Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Les Anglais dans les tragédies rwandaise et congolaise (Mémorandum)

30 Janvier 2010 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Justice et Droits de l'homme

CENTRE DE LUTTE CONTRE L’IMPUNITE

ET L’INJUSTICE AU RWANDA  (CLIIR)

Boulevard Léopold II, n°227                                                  Bruxelles, le 27 janvier 2010.

1080 BRUXELLES

Tél/Fax : 32.81.60.11.13

GSM:  32.476.70.15.69

Mail : cliir2004@yahoo.fr

 

 

Mémorandum n°2/2010 adressé au Gouvernement et aux parlementaires britanniques sur l’impunité assurée par des réseaux britanniques dans les tragédies rwandaise et congolaise.

 

En tant que rescapés des génocides et des massacres perpétrés au Rwanda et en RDC, nous constatons depuis près de 19 ans la détermination des forces économiques occidentales qui ont planifié le dépeuplement criminel du Rwanda et de l’Afrique des Grands pour mieux piller les richesses naturelles par la force, la terreur et la manipulation. Dans ce deuxième mémorandum du 27/01/2010, nous nous limiterons sur l’IMPUNITE assurée aux criminels Tutsis du Front Patriotique Rwandais (FPR) par des réseaux britanniques associés aux réseaux américains et leurs alliés. Durant toute l’année 2010, nous reviendrons souvent sur le thème de l’impunité qui est le ferment de toutes les violations massives des droits humains au Rwanda et dans la Région de l’Afrique des Grands Lacs (RAGL).

 

L’impunité assurée à un petit noyau de chefs militaires et politiques du Front Patriotique Rwandais (FPR) a permis à ce noyau de contrôler et de paralyser toutes les institutions officielles de l’Etat Rwandais (à savoir le gouvernement, le parlement, la magistrature, l’armée, la police et la milice appelée Local Defense Forces (LDF), etc.). Dès que les institutions d’un Etat sont complètement contrôlées et paralysées par des criminels impliqués dans des crimes de génocide, des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre, l’Etat de droit disparaît, la terreur, l’impunité et l’injustice s’installent définitivement. Le peuple est pris en otage par un petit groupe d’individus qui élimine, terrorise et rançonne n’importe quel citoyen. Aucun peuple ne peut survivre dans des conditions pareilles surtout lorsqu’elles perdurent depuis plus de 15 ans.

 

            Dans ce mémorandum du 27/01/2010, nous allons examiner comment des réseaux britanniques et américains ont réussi à protéger justement les criminels Tutsis du FPR. Nous constatons que ces criminels sont en réalité des « marionnettes » créées, armées, financées et placées dans la Région de l’Afrique des Grands Lacs par ces mêmes réseaux occidentaux pour créer le chaos nécessaire et favorable aux pillages des richesses naturelles Cette protection assurée à ces criminels est dénoncée par Madame Carla Del PONTE. ancienne procureure du Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) dans son livre d’autobiographie intitulé « La traque, les criminels de guerre et moi » publié en italien à Milan (Italie) en 2008 aux Editions Feltrinelli. Sa version en anglais fut publiée en 2009 sous le titre « Madame Prosecutor ». La version française fut publiée en octobre 2009 aux Editions Héloise d’Ormesson. Dans son livre, Madame Carla Del Ponte accuse, sans détours, des réseaux britanniques et américains. Aux pages 389, 390, 391 et 392, Monsieur Jack STRAW, ministre britannique des Affaires Etrangères en 2003, est mis en cause dans ces termes :

 

« (…) Quelques jours plus tard, j’appris que Jack Straw, le ministre britannique des Affaires étrangères, avait contacté le secrétaire général Kofi Annan pour lui proposer de nommer un nouveau procureur exclusivement pour le Tribunal pénal international pour le Rwanda. Il s’agissait, disait-il, d’« optimiser l’efficacité » des travaux du Tribunal. Le matin du mercredi 2 juillet 2003, l’émissaire du Royaume-Uni à La Haye, l’ambassadeur Colin Budd, vint me rendre visite. Je lui dis que j’avais appris que le gouvernement du Royaume-Uni avait envoyé une lettre à Kofi Annan pour demander qu’un autre procureur général soit nommé au Tribunal pour le Rwanda. Je lui manifestai ma surprise, ajoutant que Kofi Annan venait de m’assurer qu’il ne voyait aucune raison de procéder à une telle restructuration des instances judiciaires onusiennes. « Le moment est mal choisi, lui fis-je remarquer. Nous avons réussi à mettre en place un Bureau du Procureur parfaitement fonctionnel pour le TPIR ». Depuis que nous avions résolu les problèmes de personnel et réorganisé la division des enquêtes, ce n’était plus du Bureau du Procureur que venaient les défaillances du Tribunal pour le Rwanda, soulignai-je. Le Conseil de sécurité s’apprêtait à passer aux voix une résolution ordonnant au Tribunal pour l’ex-Yougoslavie comme au Tribunal pour le Rwanda d’amorcer leur stratégie d’achèvement des travaux. Le Bureau du Procureur était précisément en train de mettre en place cette stratégie.

            Budd m’exposa dans le détail la position du Royaume-Uni : Jack Straw était un farouche partisan de cette restructuration car selon lui, elle permettrait de réduire les coûts. A quoi je répondis que les seules économies pourraient porter sur mes billets d’avion et quelques per diems, et qu’il y avait toutes les chances pour que, année après année, le salaire, les frais de logement, les billets d’avion et les per diems d’un nouveau procureur reviennent beaucoup plus cher.

Sans tenir compte de cette objection, Budd poursuivit : « Le Royaume-Uni tenait à ce que je concentre toute mon énergie sur le Tribunal pour l’ex-Yougoslavie qui, m’affirma-t-il, ne tournait pas à plein régime lorsque j’étais à Arusha. Straw avait d’ailleurs évoqué le problème avec Annan qui lui avait donné raison sur ce point. J’étais outrée : « S’ils ont quelque chose à nous reprocher sur notre travail, ils devraient le dire, dis-je. Et si les motifs réels sont d’ordre politique, alors ils devraient également être exprimés en toute franchise ».

Budd ne fit aucun commentaire sur la véritable raison qui, d’après moi, motivait ce projet de restructuration : l’opposition du gouvernement rwandais à l’enquête spéciale sur les atrocités attribuées aux membres du Front Patriotique Rwandais. Je lui demandai de m’organiser une entrevue avec Jack Straw à Londres. Malheureusement, dit-il, Straw avait un emploi du temps très chargé. A l’époque, l’insurrection en Irak commençait tout juste à prendre de l’ampleur. Et il y avait, je suppose, des armes de destruction massive à aller chercher…quelque part (…).

 

(…) Au cours de la dernière semaine de juillet 2003, Marlise Simons, journaliste au New York Times, écrivit dans un article que le gouvernement rwandais avait manœuvré pour mettre quelqu’un d’autre à mon poste de procureure générale du Tribunal pénal international pour le Rwanda. Citant des diplomates occidentaux et des hauts fonctionnaires du Tribunal qui avaient préféré garder l’anonymat, le Times assurait que le Rwanda ne pardonnait pas au Bureau du Procureur d’avoir ouvert des enquêtes sur plusieurs personnalités civiles et militaires tutsies du gouvernement rwandais pour des exactions commises en 1994, et que le Rwanda avait apparemment rallié le soutien des Etats-Unis et du Royaume-Unie. « Avec d’autre, nous avons subi de fortes pressions du gouvernement rwandais qui se plaignait que Del Ponte dise que son travail prenait du retard parce qu’elle était trop occupée à La Haye », confiait un diplomate d’un Etat membre du Conseil de sécurité. Selon le même journal, des diplomates britanniques auraient déclaré que cette restructuration supposerait l’abandon des enquêtes sur les auteurs présumés de crimes au sein du Front Patriotique Rwandais. (…)

 

            (…) Je m’embarquai pour New York pour demander son appui à Kofi Annan. Je voulais lui expliquer que le moment était etrêmement mal choisi pour dissocier les deux postes. Malgré tous les signes qui m’indiquaient que j’avais peu de chance d’obtenir gain de cause, je voulais encore croire qu’Annan soutiendrait ma position.

            Malheureusement, le temps que j’arrive au Secrétariat des Nations Unies ce lundi 28 juillet, tout avait déjà été décidé et, me sembla-t-il, de la mauvaise façon pour les mauvaises raisons. Les Etats membres qui siégeaient au Conseil de Sécurité étaient en train de finaliser le texte d’une résolution demandant au Tribunal pour l’ex-Yougoslavie et au Tribunal pour le Rwanda d’achever leurs enquêtes au plus tard en 2004, leurs jugements d’instance à l’horizon 2008, et l’ensemble de leurs travaux avant la fin 2010. La Grande-Bretagne avait réussi à faire valoir son point de vue en proposant de nommer un autre procureur général qui ne s’occuperait que du Tribunal pour le Rwanda – une initiative qui, selon elle, ne pouvait qu’optimiser l’efficacité de l’instance internationale et permettre des économies susceptibles de favoriser la stratégie d’achèvement des travaux. (...)

            (...) Ralph Zacklin, un Anglais qui travaillait au Bureau des affaires juridiques des Nations Unies, m’annonça que Kofi Annan lui avait demandé de consulter les quinze Etats membres du Conseil de sécurité sur la proposition de nomme une nouvelle personne au poste de procureur général du Tribunal pour le Rwanda, et le renouvellement de quatre ans de mon mandat au Tribunal pour l’ex-Yougoslavie. “La stratégie d’achèvement des travaux est compromise”, expliqua Zacklin. J’essai de lui expliquer les véritables raisons pour lesquelles le Rwanda, le Royaume-Uni, et apparemment à un degré moindre, les Etats-Unis, poussaient pour cette restructuration. Zacklin lui-même fut d’accord avec mon analyse. Mais, me fit-il remarquer, le Conseil de sécurité est une institution politique qui prend des décisions politiques. “Vous avez raison, mais vous perdez”, résuma-t-il non sans une pointe de cynisme.

 

            Comme nous venons de le constater d’après les extraits de son livre ci-hauts cités, Madame Carla Del Ponte accuse la Grande Bretagne d’avoir assuré l’impunité aux actuelles autorités rwandaises qui sont visées par les enquêtes spéciales.

            Après l’échec du Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR), la justice espagnole s’empara, en 2005, du dossier rwandais dans le cadre d’instruire le dossier sur l’assassinat des ressortissants espagnols tués au Rwanda entre 1994 et 2000. Le 6 février 2008, 40 mandats d’arrêt internationaux furent délivrés par la justice espagnole contre 40 officiers supérieurs impliqués dans l’assassinat des espagnols et dans les massacres massifs commis au Rwanda et en République Démocratique du Congo. Ces mandats d’arrêt viennent s’ajouter à Neuf (9) autres mandats délivrés le 17 novembre 2006 par le juge anti terroriste français Jean Louis Bruguière. Puisque la Grande Bretagne a réussi à bloquer les enquêtes spéciales du TPIR concernant ses protégés du régime actuel du Rwanda, la justice espagnole et la justice française devraient être encouragées et soutenues pour poursuivre en justice les présumés génocidaires tutsis visés par ces mandats d’arrêt.

 

            Nous recommandons au gouvernement et au parlement britanniques de mettre en place une commission d’enquête pour établir les responsabilités des différents réseaux et personnalités britanniques impliqués dans la protection des criminels issus de l’actuel gouvernement rwandais.

 

Pour les organisateurs de la Manifestation, MATATA Joseph, Coordinateur du CLIIR

Carla Del Ponte est née en 1947 à Lugano, dans le Tessin en Suisse, Elle est nommée juge d’instruction en 1981. En collaboration avec le juge italien Giovanni Falcone, elle lutte contre le crime organisé, le trafic de drogue, démantèle les réseaux de blanchiment d’argent et s’attire les foudres de la mafia sicilienne. Elle fut nommée procureure générale du Tribunal pénal International pour l’ex-Yougoslavie et pour le Rwanda de 1999 à 2003. Elle est aujourd’hui ambassadrice de Suisse en Argentine en Amérique Latine.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article