’obéissaient qu’à leurs supérieurs hiérarchiques et nous étions souvent dans l’impossibilité d’atteindre ces derniers pour nous plaindre des menaces subies et des dégâts causés par leurs subordonnés.  Dans ces temps de tension ethnique et partisane, j’avais choisi de garder la neutralité pour pouvoir bien exercer ma profession de médecin. Et vous auriez dû vous en rendre compte par une simple vérification sur l’organigramme des partis politiques de l’époque ou sur des comptes rendus de leur meeting ou rencontres. Je n’étais ni de prés ni de loin adhérent  à ces milices ou à leurs organisations.

Permettez-moi de vous orienter sur certaines sources plus fiables qui prouvent que les accusations de votre référent sont sans fondement

1° Le Tribunal Pénal International sur le Rwanda (TPIR), avant d’inculper les responsables du génocide de Kibuye a fait une descente sur les lieux pour enquêter. Je crois sans me tromper comme vous l’écrivez, si le médecin régional était  le chef des milices, l’enquête du TPIR  ne l’aurait pas raté.

2° En 2002, j’ai fait moi-même l’objet d’une enquête du TPIR, avant d’être sollicité pour apporter mon témoignage devant éclairer le tribunal sur certains crimes de génocide et de crimes contre l’humanité commis à  Kibuye en 1994. J’ai séjourné dans les enceintes du tribunal à ARUSHA du 19 avril au 28 avril 2002, où mon témoignage a été attentivement reçu par les juges en présence du Procureur. Pourquoi n’ai-je pas été inquiété ?

  Le gouvernement rwandais a publié des listes des personnes présumées   génocidaires en 1994, 1996, 2001,2007 et la plus récente de 105 noms transmis à Interpol. J’ai mon  idée sur la façon dont ses listes sont constituées que je ne cautionne pas, mais il est impensable qu’un chef de milice, en l’occurrence, médecin régional, ne soit pas sur ces listes.

Monsieur Jean-Pierre CHRETIEN, je suis donc indigné et écoeuré de vous voir me coller sans scrupules l’étiquette « de chef de milice », sans que vous m’ayez donné l’occasion de m’en expliquer et sans vous soucier des conséquences néfastes que cette appellation fait peser sur moi et sur ma famille.

Aussi dois-je vous demander d’user de tous les moyens légaux pour  rétablir mon honneur, de présenter des excuses publiques à ma famille et de faire publier mon démenti par votre maison d’édition. Quant au fabriquant du mensonge allégué, j’attends que vous me fournissiez son adresse, pour que je puisse le traduire en justice pour une diffamation d’une aussi grande gravité.

Dans l’attente de l’exécution rapide de ces mesures, je vous prie d’agréer, Monsieur, l’assurance de ma haute considération.

 

Dr Twagira Charles

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mauger remy 02/02/2010 17:09


toute personne est présumée innocente , donc arrêtons de condamner , et laissons la justice Française  faire son travail ! le 26 mars 2009 , j'ai visité pour 15 jours ce
merveilleux pays , un tres beau pays ! j'ai rencontré un instituteur , et depuis j'ai appris qu'il était en prison pour avoir participé au génocide ! mon guide m'a dit qu'il avait été dénoncer
par une femme , donc il est en prison sans défense  ! Même si je ne peux comprendre ce problème , j'ai vu des braves gens et je retournerais dans ce pays , que j'ai eu la chance de
découvrir à 60 ans  ! mes amitiés aux Rwandais de France