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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

J. Gasana ancien Ministre de la défense réfute l'hypothèse de la présence de Mistrals aux mains des FAR

3 Juin 2012 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Actualités

Source: L'actualité.ch

 

L'ancien ministre rwandais de la Défense, James Gasana, a envoyé un courrier aux juges d'instruction français, Marc Trévidic et Nathalie Poux, dans lequel il réfute la présence de missiles sol-air Mistral aux mains des Forces de l'armée gouvernementale en 1994.

Dans une lettre envoyée aux juges qui ont pris la suite du juge Jean-Louis Bruguière (dont nous publions l'intégralité à la fin de l'article, ndlr), M. Gasana affirme que «les Forces armées rwandaises (FAR) n’avaient ni les missiles sol-air ni les personnes formées pour l’utilisation de ces missiles». Il réfute ainsi la liste retrouvée dans les archives de l'ONU et publiée par le quotidien français Libération le 31 mai. Le document atteste que l'armée rwandaise possédait bel et bien 15 missiles Mistral (fabrication française) en 1994. «Aucun militaire des FAR n’avait été formé à l’utilisation des missiles anti-aériens sol-air avant le 16 avril 1992, date à laquelle j’ai été nommé ministre de la Défense. Aucun militaire des FAR n’a été formé pendant que j’étais titulaire de ce Ministère (16 avril 1992 – 20 juillet 1993). Durant cette période, je n’ai jamais pensé un seul instant que les FAR avaient besoin d’acquérir les missiles anti-aériens sol-air, et d’ailleurs aucune demande ne me fut introduite par l’état-major à cet effet», déclare l'ancien ministre. 

James Gasana vit en Suisse depuis 1993 après avoir fui le régime du président Juvénal Habyarimana. Il a été ministre dans les gouvernements successifs de celui-ci pendant trois ans, de juillet 1990 à juillet 1993. Il a occupé le porte-feuille de la Défense à partir du mois d'avril en 1992 jusqu'à sa démission, suivie d'un exil en Suisse. Il est l'auteur du livre «Rwanda: du Parti-Etat à l'Etat-garnison», éd. de L'Harmattan, 2002, dans lequel il pointe la dérive totalitaire du régime de feu le président Habyarimana.

De rebondissements en coups de théâtre 

Depuis le départ à la retraite du juge Jean-Louis Bruguière, le dossier de l'attentat contre l'avion de feu le président Juvénal Habyarimana connaît de multiples rebondissements. Plusieurs témoins oculaires se sont rétractés. Un d'entre eux est mort dans des circonstances mystérieuses à Oslo (Norvège). Le juge antiterroriste avait émis des mandats d'arrêt internationaux contre neuf personnalités proches du président rwandais le général Paul Kagame. Sept d'entre elles sont inculpées à ce jour. Il les accusait d'avoir participé à la préparation et à la mise en oeuvre du plan d'assassinat du président Habyarimana en avril 1994. La mort de ce dernier avait été suivie du génocide contre les Tutsi et du massacre de Hutu perçus comme alliés du Front patriotique rwandais (FPR).

Ainsi depuis l'arrivée des deux nouveaux juges, une autre thèse semble tenir la corde. Marc Trévidic et Nathalie Poux se sont rendus au Rwanda (ce que le juge Bruguière n'avait jamais fait!) en septembre 2010, accompagnés de six experts, des Français mais aussi deux Ecossais. Ils avaient avec eux  un représentant du parquet, un policier de la brigade criminelle, des techniciens du laboratoire de la police scientifique et des avocats des deux parties. Ils ont ensuite rédigé un rapport balistique de 400 pages dans lequel les experts affirment que le missile qui a abattu l'avion présidentiel a été tiré depuis le camp Kanombe, tenu par les FAR, et non depuis la colline Masaka accessible aux éléments armés du FPR.

Le rapport avait suscité une vague de réactions diverses suivant que l'on est à Kigali ou au sein de la communauté rwandaise en exil. «Ni moi-même ni aucun autre des nouveaux témoins capables et disposés n’avons pu rencontrer le juge Marc Trévidic, ou tout autre Tribunal international pour leur donner les vraies informations sur les évènements relatifs aux tirs qui ont abattu l’avion», s'était insurgé dans un communiqué Théogène Rudasingwa, ancien secrétaire général du FPR devenu opposant au président Paul Kagame. «Le camp de Kanombe était-il impénétrable? Etait-il impossible de s'y infiltrer à l'époque en 1994? Ni les experts ni les juges français qui se sont rendus sur les lieux 16 ans après les faits ne sont en mesure de le dire aujourd'hui», avait-on entendu sur RFI.

L'existence de la liste sortie des archives des l'ONU avait déjà été révélée par Gérard de Villiers dans son roman «SAS, Enquête sur un génocide», Editions Malko productions, 2000. «Paris n'a jamais nié de toute façon avoir livré des quantités d'armes à cette armée amie. Certes, les Mistral étaient interdits d'exportation. Mais ce n'était que des paroles en l'air», a affirmé l'écrivain français au journal suisse Le Matin. Avant de poursuivre: «Je ne mets pas en doute la théorie qui veut que ce soit l'armée rwandaise qui ait descendu l'avion présidentiel. Elle avait les engins pour le faire et savait les utiliser. Mais j'ai aussi découvert pendant ma longue investigation dans ce pays que les forces armées régulières possédaient des fusées Sam 7 soviétiques, beaucoup plus précises. Pourquoi auraient-elles choisi dans ces conditions un Mistral?»

 

 

Lettre témoignage de James Gasana:

Madame, Monsieur,  

Je soussigné, Dr. James Kwizera Gasana, né le 9 mars 1950 à Gituza (Rwanda), de nationalités rwandaise et suisse, ingénieur forestier, domicilié à Bussigny-près-Lausanne, Suisse, aimerais apporter un témoignage pouvant fournir des éléments utiles en vue de la conclusion du cas repris en objet.

Je souhaite que ce témoignage puisse servir devant la justice, et à cet effet, je vous prie de trouver en pièce jointe la photocopie de ma carte d'identité et mon CV. A la lecture du rapport ci-dessus, il se pose la question de savoir laquelle des armées des Forces armées rwandaises (FAR) et du Front patriotique rwandais (FPR) avait les missiles sol-air et les gens formés pour les utiliser, pour aussi en déduire qui des deux aurait réalisé le tir sur l’avion de feu président Juvénal Habyarimana. C’est en ma qualité d’ancien ministre au gouvernement rwandais, successivement de l’Agriculture, de l’Elevage et des Forêts (juillet 1990 – décembre 1991), de l’Agriculture, de l’Elevage et de l’Environnement (janvier 1992 - Avril 1992), et de la Défense (avril 1992 - juillet 1993), et auteur du livre «Rwanda: Du Parti-Etat à l’Etat-Garnison. Harmattan, Paris, 2002», publié aussi en espagnol sous le titre «Rwanda: Del Partido-Estado al Estado-Quatel - Contribución al análisis de la crisis de los Grandes Lagos. IEPALA, Madrid, España», que je vous prie d’accepter mon témoignage.

Les Forces armées rwandaises (FAR) n’avaient ni les missiles sol-air ni les personnes formées pour l’utilisation de ces missiles. A ma connaissance, aucun militaire des FAR n’avait été formé à l’utilisation des missiles anti-aériens sol-air avant le 16 avril 1992, date à laquelle j’ai été nommé ministre de la Défense. Aucun militaire des FAR n’a été formé pendant que j’étais titulaire de ce Ministère (16 avril 1992 – 20 juillet 1993). Durant cette période je n’ai jamais pensé un seul instant que les FAR avaient besoin d’acquérir les missiles anti-aériens sol-air, et d’ailleurs aucune demande ne me fut introduite par l’état-major à cet effet. La défense antiaérienne sophistiquée ne fut jamais une préoccupation du Rwanda depuis le début de la guerre en octobre 1990 car la rébellion du FPR ne menait pas de combats aériens. Dans une situation d’énormes contraintes budgétaires que le gouvernement connaissait en cette période de guerre, les FAR ne pouvaient pas se doter d’un armement anti-aérien qu’elles n’allaient pas utiliser contre une guérilla qui n’avait ni avions ni hélicoptères.

Depuis octobre 1990 le FPR avait les missiles sol-air et disposait des gens formés pour les utiliser. La preuve irréfutable que le FPR disposait des missiles antiaériens sol-air est qu’il les a utilisés trois fois avec succès pour abattre un avion et des hélicoptères des FAR: le 07/10/1990, le FPR a abattu avec un missile sol-air SAM-7 un avion de reconnaissance de type Islander au Mutara, près de la frontière avec l’Ouganda. Sont morts calcinés dans l’avion, le commandant Augustin Ruterana et le lieutenant Anatole Havugimana, respectivement pilote et co-pilote. J’ai même présidé la cérémonie de mémoire de ces deux officiers à l’Ecole d’officiers de Kigali en 1992. Le 23/10/1990, le FPR a abattu avec un missile sol-air SAM-7 un hélicoptère à Nyakayaga, commune Murambi. L'hélicoptère était piloté par le commandant Jacques Kanyamibwa (survivant). Le co-pilote, le capitaine Javan Tuyiringire est mort calciné dans l’épave. Le 13/02/1993, le FPR a abattu avec un missile SAM-7 un hélicoptère Ecureuil en commune Cyeru, tuant le pilote, le capitaine Silas Hategikimana qui effectuait une mission de ravitaillement.

Je ferais noter aussi qu’en août 1992, deux officiers supérieurs égyptiens, un Américain et un Ougandais, ont été arrêtés à l’aéroport d’Orlando, en Floride aux USA, au moment où ils s’apprêtaient à embarquer pour l’Ouganda de façon illicite une cargaison d’ armes, dont des lance-missiles. Le capitaine ougandais arrêté dans le coup est Innocent Bisangwa, adjoint du secrétaire particulier du président Yoweri Museveni et beau-frère de feu major Bayingana du FPR. A l’époque j’ai rapporté cette arrestation au gouvernement rwandais.

Dans mon livre ci-dessus vous trouverez des éléments et une ample analyse qui justifient d’exclure les FAR comme auteur de l’attentat contre le président Habyarimana.

Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l’expression de ma haute considération.

Bussigny, le 2 avril 2012

Dr. James K. Gasana

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