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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

La nouvelle écriture de Colette Braeckman

30 Avril 2010 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Actualités

Pourquoi une journaliste chevronnée s'autorise-t-elle à publier un texte rempli de tant de coquilles!???

 

Congo retro: les enfants de Save, sauvés “pour leur bien”…


Lorsque Jacqui parle de sa mère, ses yeux se voilent : « j’aurais du lui montrer plus d’affection, essayer de mieux la comprendre. Mais lorsque je l’ai retrouvée, après tant d’années de séparation, nos relations étaient gâchées par ce fichu sentiment de supériorité qu’on m’avait inculqué. Pour ma sœur aînée, les  relations avec notre mère furent plus difficiles encore… »
Aujourd’hui, la Gantoise Jacqui Goegebeur, la cinquantaine venue, essaie d’aborder son passé en face, de comparer son expérience avec celle d’autres métis. Cette informaticienne de haut niveau est au centre d’un réseau de relations où s’échangent les témoignages, les difficultés affectives, les souvenirs : « certains d’entre nous vont toujours mal, il y a des blessures qui ne guérissent pas… » Une grande rencontre aura lieu bientôt à Gand.
Jacqui n’a pas connu son père, qui travaillait dans une société minière au Rwanda et possédait une grande maison près de Rwamagana. Tout ce qu’elle sait, c’est qu’il vivait maritalement avec sa mère, avec laquelle il avait probablement contracté un mariage coutumier. Etant célibataire, il avait reconnu officiellement ses trois enfants. « Jack m’a raconté comment ça a passé été chez. Dès sla mort de son père, en 56 (j’avais six mois à l’époque) les autres Belges chassèrent ma sa mère de la maison avec les enfants et que nous occupions, ils prirent les meubles object de valuerpour les renvoyer en Belgique. Deux ans après le mort de mon père tous ses biens au colonie étaient disparu, Mon père avait souscrit une assurance pour nous permettre d’étudier, mais jamais cet argent ne fut confié à ma mère. Une Africaine, vous pensez, comment allait-elle gérer ce petit pécule, on n’en a jamais vu la couleur… »
En 58, au Congo comme au Rwanda et au Burundi, une circulaire administrative demanda que tous les enfants mulâtres soient déclarés. Jacqui poursuit : «Alors que nous étions Belges de naissance, un policier congolais vint chez ma mère, chercher ses trois enfants. Elle n’a rien eu à dire, ma sœur aînée et moi avons été envoyées à Save, un pensionnat tenu par des religieuses catholiques. Mon frère s’est retrouvé chez les protestants et je sais que par la suite, il est allé au Danemark, puis au Canada, mais je ne l’ai plus jamais retrouvé… »(…)
« Certaines mères, rwandaises ou congolaises du Kivu auxquelles on avait arraché les enfants, s’étaient arrangées pour venir vivre près de Save et essayer de garder le contact. Parfois, elles réussissaient à apercevoir leurs enfants de loin. Mais pour nous, notre mère était trop éloignée. De toutes façons, les religieuses ne souhaitaient pas que nous la rencontrions : on nous disait qu’elle était une femme de mauvaise vie, une prostituée, que c’était vers la société blanche, celle de notre père, que nous devions nous tourner… »
Malgré Par son jeune âge, Jacqui ne garde pas un souvenir très précis de son séjour à Save. Ce sont les autres filles qui l’ont raconté comment : « dès qu’elles avaient 16 14 ans, les « grandes » devenaient des filles à marier ou en tous cas à caser. Les sœurs organisaient des rencontres, avec d’autres métis ou avec des Blancs, jamais avec des Noirs. Les filles devaient danser et jouer sous les yeux des candidats. Celles qui réussissaient à attirer l’attention trouvaient un mari, ou un protecteur qui leur confiait des tâches domestiques. Mais aussi pour eux ces marriages ne se faisaient pas pour la loi belge !»
En 1959, les religieuses de Save et un prêtre belge, le père Delooz, ont le sentiment que la situation, au Rwanda et au Congo, va évoluer très vite, que le Mwami et les Tutsis en général n’aiment pas les enfants mulâtres, qui pourraient se retrouver en danger. Eugeen Delooz, franciscain et directeur du centre national d’étude et de formation de la fédération chrétienne des classes moyennes (une organisation issue du Mouvement ouvrier chrétien) mène alors campagne en Flandre et aux Pays Bas pour tenter de trouver une solution au sort de ces enfants «entre les deux ».
Jacqui se souvient : « un jour de novembre 59, on nous a embarquées, ma sœur et moi, dans un avion Sabena vers Bruxelles. J’ai appris plus tard que, pour évacuer les 319 enfants de Save, les religieuses avaient également fait appel à Sobelair et même à des avions militaires. Elles avaient menacé, si elles n’obtenaient pas gain de cause, de révéler en Belgique le nom des pères… »
« Ma sœur et moi n’avons pas revu notre mère, je sais seulement qu’on lui a fait signer un papier stipulant qu’elle acceptait que nous partions en Belgique pour étudier… C’était le cas de la plupart des mamans, qui ne comprenaient pas le français, on leur avait demandé de signer avec leur pouce, en disant que c’était pour le bien de l’enfant…En réalité, après avoir été séparée de ma sœur, envoyée à Hasselt, je me suis retrouvée dans une famille d’accueil, à Blankenberge. Comme nous avions une mère en Afrique, nous n’étions pas adoptables légalement… »
Jacqui a-t-elle été heureuse dans sa famille d’accueil ? « On ne cessait de me dire que j’avais de la chance, bien plus que si j’étais restée avec ma mère, dans le milieu africain…Et pourtant ça n’a jamais très bien fonctionné, j’étudiais très bien, mieux que la fille de la famille, mais on n’a jamais voulu me payer des études supérieures ; c’est pour cela que je me suis lancée dans l’informatique, à l’époque c’était ouvert à tout le monde. Ma mère m’a-t-elle écrit ? Je l’ignore : tout était fait pour nous couper de notre famille maternelle, on ne transmettait même pas les lettres, parfois on travestissait nos noms afin de brouiller les pistes… »
Jacqui estime qu’elle a eu de la chance : elle a trouvé un bon métier, s’est mariée. « Dans d’autres familles d’accueil, les enfants métis étaient comme des petites bonnes, sur la côte, elles étaient employées dans l’hôtelleriesans être remunérées. On nous disait toujours que nous au moins, nous avions reçu une bonne éducation, que nous étions mieux que les filles restées au pays. Durant toute mon nos enfance on nous m’a dit su implanter l’idée que nous les métis nous étions « spéciaux », qu’il ne fallait pas que nous nous mélangions avec les Africains noirs, qu’il ne fallait pas « redescendre » »
Durant des décennies, le sort de ces 319 enfants métis, Rwandais et Congolais, enlevés de Save « pour leur bien » et envoyés dans de très chrétiennes familles de Flandre a été un secret bien gardé, sinon oublié. « Maintenant, il faut que cela sorte » dit Jacqui, « c’est pourquoi nous avons demandé au CEGESS de sortir les archives et de tirer cette histoire au clair… »

Le carnet de Colette Braeckman

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