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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Les juridictions Gacaca ferment mais la délation fait toujours des ravages

8 Octobre 2009 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Justice et Droits de l'homme

Source: ARI/RNA


Kigali: Les Juridictions gacaca s’acheminent vers leur clôture. Et l’on fait état d’une controverse autour d’un homme qui a sauvé beaucoup de gens, mais qui est détenu suite aux témoignes montés par ceux-là même impliqués dans un cas de corruption ayant trait au père de l’actuel Ministre Joseph Habineza en charge de la Mémoire.

Yahaya Nsengiyumva, 62 ans, est un homme très connu à Rwazamenyo I dans le quartier de Nyamirambo (Kigali) pour son intégrité et sa grande générosité, son courage et son héroïsme.

Lors du génocide de 1994, Yahaya était nyumba kumi, c-à-d une autorité de base responsable de 10 maisons. Loin de se servir de son pouvoir pour exterminer des gens comme d’autres inhumains l’ont démontré, Yahaya en a profité pour secourir les Tutsi et d’autres victimes pourchassés par les miliciens et les ex-Far.

Il a transformé sa maison en un lieu de refuge où se sont cachées 38 personnes qui ont survécu.

Au début des juridictions gacaca au Rwanda, la Commission Nationale pour l’Unité et la Réconciliation (CNUR) a rendu visite à la population du quartier Rwezamenyo I pour l’exhorter à donner plus d’informations sur les crimes de génocide.

« Durant la séance, Yahaya a été présenté à la CNUR comme le meilleur sauveteur. Et un certain Hussein Karkezi a été montré comme le meilleur témoin sur ce qui s’est passé durant le génocide », indique un rescapé de la place.

Depuis que les juridictions gacaca sont devenues opérationnelles en 2005, Hussein K a été choisi par la population locale comme président de l’une de ces cours. Car, le quartier en compte deux de ces gacaca.

Et depuis lors, il rend justice. Il acquitte des gens et condamne d’autres à la prison. Il est aussi pointé du doigt pour des cas de corruption toujours non encore élucidés. Maintenir une ombre sur de tels délits est à l’origine des malheurs de la population de Rwazamenyo I.

Subitement, il y a juste un mois, en cette période de clôture des activités de ces tribunaux traditionnels, Hussein Karekezi a accusé Yahaya Nsegiyumva d’avoir accompagné deux gendarmes armés qui ont fait irruption dans l’une des chambres d’une maison dans laquelle se cachaient sept personnes dont faisait partie Hussein.

Ces sept personnes ont été sorties de leur cachette et conduites à la brigade. En cours de chemin, trompant la vigilance des bourreaux, Hussein K est resté derrière un peu. Il s’est faufilé derrière des maisons et a pu atteindre une cachette sûre.

Les six autres personnes ne sont jamais réapparues. Elles ont été tuées par les deux gendarmes certainement.

Durant le procès, Yahaya a nié s’être introduit dans la chambrette de la maison accompagné des deux gendarmes pour compter et sortir les sept personnes à l’extérieur.

Il a cité divers témoins à décharge qui voyaient de leur cachette à travers des fenêtres comment a été menée l’opération de sortir les victimes de leur abri.

Mais les juges ont persisté et ont accusé le Sauveteur Yahaya Nsengiyumva de complicité dans le génocide. Ils l’ont condamné à 15 ans de prison ferme. Le condamné est aujourd’hui détenu à la Prison Centrale de Kigali ou la 1930.

Un témoin du nom de Issa Kagabo, arbitre international rwandais, rescapé du génocide aussi, est intervenu pour dire qu’il ne comprenait pas comment Hussein K, président d’une juridiction gacaca, ose incriminer une innocente personne d’un crime si odieux.

Issa Kagabo a affirmé avoir sauvé la vie à ce Hussein Karekezi en le déplaçant d’une maison, le soir aux environs de 18 heures, sous le couvert de l’obscurité.

« L’on apporté à Hussein K un drap et un voile. On l’a sorti du salon d’une maison, voilé comme une femme musulmane. Puis on l’a conduit dans une grande maison appartenant à la deuxième femme du père de Issa Kagabo. J’observais tout cela caché dans les maisons annexes. Mais nous passions notre journée dans cette grande maison, en regardant ce qui se passait à l’extérieur. Je suis resté caché avec Issa K et Hussein K durant tout le temps qu’a duré le génocide. Issa K est mon voisin. J’ai grandi à côté de chez lui », confie mon interlocuteur, qui ajoute :

«  Issa n’a donc pas menti dans le procès. Ses dépositions sont une vérité connue de tous ses voisins. Mais nous avons été sidérés de constater que les juges l’ont condamné à trois mois de prison pour délit de mensonge dans ce procès », continue le même interlocuteur qui préfère garder l’anonymat.

Pour ce témoin, la juridiction qui a condamné Issa Kagabo et Yahaya Nsegiyumva est étrangère au quartier. Elle vient du secteur Nyarugunga (Kanombe-Kigali). Selon tout observateur, au regard des faits, cette cour avait été approchée et influencée avant le procès, toujours dans le but d’envoyer Issa Kagabo et Yahaya Nsengiyumva dans les geôles.

Heureusement qu’en appel, Issa Kagabo a été élargi. Mais il avait demandé pardon aux juges pour s’être trompé dans ses déclarations. Toutefois, quand on confronte les faits, on se rend compte qu’il n’a nullement menti.

Seulement il n’a pas poussé la démonstration loin et arriver à prouver que dire que Hussein a été sauvé par un certain « Démokarasi » (un milicien armé lors du génocide) n’était pas un délit.

Démokarasi s’est en effet servi de son fusil non pas pour tuer, mais pour protéger les personnes menacées de mort, en les plaçant dans des ménages plus ou moins sécurisés.

« L’opinion répandue à Rwezamenyo est que tout rescapé du quartier a eu la vie sauve grâce à Démokarasi. Issa Kagabo n’a donc pas menti en disant que Hussein a été sauvé par Démokarasi. Il a avancé une probabilité qui ne devait pas le faire incarcérer », rectifie quelqu’un.

Mais après le génocide, Démokarasi a été détenu en prison durant 14 ans. Il été libéré grâce aux déclarations de la population de son quartier en sa faveur.

Pour revenir au cas proprement dit de Yahaya Nsengiyumva, l’on doit avouer que la condamnation de celui-ci et de Issa Kagabo ont jeté la population du quartier Rwezamenyo dans l’émoi, la confusion et la peur.

L’arrestation d’Issa comme survivant du génocide emprisonné pour avoir dit ce qu’il savait du génocide constitue une grave intimidation pour les témoins rescapés partout où ils sont, que ce soit au Rwanda ou à l’étranger.

Des messages sont venus d’Europe pour exprimer de vives inquiétudes sur le système juridique rwandais, surtout en cette période qui suit la publication du rapport de l’Ombudsman mettant en cause un système juridique rwandais miné par la corruption.

Plus encore, les gens ont commencé à se poser des questions sur l’intégrité de Hussein Karekezi en tant que citoyen, témoin et président d’une juridiction qui incarne une haute signification pour l’ensemble du Peuple rwandais.

Ces mêmes gens s’interrogent aussi sur le mobile profond qui incite Husein Karekezi à s’en prendre à un honnête vieillard croulant sous l’effet de l’âge et de la maladie. Et qui a mis en danger sa vie pour sauver 38 personnes abritées sous son toit durant le génocide, et d’autres encore.

Voici certaines de ces interrogations sur le cas Hussein Karekezi :

1-    Hussein est président d’une juridiction gacaca. Il est le premier à donner le bon exemple à la population pour l’exhorter à dire la vérité sur le génocide. Pourquoi lui, Hussein Karekezi, bon modèle pour le quartier, a-t-il attendu 15 ans pour montrer du doigt celui qui a fait périr ses six voisins ? Et qui allait faire mourir aussi le seul survivant du groupe qu’est Hussein ?

2-    Le tribunal gacaca est opérationnel depuis plus de cinq ans. Hussein Karekezi, en tant que président de cette juridiction dans le quartier a acquitté et condamné des gens. Pourquoi a-t-il tu une importante vérité quand d’autres ont osé sortir de leur silence ?

3-    Beaucoup de procès de génocide ont été organisés par la juridiction gacaca de Rwezamenyo I.  Personne n’a été entendu jusqu’aujourd’hui en impliquant Yahaya Nsengiyumva de crimes ou de complicité dans le crime de génocide, si ce n’est Hussein qui l’a fait il y a un mois.  Même le témoin Kayitare, un avocat, qui était caché à côté et qui a suivi l’arrestation des sept personnes à travers une fenêtre de sa cachette, a dit n’avoir pas vu Yahaya au moment de l’opération criminelle par les deux gendarmes. Comment donc donner de la valeur aux déclarations de Hussein qui s’avèrent douteuses et infondées, sinon fabriquées de toutes pièces ?

4-    Hussein accuse Yahaya d’avoir identifié et établi le nombre de personnes qui étaient cachées dans la chambrette d’une maison.  Pourquoi Yahaya a compté les personnes de cette seule chambre, et non pas aussi celles qui pouvaient se trouver dans les autres chambres de cette maison, ainsi que les autres personnes qui se trouvaient dans les autres maisons sous sa supervision en tant que nyumbakumi (responsable de dix maisons) ? Si Yahaya était criminel, il aurait compté les personnes cachées dans d’autres maisons aussi.

5-    Des témoins disent que les deux gendarmes avaient été informés que des Tutsi se cachaient dans d’autres maisons dont celle de Yahaya. Quand ces gendarmes sont venus faire la fouille chez Yahaya, deux fils de Yahaya qui avaient chacun un fusil, appuyés par leurs amis armés aussi, ont ouvert le feu sur ces agresseurs. Et les gendarmes ont fui suite à un échange de tirs. C’est cette intervention des deux fils de Yahaya et de leurs amis qui a sauvé la vie aux 38 personnes qui étaient cachées chez Yahaya. Les deux fils de Yahaya ont assuré à plusieurs reprises l’escorte à des gens qui transitaient par chez Yahaya pour aller chercher refuge  l’Ambassade de Tanzanie à Kigali ou à l’Hôtel des Milles Collines. Un de ces fils de Yahaya, Mulemba, est même mort sous les balles ennemies entrain de secourir une famille d’expatriés européens blancs.  Le juge devrait considérer cette initiative de combat des fils de Yahaya comme une preuve d’acceptation du sacrifice et un engagement hors du doute pour secourir des gens et protéger leur vie, jusqu'à la mort inéluctablement. Le Juge devrait partir de cet événement pour voir en Yahaya et en sa Famille des Sauveteurs et des Héros défenseurs des droits à la vie  qui ont démontré à quel point ils étaient prêts à mourir en luttant contre l’arbitraire et en sauvant d’autres humains. Au lieu d’affliger cette Famille, la cour ferait mieux de la féliciter et de la récompenser en rétablissant le père dans ses droits, en lui redonnant sa liberté pour s bravoure et celle de ses enfants en des moments difficiles.

La repentance écrite de Siméon avant son décès en détention

Ce qui étonne, c’est que le Tribunal ne s’est pas  donné la peine d’identifier la personne qui a servi d’indicateur aux deux gendarmes et qui les a informés de la présence des sept personnes qui se cachaient dans une chambre.

Selon quelqu’un qui a suivi l’événement, cet indicateur s’appelle Siméon. Celui-ci est mort en prison. Mais il a laissé une confession dans laquelle le nom de Yahaya Nsengiyumva n’est pas cité dans le comptage des sept personnes dont faisait partie Hussein.

Crédibilité douteuse du témoin et du témoignage

Selon des personnes interrogées habitant le quartier de Rwezamenyo I, le témoin unique Hussein Karekezi qui charge Yahaya Nsengiyumva intrigue par son comportement et ses actes en tant que juge d’une juridiction gacaca.

Un flou et une confusion entourent une série d’incidents dans lesquels il a été mêlé. Essayons de les citer brièvement :

Premier cas :

Il a pris six dossiers à son collègue président d’une autre juridiction gacaca de Rwezamenyo I, Selemani, sous prétexte que celui-ci était soupçonné de partialité par une prévenue, avant même le début du procès.

Il y a trois mois, Hussein Karekezi et le Coordinateur des tribunaux gacaca du District de Nyarugenge, sont venus demander à Selemani de leur remettre un dossier qu’il s’apprêtait à juger.

Ils lui ont dit que la population n’a pas confiance en lui dans le jugement du dossier qui implique une riche dame, Mukamuganga Sassine, accusée de complicité dans le génocide.

« Puisque vous avancez que les gens n’ont pas confiance en moi, je préfère vous remettre, non pas un seul dossier, mais les cinq autres aussi », a répondu Selemani.

Hussein et le Coordinateur de gacaca dans le district de Nyarugenge ont emporté les six dossiers.

Visiblement, Hussein entrevoyait de tirer particulièrement profit du dossier de Madame Mukamuganga.  Et il garde encore tous ces dossiers pour les juger.

Deuxième cas :

Un deuxième dossier douteux est celui du procès des membres du comité de crise dans le génocide, c-à-d le dossier des responsables locaux de base qui ont préparé le génocide à Rwezamenyo I.

Est impliqué parmi eux Mzee Utumabahutu, le père de l’actuel Ministre Joseph Habineza en charge de la Mémoire.

« La Police a attrapé Hussein Karekezi et certains membres de la Famille Mzee Utumabahutu en cours de négociations pour le montant du prix à payer afin que la cour gacaca soit plus clémente envers ce comité de crise de  Rwezamenyo I durant le génocide », rapporte un habitant du quartier qui préfère l’anonymat.

Faute de preuves suffisantes de corruption, Hussein a été remis en liberté après une semaine de détention à la brigade.

Depuis lors, Mzee Utumabahutu est parti pour des soins médicaux à l’étranger.

(Cfr le Journal Rushyashya no 79, du 18 au 30 septembre 2009- page 11 : Le Ministre Habineza s’imisce dans le fonctionnement des juridictions gacaca / sous-titre : Il a procuré des papiers à son père Utumabahutu accusé de génocide pour que celui-ci aille suivre des soins médicaux à l’étranger).

D’autres voix murmurent dans le silence que Hussein n’est pas un rescapé. Certes, il a été sauvé à Nyamirambo- Rwezamenyo alors que des génocidaires voulaient le tuer à cause de son faciès (apparence) tutsie.

Mais la réalité est que son père et son grand frère, tous de Nyanza au Sud, ont commis le génocide. Ils purgent leur peine à perpétuité dans la prison de Nyanza à côté d’ibigega (silos).

Et Hussein se comporte comme un rescapé, ce qui est vrai.

« Mais c’est un rescapé qui veut tuer d’innocents sauveteurs comme Yahaya. Et qui, de surcroît, veut créer une confusion pour entacher la crédibilité d’une si capitale juridiction que sont les gacaca », regrettent des voisins à Yahaya.  

« Hussein serait-il donc un saboteur ? », disent ceux qui poussent la réflexion loin.

En définitive, Yahaya fera appel bientôt, peut-être  dimanche le 11 octobre 2009. Les Juges devraient, ce jour-là, analyser le comportement controversé de ce témoin unique, peut-être simulateur, enclin à l’appât du lucre et pourquoi pas guetté par la corruption.

C’est un témoin qui met en danger la vie d’un Juste modèle, de surcroît fatigué et malade, et qui n’a rien épargné pour sauver la vie à 38 personnes, sinon plus, pendant que d’autres ignobles rwandais massacraient sauvagement leurs compatriotes.

Yahaya Nsegiyumva, l’intègre et le Juste,  ne doit pas être victime des déclarations douteuses d’un témoin douteux.

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murekatete 22/10/2009 17:20


Bonjour! je suis rwandaise j'habite à l'étrange, j'étais au Rwanda 1994 en génocode , je connais bien Mr NSENGIYUMVA YAHYA, c'est quelqu'un honnette, gentil,  Nsengiyumva Yahya a sauve
beaucoup des gents, on ésperais que le loi va le rendre sa liberte parce que il le merite, cette Mr Karekezi, que Dieu la pardonne de mettre en cause quelqu'un d'innoncent comme Yahaya.  Je
suis vraiment contente de ce que j'ai lu sur Nsengiyumva Yahaya, parce que ça fais plaisir de voir qu'il existe encore les gents qui pense aux innoncents. Que Dieu vous
bénissez, je fait confiance au gouvernement Rwandais, ce que je comprend pas bien ce que Mr Nsengiyumva Yahaya   a  était juge le 11 octobre 2009 comme prévis,  il a était rendu
juste par les juges, mais il est toujours en  prison alors qu'il devrai être libre de sortir. Merci à bientot