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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Faut-il interdire le voile?

9 Octobre 2009 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Actualités

Jacques MERSCH

professeur émérite à l’Université

 

Que visons-nous par l’interdiction du voile à l’école ? Cette interdiction peut-elle favoriser nos objectifs ? Examinons nos diverses motivations.

Si elles sont racistes, la majorité des Belges les rejetteront. Or une motivation est raciste si elle s’applique à des comportements d’étrangers dont l’analogue n’a pas posé de problème pour les Belges.

Ainsi, si c’était le port même du voile qui nous gênait ce serait raciste, car nos religieuses en ont toujours porté, et dans ma jeunesse le fichu était largement porté à tout âge.

Même chose si le voile nous gênait parce qu’il est un signe religieux : avant que cela ne se perde en même temps que la pratique de la foi, une croix ou une médaille de la Vierge, étaient très fréquemment portés, en particulier chez les écolières.

On pourrait encore réagir si ce voile était un signe d’intégrisme, ce qu’on ne peut pas dire car il est porté par de très nombreuses femmes pratiquant un islamisme tolérant comme celui que prône le Roi du Maroc Mohammed VI et son ambassadeur en Belgique Samir Addahre (1) . 

De nombreuses filles voilées disent que c’est par pudeur : le voile leur donne plus d’assurance et d’aisance dans les milieux mixtes. A cela certains rétorquent que cette pudeur est une invention machiste pour soumettre les femmes qui souvent ne sont pas libres, mais obligées de porter le voile par leurs parents ou leur mari. Si l’on est honnête, on se dira que la pudeur dépend de la civilisation. Chez nous la majorité des parents interdisent encore à leur fille de se promener sans soutien-gorge ou sans petite culotte et nous ne le considérons pas comme une obligation machiste insupportable alors qu’en Papouasie la nudité soulignée par des décorations des seins et du sexe était à la mode. Que dirions-nous si des Papous, venus au pouvoir, vilipendaient nos obligations de bienséance à nos filles et interdisaient le soutien-gorge et la culotte ?

 

Reste le seul motif qui me paraît sérieux : le voile est un obstacle à l’intégration. Il marque de façon trop ostensible que l’intéressée est attachée à ses origines plus qu’à son intégration en Belgique. Comme il y a 600 000 Marocains (2)  et beaucoup plus encore de Musulmans en Belgique leur intégration progressive est indispensable  et d’ailleurs enrichissante pour les deux parties.

 

Oui, mais alors ce qu’il faut interdire, c’est le port du voile dans les lieux publics et pas seulement à l’école : à l’école nous aurons affaire à des adolescentes, âge où l’on se révolte contre les contraintes et, rien que par réaction contre l’interdiction, bon nombre d’entre elles porteront le voile dès qu’elles quitteront l’école. Nous obtiendrons l’effet contraire à celui désiré. La preuve en est d’ailleurs l’explosion du port du voile depuis que de nombreuses associations ont pris position contre : il y a 15 ans le voile était rare et ne posait aucun problème.

 

L’interdiction du port du voile a aussi un effet pervers pour notre société : c’est une interdiction d’un comportement purement individuel (c’est-à-dire qui ne lèse personne). La seule raison invoquée est notre peur que ce ne soit le signe d’autres choses (intégrisme, machisme ...) sans que nous n’apportions la preuve de sa dangerosité. Quand un Etat se met à imposer d’autorité des contraintes à des comportements purement individuels, il entrouve la porte du fascisme.

 

Autre chose est bien sûr de s’opposer à une islamisation souterraine de la Belgique en prenant garde aux comportements qui ne sont pas purement individuels :  des procès sont actuellement intentés à des hopitaux parce que c’était un infirmier et non une infirmière qui devait soigner une Musulmane. Là le fonctionnement de l’hopital et le travail de l’infirmier sont en jeu et le procès me paraît injustifiable.

 

D’autres exemples de demandes sont injustifiées, citons :

•  la suppression des cours de gymnastique ou de biologie car cela perturbe l’organisation des cours et surtout l’égalité des élèves et

•  le port de la “burka” qui permettrait à des criminels des déguisements facilitant leurs délits.

 

Pour éviter une islamisation souterraine, je plaiderais aussi en faveur de la suppression de la double nationalité, pas seulement parce qu’elle rend les Belges inégaux (certains peuvent avoir deux passeports à choisir selon les circonstances, deux permis de conduire, etc.) mais parce qu’on est bien moins porté à s’intégrer lorsqu’on est aussi rattaché administrativement à un autre pays. Il faut bien sûr garder ses racines et sa culture, ce sont des richesses que l’on partage avec fierté dans son nouvel environnement mais garder administrativement sa nationalité d’origine est montrer que l’on veut garder une porte de sortie et non devenir Belge à part entière. Cela peut même devenir la base d’un Etat dans l’Etat lorsqu’on sait que plus de 500 000 Belges sont aussi Marocains et donc soumis aux lois et au Roi du Maroc (3) .

 

Ne nous trompons pas de combat : défendons notre culture et notre souveraineté, combattons les intégrismes et les ingérences mais ne nous mettons pas à imiter ces intégrismes par une intolérance à une revendication vestimentaire.

 


(1)   Le Vif du 25/09/09, pp. 26-30

(2)    ibid

(3)   88% des Marocains [vivant en Belgique] y possèdent la nationalité belge (ibid)

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