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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

J. Kabila a demandé le retrait progressif des troupes onusiennes

23 Novembre 2009 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Histoire - politique

Prêt à tout pour satisfaire son parrain Paul Kagame!


C’est désormais officiel : Joseph Kabila a demandé à l’ONU d’examiner un plan de «retrait progressif» de ses troupes déployées, depuis 1999, en RD Congo. Les motivations restent énigmatiques. On le sait, la grande majorité des 20 000 casques bleus est déployée dans la partie orientale du pays où des groupes armés créés tant par le pouvoir de Kinshasa que par des pays voisins tels que le Rwanda et l’Ouganda imposent leur loi. Depuis la "normalisation" des relations entre Kinshasa et Kigali, la situation dans les deux provinces du Kivu baigne dans un mystère total. Le chef de l’Etat - qui a démontré les limites de sa maîtrise des affaires publiques - s’est arrogé le monopole de ce dossier. Il profite de la pusillanimité des contre-pouvoirs que sont le Parlement, l’Eglise et les médias.

Dans une déclaration à la presse, le ministre de la Communication et des Médias, porte-parole du gouvernement a confirmé que le représentant permanent de la RD Congo auprès de l’ONU à New York a été chargé d’une démarche dans le sens indiqué précédemment «pour essayer de prévoir les choses dans le cadre d’une reconfiguration de la Monuc». Comprenne qui pourra. Selon ce membre du gouvernement, la RD Congo espère recevoir un calendrier de retrait progressif «d’ici la première moitié de 2010».

La demande formulée par le «raïs» paraît pour le moins étrange d’autant plus que la RD Congo ne dispose pas encore d’une armée organisée, capable d’assurer la défense des frontières nationales. Il faut espérer que cette initiative n’a pas été dictée par le maître de Kigali.

S’il est vrai que les griefs ne manquent pas contre certains agissements de la Mission onusienne, il n’en demeure pas moins vrai que celle-ci constitue pour le moment une sorte de mal nécessaire. La Mission de l’ONU a joué et continue à jouer un rôle de «suppléant» aux carences inqualifiables des pouvoirs publics congolais.

Capitulation

Depuis la signature, en décembre dernier, de l’«accord secret» entre Joseph Kabila et son homologue rwandais Paul Kagame – présenté jusqu’au 15 décembre 2008 en dirigeant d’un pays agresseur -, il règne un véritable mystère dans les deux provinces du Kivu. Les kivutiens vivent dans une ambiance de capitulation depuis que les FARDC ont perdu la guerre notamment à Mushake face aux miliciens du CNDP soutenus par des soldats de l’armée rwandaise. Depuis lors, les Congolais vont de surprise en surprise dans un pays où les canaux de communication ne servent plus qu’à anesthésier la population à travers les fameux «Cinq chantiers du chef de l’Etat». Des grands travaux quasi-inutiles à ne point finir.

La première surprise découle bien entendu de la mise en route de la fameuse opération «Umoja Wetu». Sous prétexte de traquer les présumés génocidaires Interahamwe, des soldats de l’armée régulière rwandaise ont pénétré sur le territoire congolais pour agir de concert avec les Forces armées de la RD Congo. Les ennemis d’hier sont devenus, sans transition, des «partenaires» à une cause. Le «général» John Numbi Banza prétendait, fin février, que cette action avait anéanti plus de 80% des capacités opérationnelles des FDLR. Près de dix mois après, des observateurs conviennent que l’insécurité et la violence sur la population ont pris des proportions préoccupantes. De même, l’opération «Kimya I» et «Kimia II» n’ont été d’aucun secours. Bien au contraire. C’est un échec.

La seconde surprise a été provoquée par la tenue à Bujumbura d’une réunion des chefs d’état-major des armées de la RD Congo, du Rwanda et du Burundi. Objet : faire une évaluation du déroulement des opérations «Kimia». Inimaginable. Est-ce un aveu que des armées étrangères sont déployées sur le territoire congolais ? Joseph Kabila a donc décidé de mettre ses «concitoyens» devant le fait accompli en autorisant à des troupes des pays voisins à faire le coup de feu sur le sol congolais ? La Représentation nationale n’a été ni consultée ni informée.

Le «deal» Kabila-Kagame

Depuis la conclusion du «deal» Kabila-Kagame, «Joseph» paraît prêt à tout concéder à l’homme fort de Kigali qui est au demeurant son ancien parrain à l’époque de l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo). Les changements d’alliance ne se comptent plus. Les Maï Maï, qualifiés en 2001 de «patriotes» par le tout nouveau président Joseph Kabila sont en passe d’être assimilés aux FDLR.

N’en déplaise aux opportunistes tapis dans les rangs du PPRD (Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie), Kabila est un ancien combattant de l’Armée patriotique rwandaise. L’étrange impunité qu’il a décidé d’accorder à Bosco Ntaganda, alias terminator, réclamé par la Cour pénale internationale (CPI) ne cesse de surprendre. Et pourtant, le numéro un Congolais n’a pas fait preuve des mêmes scrupules quand il s’était agi de faire transférer à La Haye le chef milicien Thomas Lubanga Dyilo sous les ordres duquel oeuvrait «Bosco». Les transferts à la CPI de Mathieu Gundjolo et de Germain Katanga se sont déroulés dans les mêmes conditions.

La décision prise par le ministre de la Communication et des médias d’interrompre, en juillet, le signal de la Radio France internationale (RFI) constitue la troisième surprise. Dès ce moment, il devenait clair que le «raïs» avait des choses à cacher de sa nouvelle idylle avec le général Kagame. La RFI devenait ainsi un témoin gênant. Et si la Monuc était devenue l’autre témoin gênant ?

«Duel au couteau»

Va-t-on assister à un «duel au couteau», sous forme de déballage, entre Joseph Kabila et la Monuc ? C’est le moins qu’on puisse dire après la diffusion, vendredi 20 novembre, par la radio Okapi, de l’information faisant état de l’arrivée massive des populations en provenance du Rwanda. Ce flux humain est perceptible dans les territoires de Masisi et Rutshuru. Il semble que ce mouvement a commencé «depuis près de 4 mois». «Ces personnes traversent clandestinement la frontière à partir de Kibumba, à une vingtaine de kilomètres au nord de Goma, sur l’axe Rutshuru», note radio Okapi laquelle dénombre pas moins de douze mille familles. Pourquoi cette annonce n’est pas intervenue quatre mois plutôt ? Qui sont ces «réfugiés» venus du Rwanda ? Que sont devenus les populations autochtones des localités «occupées» ? Pourquoi les autorités à Kinshasa sont muettes à ce sujet ? Les responsables onusiens s’estiment-ils avoir été payés en monnaie de singe par un «raïs» qu’ils ont chaperonné depuis dix ans?

Mercredi 18 novembre, l’Assemblée nationale congolaise a débattu de la situation à l’Est. Des députés natifs des provinces du Kivu ont émis les plus sérieuses réserves sur l’opération «Kimia II». Des membres de la Chambre basse sont arrivés à la même conclusion que certaines organisations internationales. A savoir que les actions militaires menées dans ces provinces n’ont contribué qu’ à «compliquer» la situation. Sans le dire expressis verbis, des députés ont relevé que les combattants hutus ont été éloignés des frontières rwandaises. En revanche, ils ont été dispersés à l’intérieur du territoire congolais au mépris de la sécurité de la population.

L’opinion congolaise a encore frais en mémoire la motion incidentielle présentée en octobre dernier par les députés des deux provinces du Kivu. Ceux-ci interpellaient déjà les autorités gouvernementales sur le «nettoyage ethnique» perceptible dans plusieurs localités. L’arrivée massive des « réfugiés » en provenance du Rwanda vient-elle confirmer les appréhensions de ces parlementaires ? Fidèle à sa «stratégie du silence», Joseph reste muet comme une carpe.

Question finale : A quel jeu se livre Joseph Kabila à l’Est de la RD Congo ? Il est plus que temps que le Parlement, l’Eglise et les médias donnent de la voix pour dénoncer les initiatives hasardeuses de cet homme et de son entourage tant dans les deux Kivu que dans la Province Orientale.

Il y a urgence de mettre fin au mystère qui règne à l’Est. Comment pourrait-on y parvenir sans casser au préalable le monopole injustifié que la Présidence de la République s’est arrogé sur ce dossier qui menace gravement la sécurité nationale?

Madeleine Wassembinya/B.A.W
© Congoindépendant 2003-2009

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