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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Les propos de Kengo provoquent l'indignation des Congolais

20 Octobre 2011 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Ressources et environnement

Source: Kongotimes

Les propos de Léon Lobicz Kengo wa Dongo sur la voix de l’Amérique (VOA), provoquent l’indignation des Congolais face à la crise qui endeuille la République démocratique du Congo depuis 1996, et dont les conséquences sont néfastes sur le destin du peuple congolais.

Lettre ouverte à Monsieur Léon Lobicz Kengo wa Dongo

Monsieur Léon Lobicz Kengo wa Dondo, à la suite de vos propos tenus, le 14 Octobre 2011 , sur la voix de l’Amérique, affirmant que : « Le Congo a neuf voisins, c’est lui le plus fragile, le plus vulnérable pour qu’il puisse se considérer, compte tenu de sa superficie, de son potentiel, de  ses habitants soixante dix millions aujourd’hui, il doit entretenir une politique de bon voisinage,  lui qui est souspeuplé que  certains qui l’entourent sont surpeuplés,  qu’il puisse ouvrir ces frontières pour qu’il y est la libre circulation des personnes, des biens, des capitaux parce que il a besoin des savoir faire des autres et s’il est grand il doit avoir aussi un cœur grand »

Ces propos venant de vous choquent autant qu’ils provoquent l’indignation des Congolais qui découvrent  mieux que jamais vos profondes  intentions ainsi que votre véritable attitude face à la crise qui endeuille la République démocratique du Congo depuis 1996, et dont les conséquences sont néfastes sur le destin du peuple congolais.

Vos propos rappellent étrangement ceux tenus  à Paris,  par  le Président français  Nicolas Sarkozy,  lors de  son  message annuel  de  vœux au corps diplomatique  le vendredi 16 janvier 2009. Il avait alors déclaré, on s’en souvient encore : « Il faut trouver une nouvelle approche pour apporter aux  pays de la région  - des Grands Lacs. NDLR  - l’assurance que l’ensemble de ces  questions sera réglé de façon globale. Cela met en cause la place, la question de l’avenir du Rwanda avec lequel la France a repris son dialogue,  pays à la démographie dynamique et à la superficie petite. Cela pose la question de la République Démocratique du Congo (RDC), pays à la superficie immense et à l’organisation étrange des richesses frontalières. Il faudra bien qu’à un moment ou à un autre, il y ait un dialogue qui ne soit pas simplement un dialogue conjoncturel mais un dialogue structurel : comment, dans cette région du monde, on  partage l’espace, on partage les richesses et qu’on accepte de comprendre que la géographie a ses lois, que les pays changent rarement d’adresse et qu’il faut apprendre à vivre les uns à côtés des autres ? »

Ces propos avaient soulevé en son temps un tollé dans les milieux politiques au point que l’Élysée dut se dédire et reculer. Et très récemment encore, l’ancien soussecrétaire d’état Herman Cohen est revenu sur la même thèse mais d’une manière plus brutale et explicite lorsqu’il a déclaré : « Pour le Département d’État, le Kivu appartient au Rwanda ».

C’est votre droit d’œuvrer pour les intérêts du Rwanda qui du reste, est votre pays d’origine, les congolais ne sont pas dupes ! Mais  il est très malsain de votre part d’essayer de noyer le poison par un argumentaire aussi peu convaincant.

Aujourd’hui, les Congolais mesurent nettement le soubassement de vos propos, puisque le Rwanda est un agresseur cruel qui s’est assigné  un but : celui de s’emparer des terres de nos ancêtres et  de  nos richesses. En ce jour, toutes les couches sociales des populations congolaises du Kivu reconnaissent l’avancement de ce processus et s’inquiètent sur son achèvement, au grand dam des Congolais autochtones. Vos propos constituent, plus qu’un simple appui, une validation pure et simple, du plan machiavélique de l’occupation de la RDC savamment orchestré par le Rwanda. L’APARECO estime que votre attitude est gravissime, inacceptable et inqualifiable pour celui qui prétend demain « présider » à la destinée de la RDC !

A aucun moment, vous n’avez parlé de l’agression armée dont la RDC a été victime à cause de la perfidie du Rwanda. Par contre, votre discours vient enrichir le concert des déclarations  tendancieuses des dirigeants rwandais concernant leurs visées sur notre pays. A ce sujet, je vous rappelle que : 

  1. A Cyangugu, le 10 octobre 1996, le président Bizimungu avait publiquement évoqué les prétendues frontières de l’ancien Rwanda, dans lesquelles il incluait la partie orientale de la RDC.
  2. Le 28 octobre de la même année, il sortit une carte géographique du « Grand Rwanda » selon lui.
  3. Et, enfin le 30 octobre toujours de la même année, il proposa la tenue d’une « Conférence de Berlin II »
  4. A Bruxelles, le 15 juin 1997, le secrétaire général du Front Patriotique Rwandais, Denis Polisi, dira que : « le Rwanda est devenu la pièce maitresse dans la sous région et que plus rien ne pourra se faire désormais sans passer par le Rwanda »
  5. La paix régionale comme la paix dans le monde reposent sur des principes simples tels que le respect des frontières et de la souveraineté nationale.

Toutes ces velléités du Rwanda ne semblent pas faire parti de vos préoccupations. Mais par contre, vous vous réfugiez derrières des mots et des expressions alambiqués et sibyllins pour culpabiliser la RDC parce  qu’elle serait « souspeuplée », «plus fragile, plus vulnérable »...., alors vous lui demander d’appliquer la «politique de bon voisinage», l’« ouverture des frontières », la «libre circulation des personnes,  des biens, des capitaux», sans tenir compte de  l’invasion déjà opérée depuis 1996, des massacres, des viols et du pillage systématiques de nos richesses, sans parler des opérations d’évacuation forcée des Congolais de leurs terres pour les remplacer par les populations rwandaises ! Il apparait donc clairement qu’en réalité, vous voulez consolider l’occupation et l’inféodation de la RDC !

La RDC n’étant pas le seul voisin du Rwanda, pourquoi ce pays ne pose-t-il pas le même problème à la Tanzanie et l’Ouganda ? Non, la « fragilité» ou la «vulnérabilité» de la RDC ne provient pas du fait de la présence des neuf voisins à ses frontières. Pour preuve, jusqu’à l’agression de 1996 par la coalition de six armées africaines appuyées par des pays  occidentaux, pas un seul mètre carré du territoire national n’avait été occupé de force par l’un de nos neuf voisins. La « fragilité » et la « vulnérabilité » de la RDC proviennent plutôt de l’absence de l’autorité de l’État, d’une armée forte et républicaine, d’une police efficace, des services de sécurité performants, d’une administration solide, et surtout de l’absence du génie nationale des politiques et de leur absence de patriotisme ! En effet, la stabilité d’un pays ne dépend pas du nombre des pays voisins mais plutôt de sa capacité à assumer sa sécurité intérieure et extérieure, son intégrité territoriale et sa souveraineté nationale.

L’APARECO  a également le droit de vous dire que la générosité légendaire de la RDC et des congolais est devenue une des faiblesses de notre pays. La RDC n’est pas là pour résoudre le prétendu problème de surpeuplement du Rwanda, alors que sur le plan interne, notre pays est confronté à un sérieux problème de régionalisme, de tribalisme, de cohésion et d’unité nationale.

Aussi dois-je vous le dire très franchement : la paix dans la sous région ne se fera pas sur l’unique base de l’établissement d’une zone de libre échange. Car  la paix juste et durable ne sera réelle que si elle est fondée sur la justice, la réparation, le respect des frontières et la renonciation aux velléités hégémoniques avec comme conséquence l’abandon de toute velléité d’occupation.

S’agissant de la justice, le préjudice moral et matériel causé à la RDC par les armées étrangères depuis l’agression de 1996, préjudice qui a troublé la quiétude des congolais et compromis sa croissance depuis 15 ans devra être réparée.

La RDC est néanmoins prête à envisager un nouveau départ avec tous ses voisins mais cette construction ne se fera pas au détriment des intérêts de notre patrie. Nous disons non à une RDC vassale dans la sous région, un marche pied servant les intérêts des occupants rwandais.

Bruxelles, le 20 Octobre 2011

Maître NDALA WA NDALA

Vice-président National de l’APARECO

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