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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Le décès du Président Grégoire Kayibanda

17 Octobre 2013 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Histoire - politique

Extrait du livre de Pierre-Célestin Kabanda, 2012, Rwanda, l'idéal des pionniers: les hommes qui ont fait la différence, Editions Sources du Nil, Lille. Prix 20 €. Commandes à adresser à sources_du_nil@yahoo.fr, en ligne sur www.editions-sources-du-nil.eu ou chez votre libraire.

 

8.3.1. Décès de Grégoire Kayibanda

kayibandaPar la Cour Martiale, G. Kayibanda fut condamné à mort le 26 Juin 1974, avec sept autres détenus politiques. Cette peine sera commuée en détention à perpétuité par Arrêté présidentiel N°141/04 du 19 Juillet 1974.

Le 11 Septembre 1974, Grégoire Kayibanda sera autorisé à poursuivre sa détention en résidence surveillée à Kavumu, où il retrouva sa famille. Malheureusement, Vérédiane, cette digne compagne de Grégoire Kayibanda, n’ayant pas eu la force de supporter les nouvelles conditions de vie dans lesquelles elle et son mari étaient placés, s’éteignit à Kavumu même, le 13 Octobre 1974. Dieu ait son âme.

A son tour, Grégoire Kayibanda rendit l’âme, le 15 Décembre 1976, « à 4h du matin » (d’après son fils aîné Pio, le seul témoin oculaire). A 15h30, il fut inhumé dans sa propriété, à côté de son épouse, après une messe concélébrée par les Evêques catholiques du Rwanda : André Perraudin, Aloys Bigirumwami, Jean-Baptiste Gahamanyi, Joseph Sibomana et Phocas Nikwigize ainsi que l’Abbé Massion ». Côté officiel : le Commandant Elie Sagatwa, Secrétaire particulier du Président de la République, le Capitaine Kanyandekwe, Commandant de Place de Gitarama, et une haute garde militaire.

La devise du Président Kayibanda, leader principal de la Révolution rwandaise, est inscrite sur sa tombe en latin et en kinyarwanda : Libertatem filiorum Dei : Tubohore abana b’Imana « libérons les enfants de Dieu »

La triste nouvelle du décès du Président Kayibanda me fut communiquée par le Curé de Cyanika, le Père Stanislas de Jamblinne (j’étais alors Préfet à Gikongoro). Lui-même l’avait appris, la veille, de S.E. Mgr. André Perraudin, sous forme de confidence car cela, trois jours après, n’était connu que par très peu de gens, et ne se disait que sous cape !

Le blackout entourant la mort de Grégoire Kayibanda fut une grave erreur. Cet homme s’était consacré corps et âme, à la restauration de la dignité de son peuple, y compris de ceux-là mêmes qui le traitaient de la sorte ! Il méritait au moins d’être déclaré mort et d’être accompagné jusqu’à sa dernière demeure !

Il repose en paix, aux côtés de tous les héros qui ont consacré leur vie au rétablissement et à la sauvegarde de la dignité du Munyarwanda. Un jour-lointain, peut-être, l’Histoire rétablira la mémoire de celui qui fut le père de la République.

Grégoire Kayibanda n’avait pas cherché le pouvoir pour lui-même. Il le voulait uniquement pour servir, et servir surtout les plus démunis. Il prêchait d'exemple dans son train de vie, dans le travail quotidien, comme dans la gestion publique. Il n’utilisait les frais de représentation qu’à l’occasion des fêtes officielles, jamais, que je sache, à sa résidence de Kavumu (Gitarama) où, pourtant, il accueillait tout le monde, grands et petits. J’oserais même dire qu’il se ruinait financièrement. Mais tel ne semblait pas être son souci. Il s’imposait cette contrainte sociale en tant que pater familias, sachant que souvent « les honneurs sont onéreux », honor onus ! 

Il se ruinait aussi physiquement par de longues veillées, imposées par le va-et-vient incessant d’hommes de tous bords, surtout les week-ends et les jours de fête. Cela dit cependant, je n’ai jamais décelé aucun signe de fatigue ni intellectuelle ni physique, pendant le temps que j’ai travaillé à la Présidence. Il fut victime de trop de confiance en son entourage politico-social, lequel a vraisemblablement renforcé sa conviction que lui, Grégoire Kayibanda, était devenu un leader incontournable.

Il fut victime aussi d’abus de confiance car, parmi ceux qu’il avait placés sur le piédestal, certains épiaient ses méthodes, sa capacité de réaction, et s’organisaient en conséquence. Et quand le moment était devenu favorable pour le renverser, ils sont passés à l’action. Les raisons de son renversement, telles qu’annoncées au public, n’étaient que des pétitions de principes ! Ceux qui cherchaient le pouvoir l’ont eu, le moment qu’ils ont choisi !


8.3.2. Indemnité versée aux familles des détenus politiques morts en prison (Impozamarira)

Comme il fut reconnu que les prisonniers de Ruhengeri et de Gisenyi avaient succombé sous les coups d’agents de l’Etat, il était normal que le Gouvernement, plutôt le Comité Central du MRND envisageât d’indemniser les familles éplorées. Ainsi, sous des pressions venant de plusieurs côtés (notamment des familles des victimes, des Pasteurs religieux, catholiques et Protestants confondus) le Gouvernement décida de faire une opération de charme : les veuves ou autres ayants droit furent invités à Kigali, les uns après les autres, pour recevoir « le pécule de consolation » Impozamarira comme on l’appelait.

Cela dit, les sommes d’argent réservées aux ayants droit, et surtout la façon dont elles ont été versées, ont nourri beaucoup de commentaires. Au sujet de ces Impozamalira, je voudrais livrer ici un témoignage directement reçu d’une veuve qui fut convoquée à cette séance : les récipiendaires devaient apposer leur signature ou leurs empreintes digitales sur un document préparé à l’avance, document sur lequel il était écrit (citation non littérale de la veuve en question) : Amafaranga y’impozamarira, kubera umugabo wanjye/umubyeyi wanjye, waguye mu buroko yishwe na Lizinde ». Ce qui se traduit : « Somme compensatoire pour le meurtre de mon mari/de mon père [selon le cas] par Lizinde. Aucune copie de ce document n’était remise à la personne signataire, mais seulement une enveloppe fermée, enveloppe qu’il était d’ailleurs interdit d’ouvrir sur place ! Le montant contenu dans l’enveloppe n’était indiqué nulle part. La personne signait un reçu pour réception de l’enveloppe et non pour le contenu.

En fait, pour les personnes disparues, chaque veuve (ou chaque famille) recevait 1.000.000 de francs rwandais [l’équivalent d’environ $1,800 en valeurs actuelles], somme uniforme pour tout le monde. En plus de cette somme, 100.000 francs [environ $180 aujourd’hui] étaient remise à la famille, pour chaque orphelin encore en vie. Fin du témoignage.

Quelles que fussent les motivations de la décision du Comité Central (finis operandi), les familles éplorées eurent tout de même – dans ce geste d’ impozamalira − un supplément d’oxygène dans leurs tribulations de tous les jours (finis operis), étant entendu qu’aucune compensation ne pouvait combler le vide créé par la disparition des leurs.

Enfin, pour compléter mon information, je fournis ci-dessous la liste des prisonniers décédés. Ce faisant, je n’ai pas la prétention d’être exhaustif :

1. Kayibanda Grégoire[1] (Nyamabuye, Gitarama)

2. Minani Froduald (Nyabikenke, Gitarama)

3. Nzanana Fidèle (Kivumu, Kibuye)

4. Harelimana Gaspard (Runda, Gitarama)

5. Munyaneza Augustin (Musambira, Gitarama)

6. Gasamunyiga Melchior (Nyakizu, Butare)

7. Hodari Alype (Masango, Gitarama)

8. Capitaine Bizimana André (Masango, Gitarama)

9. Capitaine Habimana Siridion (Mata, Gikongoro)

10.Capitaine Nyamwasa Gallican (Nyaruhengeri, Butare)

11.Commandant Zihinjishi Oscar (Bwakira, Kibuye)

12. Niyonzima Maximillien (Nyamabuye, Gitarama)

13. Kanakuze Omar (Nyamabuye, Gitarama)

14. Kanani Aminadab (Tambwe, Gitarama)

15. Ntirushwa Siridion (Kigembe, Butare)

16. Ntarikure Elie (Tambwe, Gitarama)

17. Ndahayo Claver (Nyamabuye, Gitarama)

18.Munyandamutsa Philippe (Masango, Gitarama)

19. Turatsinze Désiré (Masango, Gitarama)

20. Mlle Kabarenzi Agnès (Masango, Gitarama)

21. Gakire Jean (Masango, Gitarama)

22. Kalisa Narcisse (Masango, Gitarama)

23. Kaberuka Emmanuel (Nyamabuye, Gitarama)

24. Mbarubukeye Athanase (Kigoma, Gitarama)

25. Muvunankiko Gérard (Nyabikenke, Gitarama)

26. Misago Mathias (Mbazi, Butare)

27. Shumbusho François (Nyamabuye, Gitarama)

28. Ugirashebuja Jean-Eric (Masango, Gitarama)

29. Bizindoli Louis (Nyabikenke, Gitarama)

30. Mivumbi Damien (Mukingi, Gitarama)

31. Nahimana Stanislas (Kayenzi, Gitarama)

32. Lieutenant Mbaraga Augustin (Nyakabanda, Gitarama)

33. Nyilibakwe Godefroid  (Mushubati, Gitarama)

34. Ntaganzwa Alexandre (Kayenzi, Gitarama)

35. Sebagabo Athanase (Masango, Gitarama)

36. Lieutenant Muganimfura Aphias (Gitarama)

37. Adjudant Bizimana Isaie  (Gitarama)

38. Adjudant Habimana  (Gitarama)

39. Adjudant Nkurunziza Cyprien (Gikongoro)

40. Gakwaya Jean-Claude (Butare)

41. Ndandali Gaspard (Gitarama)

42. Twagirayezu Aloys (Gitarama)

43. Niyibizi Canisius (Gitarama)

44. Musabe Jules-Simon (Kibungo)

45. Commandant Niyoyita (Gitarama)

46. Commandant Bisabo (Gitarama)

47. Twagirayezu Epimaque

48. Nyabuhene Fidèle

49. Ndutiye Faustin

50. Mporanyi Prosper

51. Semanyenzi Alfred

52. Twagirimana Boniface

53. Bitsinduka Alphonse

54. Ndakebuka Godefroid

55. Nsanzinshuti David

56. Kabandana Pierre-Célestin



[1] Grégoire Kayibanda, Président de la République, est décédé en résidence surveillée, chez lui à Kavumu (Gitarama), le 15 Décembre 1976.

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Kanyarwanda 17/10/2013 18:40


Juste pour signaler une erreur quelque part : les montants remis aux familles n'étaient pas en argent cash, mais sous forme d'accréditifs émis par la Banque Nationale et qu'on pouvait échanger
chez les comptables publics (préfectures, notamment).


Je me rappelle que la veuve de Munyaneza n'a pas voulu toucher cet accréditif et que c'est finalement son fils qui a réclamé l'argent.


Merci.


Kanyarwanda