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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Le délire kagaméen

22 Décembre 2011 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Newsletters

 

Billet d’humeur d’Eugène Shimamungu (Newsletter n°38)

Paul Kagame a toujours su utiliser les femmes pour montrer sa dictature sous son meilleur jour mais il y a eu au moins deux qui l’ont rendu furieux ces derniers jours : Victoire Ingabire et … l’ambassadrice Susan Rice. Et rien que pour ça nous décernons à cette dernière le titre de femme de l’année pour le Rwanda, après justement Victoire Ingabire pour l’année dernière.

La fureur de Kagame s’est encore exprimée lors de son dernier discours à l’inauguration de l’Umushyikirano soi disant « dialogue rwandais » mais où seul le Président Paul Kagame propose et dispose. C’est lui qui donne l’ordre du jour, c’est lui qui décide ce qui doit être dit dans ce drôle de « Dialogue », pas de question gênante, seulement des applaudissements pour celui (Paul Kagame, bien sûr) qui répond aux questions qui n’ont pas été posées.

Il s’agit d’un dialogue entre Rwandais, mais l’on s’étonne déjà que le discours soit prononcé, pour les deux tiers, en anglais, une langue que plus de 95% de Rwandais ne comprennent pas. Mais l’on ne peut pas trop en vouloir au Président Kagame, parce qu’il ne maîtrise pas la langue nationale. Le tiers du discours qu’il a prononcé en kinyarwanda, c’étaient des phrases décousues : incomplètes et maladroites. Il se fait mieux comprendre en anglais avec de forts accents du Kampala road English qui n’est pas sans rappeler celui de l’ex dictateur ougandais Idi Amin Dada. L’on peut penser qu’il a choisi également l’anglais pour se justifier sur sa gouvernance et pour répondre à l’Ambassadrice américaine à l’ONU, Susan Rice, qui est passé au Rwanda au mois de novembre dernier, et avait critiqué le manque d’ouverture politique du régime malgré les progrès économiques accomplis. Elle s’était plainte que les journalistes, les politiciens (notamment ceux de l’opposition) et les activistes des droits de l’homme soient mis à l’index, pourchassés, emprisonnés, tués.

Paul Kagame n’a pas compris pourquoi des comptes peuvent lui être demandés par la communauté internationale. Il n’a pas compris le sens de la démocratie qu’il a tendance à confondre avec le développement. Pour lui si des progrès économiques ont été accomplis, cela suffit, c’est déjà la démocratie ! Or comme chacun sait, la démocratie c’est le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple. Paul Kagame a pris le pouvoir par les armes, et toutes les personnes autour de lui ne doivent leurs places que grâce à lui. Le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif, c’est lui. Tout ce monde ne travaille que pour les propres intérêts de Paul Kagame, le peuple n’a pas droit au chapitre. Pourtant personne ne l’interroge à propos de ces prétendus progrès économiques qui ne sont que le reflet du pillage des ressources naturelles du Congo. Personne ne pose la question pourquoi ces prétendus progrès économiques ne sont limités qu’à la capitale du Rwanda où n’est plus admis aucun va-nu-pieds en provenance des campagnes rwandaises sinistrées.

Paul Kagame ne comprends pas pourquoi des comptes lui sont demandés alors que le peuple rwandais reste silencieux. Comme un tortionnaire (c’était son métier dans les services secrets ougandais), Paul Kagame se demande pourquoi sa victime ne dit rien : le peuple rwandais est-il muet ? Il n’a rien à dire ? Ou il a peur ? Il fait semblant d’oublier que tous ceux qui ont osé prendre des positions différentes de celles du grand timonier, l’ont payé très cher. Et il s’étonne que plus personne ne parle !

Ainsi tous ceux qui lui parlent de « démocratie » de « liberté de la presse », « de libéralisation de l’espace politique », sont des fous, des clowns ou des menteurs. Les mots sont très durs pour l’ambassadrice Susan Rice. Celle-ci figure parmi les personnes les plus influentes de l’Administration Clinton qui ont appuyé l’accession au pouvoir du Front Patriotique. Paul Kagame qui n’a pas la mémoire courte, sait comment le régime Habyarimana est tombé. Tout a commencé par des remarques du même genre que celles qui lui sont adressées. Certains avaient même osé dire à Habyarimana que s’il ne quittait pas le pouvoir, son corps serait traîné dans la rue. Le Ministre belge des Affaires étrangères de l’époque, Willy Claes, avait été explicite : « il est minuit moins cinq, Monsieur le Président » !

Paul Kagame a certainement peur de perdre la confiance de ses alliés américains qui viennent pourtant de lui assurer l’immunité sur le sol américain pour les crimes de génocide, crimes contre l’humanité ou crimes de guerre qui peuvent lui être reprochés comme dans le Rapport Mapping sur la République Démocratique du Congo, sorti par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Droits de l’Homme en octobre 2010. Car aussitôt qu’il aura perdu le pouvoir, il sera poursuivi par les instances juridiques internationales sans oublier deux mandats d’arrêt internationaux lancés par la France et l’Espagne contre ses subalternes.

En se comparant au pacifique Roi Mutara Rudahigwa, mort le 25 juillet 1959 de façon suspecte au Burundi où il était parti se faire soigner, Paul Kagame a compris que les propos de Susan Rice ne resteront pas sans suite, parce qu’elle avait poussé le culot en citant ce qui s’est passé en Lybie pour le Colonel Kadhafi. Il n’accepte pas les remarques de l’Ambassadrice qui a osé parler ouvertement du déficit démocratique devant un parterre d’intellectuels en ces termes : « (…) la culture politique du pays reste relativement fermée. Les restrictions sur la presse perdurent. Les activistes de la société civile, les journalistes et les opposants politiques du gouvernement craignent souvent de s'organiser paisiblement et de s'exprimer. Certains ont été harcelés. D'autres ont été intimidés par des visiteurs nocturnes. Et quelques-uns ont tout simplement disparu ». Paul Kagame ne l’entend pas de cette oreille, elle n’aurait pas dû parler de cela. Il le réfute catégoriquement « I reject the whole idea ». Tout cela c’est du non-sens venu de l’étranger selon Kagame. Pas question de lâcher le pouvoir.

L’usurpation, par Paul Kagame et ses sbires, du statut de freedom fighter « combattant de la liberté » ne peut justifier une dictature implacable sous laquelle sont soumis les Rwandais en leur privant des libertés les plus essentielles. La liberté pour les uns ne devrait pas signifier le joug pour les autres. Il ne devrait pas s’étonner que les médias étrangers l’assaillent pour lui demander de quitter le pouvoir sans délai. Car les élections qui donnent des résultats staliniens au seul candidat Paul Kagame, ne peuvent permettre l’alternance politique.

Eugène Shimamungu

www.editions-sources-du-nil.fr

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