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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Les tutsis dans le piège ethnique.

18 Septembre 2011 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Justice et Droits de l'homme


 
La vraie ou fausse agression des tutsis lors de la visite du président Paul Kagame en France montre que les tutsis ont été piégés par le changement de l’essence du FPR après la mort de Fred Rwigema en octobre 1990. Rarement ce regard est porté sur ce qui se passe, alors que c'est fondamental.
Au départ, le FPR semblait viser la chute du régime de Habyarimana par une coalition qui, tout en étant dominée par les tutsis, pouvait passer pour un rassemblement de Rwandais contre un régime. Il était en cela épaulé par l’opposition intérieure qui de régionale pouvait dépasser pour être nationale, au niveau des intellectuels notamment.
L’arrivée de Kagame (un second couteau) et probablement la prise de pouvoir par des idéologues comme Tito Rutaremara, Jacques Bihozagara et des individus comme Valens Kajeguhakwa a fait basculer le FPR vers une logique ethnique. De la lutte pour la démocratie, il a été question d’un retour des réfugiés tutsis dans leur pays, avec à l’arrière plan la négation du droit aux hutus d’être eux aussi propriétaires du pays. Dans le langage des uns ou des autres, "notre pays" signifiait le pays des tutsis ou le pays des hutus. Même sans le génocide, le mal été fait, lourdement.
Le génocide et la victoire militaire du FPR sont venus graver dans le marbre ce caractère ethnique de la guerre. Ainsi, lorsque le président Paul Kagame, après avoir éliminé physiquement ou politiquement les hutus qui donnaient au FPR l’image d’une organisation multiethnique (Kanyarengwe, Sendashonga, Bizimungu), tient un discours identitaire et rancunier comme celui qu’il a tenu à Chicago en juin 2011 : « Uwaburaye ntabwo umwigisha ko inzara iryana. Twe twaraburaye, twarapfushije, twarapfuye, umutima gusa niwo wanze gupfa », il confirme cette rupture car, il ne s’adresse qu’aux tutsis.
Au lieu de rassurer les tutsis, la victoire du FPR caractérisée par les crimes contre les hutus, les a plus que jamais fragilisés. Alors que le génocide faisaient à tort ou à raison, des hutus, des génocidaires ; les crimes commis par le FPR, puis le possible génocide au Congo, ont fait à tort ou à raison, des tutsis des tueurs tout aussi cruels que des hutus.
C’est ainsi que le Rwanda est redevenu le pays pour les anciens réfugiés tutsis à condition que celui qui le peut puisse disposer d’un autre pays de repli. C’est ce qui explique que beaucoup, surtout ceux qui étaient en occident ne sont pas définitivement rentrés s’établir au Rwanda. On y fait de la politique, du crime ou des affaires tout en gardant sa famille à « Bruxelles », au cas où.
Le scénario de la victoire totale du FPR qui se vit comme une organisation défendant les tutsis, n’avait pas prévu que cette victoire provoquerait la fuite massive des hutus et créerait chez eux un sentiment permanent d’insécurité. Le hutu qui le peut s’exile. Mais comme le tutsi avant lui, il ne renonce pas à son pays. En outre, les crimes commis sur lui par les forces du FPR lui ont enlevé (ou atténué) le sentiment de culpabilité en rapport avec le génocide.
La conséquence : il est possible qu’il y ait autant (ou plus) de hutus que de tutsis dans les pays occidentaux. La liberté qu’offre ces pays ainsi que les perspectives d’un avenir identique à celles des compatriotes tutsis de longue date, inquiètent ceux qui avaient cru qu’ayant été vaincus et trainant la culpabilité du génocide, les hutus allaient être facilement réduits au silence.
Pour les héritiers de Tito Rutaremara, Jacques Bihozagara et autres idéologues de la suprématie tutsie, les perspectives qu’avec le temps les hutus soient plus nombreux et plus puissants que les tutsis en occident est inacceptable. Pour que cela n'arrive pas, ils organisent des filières de faux réfugiés tutsis et font en sorte que ceux qui arrivent en occident par d'autres moyens s'y établissent aussi. Ils savent qu’avec le temps, les revendications des hutus sur leur pays seront entendues en occident, comme hier celles des tutsis y ont été entendues et soutenues. A défaut d’avoir des chiffres des hutus et des tutsis, ils créent la milice intore et ils organisent des rencontres de masse d’autocélébration en occident, pour se rassurer. C’est une voie sans issue.
L’issue c’est l’ouverture démocratique qui seule peut unir le peuple rwandais autour d’un avenir commun en paix.
Les caciques tutsis et tous ceux qui profitent la situation accepteront-ils cela ?
A.Kamaliza
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