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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Il y a 10 ans Le rapatriement de 60 mille Hutu rwandais signait la mort de Léonard Kanyamuhanga

22 Mars 2010 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Histoire - politique

Les Coulisses n°213

Il aimait tant sa terre natale, il aimait sa province, il aimait le Congo. Il tenait tellement à la paix et au bien-être de sa population. Il y a dix ans qu’il nous a quittés.

Léonard Kanyamuhanga, gouverneur du Nord-Kivu, ne jurait que pour la paix et le développement de son entité.

Cette paix devait impérativement passer par le rapatriement des réfugiés rwandais dans leur pays. Il activa les groupes de Local defence pour protéger les villages et les villageois des incursions des Interahamwe.

Vite, il déchanta. Le problème était complexe. A chaque fois que les local Defence signalaient la présence des Interahamwe à l’armée rwandaise, cette dernière les dispersait au lieu de les attaquer. Les Interahamwe revenaient la nuit pour attaquer, piller à leur tour les villageois qui les avaient dénoncés à l’APR.

Léonard Kanyamuhanga comprit que la solution n’était pas militaire pour le retour des réfugiés hutu rwandais. Il fallait sensibiliser, les sensibiliser à travers les populations rwandophones congolaises. Or, cette stratégie faisait échec au fond de commerce de Kigali et Kampala.

Léonard Kanyamuhanga résolut d’installer son Q.G. à Kiwanja dans le Rutshuru (72 km de Goma) avec tout son cabinet provincial. Au refus du vice-président du Rwanda d’appuyer l’opération, Léonard Kanyamuhanga reçut un timide soutien moral de Pasteur Bizimungu alors Président du Rwanda. Avec cet avertissement : « ne faites pas de la publicité. Cette initiative trop risquée signerait votre mort ».

Cet avertissement ne put ébranler la détermination du gouverneur du Nord-Kivu qui entreprit les opérations de sensibilisation et de rapatriement des Hutu rwandais. Au total, de janvier à juin 1999, 60 mille Hutu rwandais regagnèrent le Rwanda.

Cet exploit jamais réalisé signait également la mort de Kanyamuhanga. Au sein de la rébellion du RCD, ses frères Tutsi lui vouèrent une haine viscérale. Leader infatigable, Léonard Kanyamuhanga pacifia le Rutshuru et le Masisi. Contre la volonté des ennemis de la paix, des centaines de Hutu rwandais embarquaient pour le Rwanda.

Au mois de mars 1999, une embuscade lui est tendue sur l’axe Rumangabo – Rutshuru.

En effet, parti de Goma pour Kiwanja, le véhicule des militaires qui l’escortait s’arrêta net à Rumangabo pour « manger de la canne à sucre ».

A deux kilomètres de là, une embuscade lui était tendue. Quand son escorte passa, les assaillants ouvrirent le feu. La troisième jeep tomba dans l’embuscade. Les balles atteignirent le chauffeur de la DGM qui mourut sur place tandisque les assaillants récupèrerent, l’argent et les autres membres du cabinet du gouverneur, les déshabillèrent et les amenèrent dans la forêt. Au même moment, Wangongo Wang Yu, le commandant PIR qui n’était pas associé à ce jeu macabre, continua sa route et arriva au lieu de l’embuscade. Il se lança dans la poursuite des assaillants et réussit à ramener les otages.

Le lendemain, le gouverneur Kanyamuhanga revint sur le lieu de l’embuscade et tint un meeting.

En avril 1999, il rouvrit la mission catholique de Jomba après avoir pacifié la région. Cela permit à ce que la messe de Pâques soit dite là et le retour des prêtres. L’étendue de son charisme fit que les préfets de préfecture de Gisenyi et Gikorongo (Rwanda) et le Chairman du district de Kisoro (Ouganda) vinrent participer à la célébration de cette messe avec leurs collaborateurs et certaines de leurs populations.

Léonard Kanyamuhanga réussissait là un coup de maître qui sonnait comme un défi pour les profiteurs du fond de commerce. Avec son épouse Feza et tous les anciens de Jomba.

On célébra une ère nouvelle qui annonçait la paix et le développement. Les axes routiers Kiwanja – Bunagana et Kiwanja – Ishasha furent réhabilités.

Mais les ennemis de la paix ne s’avouaient pas vaincus. Léonard Kanyamuhanga devait mourir. Son sort était scellé. Et ses jours étaient comptés. Restait seulement la manière par laquelle il devait payer son audace. Il la payera le 31 juillet 2000. Cette guerre, ils l’ont commencée, mais qui la terminera ?

Nicaise Kibel’Bel Oka

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gervais 23/03/2010 03:25


Triste fin pour cer cher Kanyamuhanga.
Mais savez-vous, brave Nicaise, que parmi les 60 mille hutus que Kanyamuhanga a poussé è rentrer - visiblement en contact avec Bizimungu - il serait impossible d'en trouver encore la moitié qui
soit vivante. Tout simplement, il les a poussé à la mort.
Que tous reposent en paix et que leurs esprits ne perturbent pas la conscience de celui de kanyamuhanga.