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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Le piège rwandais: Plus de restrictions pour l’entrée des Congolais au Rwanda

13 Février 2010 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Actualités


(L'Avenir Quotidien 12/02/2010)


*On attend que Kinshasa en fasse autant afin que la Rdc ne devienne pas un marché où seul Kigali tirerait profit.

La Rdc et le Rwanda ont passé un long moment d’une guerre stupide et meurtrière. Pendant ce temps, les populations de part et d’autre de la frontière n’ont jamais cessé de se fréquenter, de coopérer. L’isolement politique dû essentiellement aux hommes politiques, était donc bâti sur des bases sableuses. Les dirigeants n’avaient pas d’autres choix que de surmonter les écueils politiques et diplomatiques. C’est ce qui a été fait. Les deux pays ont renoué les relations au niveau des ambassadeurs. Dès ce moment, il n’était plus question de se regarder comme des chiens de faïence ou encore de se méfier comme chien et chat. Pour certains services à la frontière, le passé entre les deux pays est un beau prétexte pour multiplier les restrictions.

A ce point, d’aucuns se demandaient à quoi servait de nouer des relations diplomatiques, de prononcer de beaux discours si entre les deux pays, on ne peut aller et revenir comme avant cette guerre. Informé des difficultés que rencontrent les Congolais qui veulent entrer au Rwanda notamment pour le besoin des affaires, le président rwandais a pris le taureau par les cornes pour rappeler aux services frontaliers de son pays d’assouplir les conditions d’entrée des Congolais au Rwanda. Le mardi dernier, Paul Kagame a enjoint aux autorités rwandaises, y compris les différents dirigeants locaux et à « Rwanda Revenue Authority » (RRA) à établir rapidement des postes de douane pour faciliter le commerce le long de la frontière Rwanda-Rdc. Un délai de trois jours est accordé quant à ce.

S’adressant aux dirigeants du gouvernement, Kagame s’est étonné que malgré ses directives données l’année passée, afin de faciliter les mouvements transfrontaliers, rien n’ait encore été fait pour améliorer le commerce entre les deux pays. Le président rwandais a pointé le doigt accusateur sur les dirigeants locaux. Pour lui, ce sont eux qui entravent les échanges entre les deux pays par des restrictions qu’il a qualifiées de inutiles. Ils empêchent ainsi les deux pays de tirer le bénéfice des mouvements des marchandises au-delà de la frontière commune.

Autrefois timides et presque clandestins, les échanges commerciaux entre le Rwanda et la Rdc ont connu l’essor avec la relance de la Ceepgl. Cette communauté mettant l’accent sur la relance de l’économie des Grands Lacs, il fallait favoriser les échanges entre opérateurs économiques. Mais Paul Kagame a fait remarquer que ce potentiel commercial entre les deux pays n’est pas suffisamment exploité. « Je vous ai dit maires, j’ai dit aux gouverneurs, au « Rwanda Revenue Authority », j’ai dit au ministère des Finances et à toutes les autres personnes concernées à faire tout leur possible pour faciliter le commerce ». Et Paul Kagame de constater que ses insructions n’ont pas été suivies d’effets. « Mais jusqu’aujourd’hui, je reçois encore des plaintes de gens selon lesquelles, il y a encore des problèmes aux postes frontaliers, surtout au niveau d’octroi des visas. Pourquoi voulez-vous demander un visa à quelqu’un qui apporte de l’argent au pays ? Au lieu de cela, si j’étais vous, je voudrais faciliter cette personne à traverser sans aucun problème », a conseillé le président rwandais avant d’ajouter qu’en Rdc, il y a beaucoup de gens qui veulent entrer au Rwanda et vice-versa. Pour lui, il ne devrait y avoir aucune raison de restreindre ces mouvements des personnes et des biens. Il a encore accusé les fonctionnaires en faisant remarquer que la volonté de coopérer, d’échanger, existe de la part des populations de deux pays, mais c’est la bureaucratie qui empêche les affaires entre les deux pays.

Paul Kagame a fait savoir que les échanges entre le district de Nyamasheke (anciennement Cyangugu) et la ville de Bukavu, a généré des recettes qui auraient été plus si les conditions avaient été assouplies. Le chiffre des recettes réalisées aurait pu être doublé. Parlant de certains produits échangés entre les deux pays, le chef de l’Etat rwandais, Paul Kagame a dit que certains produits rwandais, à l’instar du bétail, du lait, de la farine et autres produits alimentaires, sont très sollicitées en Rdc. Mais les hommes d’affaires rwandais n’ont pas réussi à approvisionner le marché congolais. Il a regretté le fait que des hommes d’affaires qui viennent de loin, exploitent ce marché et font des affaires florissantes pendant que les Rwandais sont dans l’expectative. Pour changer cet état de choses, le chef de l’Etat rwandais a demandé des explications aux ministres des Infrastructures et de l’Agriculture. Ils devraient expliquer pourquoi ils n’ont pas réussi à faciliter le commerce entre les deux pays. Le ministre des Infrastructures, Vincent Karega, a expliqué qu’au cours d’une mission d’enquête dans le district de Nyamasheke, il avait été informé par les hommes d’affaires qu’ils attendent du gouvernement rwandais des entrepôts et des chambres froides sans oublier les moyens de transport sur le lac Kivu afin de faciliter les échanges.

Le chef de l’Etat a instruit le ministre Karega de mettre en place des infrastructures exigées par les opérateurs économiques. Quant au ministre de l’Agriculture, il a été instruit de faciliter la circulation du bétail entre les deux pays. Il nous revient qu’actuellement, seuls les animaux abattus passent la frontière pour entrer en Rdc. Il est question d’étudier les modalités et voir si le marché congolais va accepter l’exportation d’animaux vivants pour abattage en Rdc.

Appelé lui aussi a fournir des explications sur des restrictions aux frontières, le Gouverneur de la Province du Sud, Fidèle Ndayisaba, a fait savoir que certaines des restrictions sont justifiées par les impératifs sécuritaires. Paul Kagame qui ne l’entend pas de cette oreille, a estimé que cela n’est pas une excuse. Car, pour lui, il y a moyens de garantir la sécurité en empêchant l’entrée au Rwanda des hommes en armes tout en laissant les autres vaquer à leurs occupations. Il a insisté sur ses directives dont la mise en place des postes de douane et cela, le plus tôt possible afin de faciliter la circulation des personnes et des biens. Le chef de l’Etat rwandais a enfin mis en garde les responsables de district de Rubavu contre les restrictions sur les mouvements de Congolais vers le Rwanda, surtout ceux qui veulent bénéficier des installations et de l’hospitalité dans la ville de Rubavu.

Le Rwanda et la RDC ont partagé pendant de nombreuses années de bonnes relations commerciales, malgré des années d’insécurité et de crises diplomatiques. Toutefois, après la reprise des relations diplomatiques entre les deux pays depuis 2008, le commerce entre eux a de nouveau atteint des niveaux élevés.

S’agit-il des efforts unilatéraux de Kigali ? S’il faut saluer cette volonté de se conformer aux chartes des organisations sous-régionales en ce qui concerne la suppression de barrières aux échanges, il ne faut pas que seule la Rdc devienne le marché qui profiterait au Rwanda qui l’exploite suivant un plan précis. Il faut aussi qu’au niveau de la Rdc on cherche à savoir ce qu’on peut gagner sur le marché rwandais. Personne ne peut condamner Kigali de profiter de l’environnement politico-diplomatique de la région. Il reste que la Rdc joue sa partition pour son intérêt et de la région. On attend que les autres pays de la région des Grands Lacs emboîtent le pas à Kigali.

Joachim Diana G.

© Copyright L'Avenir Quotidien

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