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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

KAGAME EN ESPAGNE: la claque de Zapatero

19 Juillet 2010 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Justice et Droits de l'homme


(Le Pays 19/07/2010)
 

Il n'y a pas qu'au Rwanda que la série d'assassinats d'opposants politiques et de journalistes suscite de la désapprobation. L'élimination physique de tous ceux qui peuvent gêner Paul Kagamé à sa réélection d'août prochain ne plaît pas hors des frontières du pays des Mille collines. Le chef de l'Etat Paul Kagamé s'en est lui-même rendu compte à l'occasion d'un déplacement, le 16 juillet dernier en Espagne.

Le Premier ministre espagnol, Jose Luis Rodriguez Zapatero, a renoncé au dernier moment à co-présider avec lui une rencontre de l'ONU sur la pauvreté. En outre, le lieu de la rencontre a été changé au dernier moment comme pour éviter que Paul Kagamé ne souille le siège du gouvernement du sang du génocide dont des ONG espagnoles l'accusent d'avoir sur les mains. Une véritable claque administrée malgré lui par Zapatero, obligé d'agir ainsi pour ne pas rester sourd au tollé suscité en Espagne par la visite du numéro un rwandais à un moment où des opposants politiques et des journalistes sont tués chez lui. De ces assassinats, il en a été aussi question au cours de la rencontre, suite à l'exhortation du secrétaire général de l'ONU d'élucider certains meurtres, dont ceux du vice-président du Parti démocratique vert, André Kagwa Rwisereka, dont le corps a été retrouvé pratiquement sans tête le 14 juillet, et du journaliste indépendant Jean Léonard Rugambage tué par balles à Kigali le 24 juin dernier.

Il faut aussi dire qu'avant ces assassinats, la justice espagnole avait émis des mandats d'arrêt internationaux contre 40 militaires du Front patriotique rwandais (FPR) pour des crimes commis avant l'arrivée au pouvoir de la rébellion. Paul Kagamé est épargné par ces mandats du fait de l'immunité liée à sa fonction. Ce qui ne l'empêche nullement de se rendre en Espagne. Mais pour les défenseurs des droits humains ibériques, si l'on ne peut pas l'arrêter, on peut tout de même lui signifier qu'il n'est pas un ange, un saint et le sauveur du Rwanda que lui et son entourage s'évertuent à montrer. S'il est vrai que l'arrivée du FPR au pouvoir a ramené la stabilité et favorisé la croissance, il n'en demeure pas moins que la traque, les assassinats d'opposants politiques, l'absence de libertés réelles comme celle d'expression et de la presse, l'opposition au révisionnisme ont fini par faire oublier aujourd'hui les bonnes actions des hommes forts venus d'Ouganda.

Le Rwanda renvoie l'image d'un pays dirigé par un dictateur qui n'en donne pas l'air, un militaire qui ne supporte pas la contradiction à tel point que ceux de son camp qui se permettent un zest de critique deviennent des ennemis à abattre quel que soit l'endroit du monde où ils se trouvent. Paul Kagamé donne aussi l'air d'une personne obsédée par le pouvoir qu'il veut garder à tout prix, quitte à marcher sur des cadavres d'opposants et de dissidents. Paradoxalement, ses agissements ne font pas l'objet de condamnations comme il se doit à cause d'un certain nombre de soutiens comme ceux des Américains qui se présentent comme des alliés sûrs pour l'homme mince de Kigali. C'est d'ailleurs ce qui fait que l'ONU ne peut véritablement pas taper du poing sur la table, amenant son secrétaire général à être prudent sur l'emploi des mots au point qu'il ne veuille « s'immiscer dans les affaires intérieures d'un Etat souverain ».

Finalement, il n'y a que l'Espagne qui puisse montrer à Kagamé que ce qu'il fait ne favorise ni ne renforce la démocratie dans son pays. D'autres pays (suivez mon regard) sont dans leurs petits souliers pour avoir fait des mains et des pieds pour être dans les bonnes grâces de Kigali avec lesquels ils ont beaucoup de contentieux historiques.

Et il ne faut pas compter sur leurs dirigeants pour oser une remarque "déplacée" sur l'attitude des autorités rwandaises par rapport au respect des droits humains et des libertés fondamentales. Leur société civile a beau grogner, cela ne les gêne pas de dérouler le tapis rouge à l'ami rwandais. Heureusement donc que l'Espagne n'est pas dans cette situation et peut snober sans problème cet ami précieux pour certains, sans que cela ne relève forcément « d'une décision de politique intérieure ».

Séni DABO

© Copyright Le Pays

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