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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

En mémoire de Mgr Misago: le développement du site marial de Kibeho

14 Mars 2012 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Actualités

"Dans notre région des Grands Lacs, il y a en plus une situation d’instabilité politique et d’insécurité récurrente qui n’encouragent pas des foules de pèlerins à venir de l’étranger à Kibeho, un lieu qui n’est pas loin des foyers de tension" (Mgr Misago)


15 JUIL 2011 : 10e ANNIVERSAIRE DE LA RECONNAISSANCE DES APPARITIONS DE KIBEHO : INTERVIEW DE MONSEIGNEUR AUGUSTIN MISAGO BULLETIN HEBDOMADAIRE D’INFORMATION

Source: Conférence épiscopale du Rwanda

 

Question : Excellence Monseigneur l’Evêque, il y a dix ans, vous avez officiellement déclaré votre jugement définitif sur les faits dits "apparitions de Kibeho" dont la conséquence immédiate fut la construction de l’actuelle église du sanctuaire marial de Kibeho et l’intronisation d’une statue de Notre Dame de Kibeho. Dix c’est certainement peu pour un développement spectaculaire du sanctuaire. Comment jugez-vous son évolution actuelle?
 
Mgr Augustin Misago : Effectivement, comme vous le dites, 10 ans c’est peu pour un développementimages-copie-3 spectaculaire d’un sanctuaire. Nous devons toutefois nous réjouir des pas franchis. Depuis l’acte de reconnaissance des apparitions de Kibeho le 29 juin 2001, et si l’on compare avec la situation actuelle, il y a des changements, encore modestes certes, mais visibles et positifs.
 
En 2001, il n’y avait rien sur le lieu des apparitions de Kibeho, à l’exception de l’école qui s’y trouve depuis plusieurs années. Actuellement, lorsqu’on voit ce qui a été réalisé sur le plan des infrastructures, nous voyons cela comme une bénédiction de la Vierge de Kibeho, car, en si peu de temps, nous avons pu faire quelques réalisations encourageantes pour le pèlerinage à Kibeho.
 
Qu’est-ce qu’on trouve à Kibeho plus concrètement ?
 
Lorsque vous arrivez à Kibeho, vous y trouvez l’église Notre Dame des Douleurs qui a été consacrée et inaugurée le 31 mai 2003 par le Cardinal Crescenzio Sepe, alors Préfet de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples, une haute personnalité du Saint-Siège venu spécialement pour cet événement : C’est une des belles illustrations de la renommée dont jouit Kibeho au sommet de la haute hiérarchie de l’Eglise Universelle. Nous avons bien apprécié ce geste du Vatican, tout comme celui de la visite du Cardinal Ivan Dias, successeur du Cardinal Crescenzio Sepe à la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples, à l’occasion du 25ème anniversaire des apparitions de Kibeho : c’est lui qui présida la liturgie du jour.
 
Q: Y a-t-il autre chose, Monseigneur, à Kibeho ?
 
Par ailleurs, malgré la modestie des moyens, nous avons pu réaliser un modèle de statue de Notre Dame de Kibeho que nous avons intronisée le 28 novembre 2003 et à partir de laquelle sont réalisées des copies qu’on retrouve déjà dans certaines paroisses et communautés.
 
Q: Les fidèles, dévots de Marie, ont-ils contribué pour quelque chose au développement de Kibeho?
 
J’encourage, par ailleurs, diverses initiatives qui contribuent à la diffusion du message de Kibeho et à la promotion de la dévotion envers Notre-Dame de Kibeho. Dans ce sens, je peux mentionner, par exemple, le Mouvement Marial Kibeho né dans les années 1990, la Fondation Notre-Dame de Kibeho créée à l’occasion des célébrations du 25ème anniversaire des apparitions de Kibeho (en 2007) ; ou encore la Fraternité Marie Reine des Cœurs « Indabo za Mariya », qui a commencé ses activités en rapport avec Kibeho depuis 2004.
 
Q: Et que dites-vous des congrégations religieuses ? 
 
Quand je considère aussi le nombre des communautés religieuses qui se sont maintenant établies à Kibeho en si peu de temps, je rends grâce au Seigneur ! Il s’agit d’un autre signe très positif du retentissement des apparitions de Kibeho. Jusqu’en 2003, il n’y avait que les Sœurs Benebikira qui y sont établies depuis les années 1953 ; actuellement il y a déjà sur place neuf communautés religieuses, différentes, féminines et masculines ; d’autres se préparent à s’y installer également. Cela est sans doute un indice important de l’intérêt pour le sanctuaire et le message de Kibeho.
 
Q: Comment se développe le pèlerinage à Kibeho ? 
 
Des pèlerinages organisés deviennent de plus en plus fréquents, surtout à certaines dates de l’année. Quelques diocèses du pays et des groupes constitués se relayent à Kibeho chaque mois. Cela va dans le sens de la prière incessante que Marie « Nyina wa Jambo » demande à ses enfants.
 
Q: Y a-t-il autre chose que vous voudriez mentionner dans ce développement du sanctuaire de Kibeho? 
 
Il y a d’autres faits qui donnent à Kibeho un aspect plus attrayant qu’avant. Dans le passé, il était difficile de trouver une goutte d’eau à Kibeho, mais aujourd’hui il y a une adduction d’eau abondante et bien entretenue ; les voies d’accès ont été améliorées et une ligne électrique a été construite et un Plan directeur de la future cité de Kibeho vient d’être achevé par des techniciens du Gouvernement. Ce dernier reste, lui aussi, sensible à la nouvelle réalité de Kibeho. Je ne doute aucun instant que d’autres changements plus importants et symboliques pourront y être opérés dans un proche avenir. Je pense que c’est une question de patience.
 
Q : Le sanctuaire matériel de Kibeho est palpable : toute personne qui se rend à Kibeho peut voir les infrastructures qui s’y érigent. Mais, si nous nous référons au message, nous pensons que la Mère du Verbe souhaite avant tout l’édification d’un sanctuaire spirituel. Comment celui-ci pourrait-il être édifié ?
 
Mgr Augustin Misago : Effectivement quand on lit le message de Kibeho, on voit que la Mère du Verbe souhaite avant tout l’édification d’un sanctuaire plutôt spirituel que matériel. C’est déjà un des thèmes chers au Nouveau Testament, surtout dans des Epitres de St. Paul et dans la Première Epitre de St. Pierre qui évoquent cet idéal de construire un temple spirituel. Et je pense que ce temple spirituel devrait justement être édifié en vivant le message de Kibeho qui nous invite à nous convertir tant qu’il est encore temps. Cette conversion signifie aussi un changement de vie, de sorte que nous puissions nous séparer du mal pour suivre le chemin du bien, renoncer à la haine pour pouvoir vivre davantage selon l’amour, selon la règle de la charité.
 
Dans un pays comme le nôtre qui a connu un horrible génocide, l’édification d’un temple spirituel passe par la réconciliation nationale, permettant de dépasser les sentiments de haine, de rancune et de vengeance pour bâtir une société pacifiée, plus fraternelle, plus juste et respectueuse des droits fondamentaux de la personne humaine.
 
Q : Cependant, selon votre déclaration de reconnaissance des apparitions de Kibeho doit être un lieu ou retentit le culte marial, un lieu de ralliement de ceux qui étaient dispersés. Et pourtant, aujourd’hui, lorsque les gens s’y rendent, on n’y trouve pas l’accueil spirituel souhaité.
 
Mgr Augustin Misago : C’est bien possible qu’au sanctuaire de Kibeho des pèlerins n’y trouvent pas toujours un accueil spirituel ou pastoral aussi chaleureux qu’ils le souhaiteraient. Mais il ne faut pas exagérer ; il faut admettre tout de même que le personnel chargé du sanctuaire est plein de bonne volonté et de dévouement, malgré les limites humaines. Aucun effort n’est épargné dans l’animation pastorale, l’organisation des célébrations liturgiques, les aménagements des lieux pour rendre le sanctuaire plus beau et confortable. Mais il faudrait aussi qu’il y ait plus de créativité, plus d’initiative et d’imagination de la part des groupes de pèlerins et des dévots de Marie. Nous avons à plusieurs reprises souhaité que les pèlerins soient accompagnés par des prêtres. Chaque groupe de pèlerins devraient préparer un thème et un programme de leur pèlerinage qu’ils auront à suivre une fois arrivé sur les lieux. L’équipe du sanctuaire est là pour les aider et non pas tout faire à leur place.
 
Q : On pense aussi à l’organisation d’une adoration perpétuelle du Saint Sacrement et la récitation d’un rosaire continu. Mais un jour nous sommes allé dans l’église du sanctuaire et nous avons trouvé le Saint Sacrement exposé, mais sans aucune présence humaine.
 
Mgr Augustin Misago : A ma connaissance, tous les jeudis, jour et nuit, le Saint-Sacrement demeure exposé pour l’adoration. Des groupes et des individus qui le peuvent viennent à se rendez-vous hebdomadaire. Mais, en tout réalisme, il ne faudrait pas s’attendre, au stade actuel, à des foules nombreuses et permanentes. Cela arrivera graduellement. Laissons le temps au temps.
 
Q : La présence de plusieurs communautés religieuses devrait tout de même inciter à l’organisation de telles prières incessantes conformes au vœu de la Mère du Verbe ?
 
Mgr Augustin Misago : D’accord ! Les charismes de ces communautés devraient s’exprimer davantage dans ce sens à Kibeho ; mais l’on ne devrait pas oublier que ces communautés se consacrent à la prière à différentes heures de la journée là où elles sont dans leurs couvents respectifs selon la Règle de vie donnée par les fondateurs. Le fait qu’elles sont établies à Kibeho leur permettra certainement d’adapter cette Règle de vie à leur présence auprès du sanctuaire.
 
Q : Néanmoins, malgré l’évolution positive des pèlerinages, on constate que ces derniers n’ont pas encore pris le rythme souhaité. Il semble que la plupart du temps Kibeho est désert de pèlerins. Qu’est-ce qui pourrait être fait pour que Kibeho devienne ce lieu où retentit en permanence le culte marial ?
 
Mgr Augustin Misago : Effectivement, malgré l’évolution positive des pèlerinages à Kibeho, ces derniers n’ont pas encore pris le rythme souhaité. Il y a pour cela divers motifs. D’abord nous sommes encore dans les débuts, et dans un pays où bien des gens ne trouvent pas facilement les moyens économiques de voyager.
 
Rappelons qu’un sanctuaire ne peut pas compter seulement sur des pèlerins locaux, mais aussi sur des pèlerins venant d’autres pays. Il faudrait pour cela qu’il y ait un minimum d’infrastructures d’accueil, notamment pour le l’hébergement et la restauration. D’un autre côté, l’hôtellerie ne peut pas se développer tant qu’il n’y a pas une affluence de pèlerins assez régulière. Cela viendra petit à petit. C’est question de temps et de patience. Mêmes de grands sanctuaires bien connus tels que Lourdes ou Fatima sont devenus ce qu’ils sont maintenant après de nombreuses années. Dans notre région des Grands Lacs, il y a en plus une situation d’instabilité politique et d’insécurité récurrente qui n’encouragent pas des foules de pèlerins à venir de l’étranger à Kibeho, un lieu qui n’est pas loin des foyers de tension.
 
Q : Excellence Monseigneur l’Evêque, vous avez consacré votre diocèse de Gikongoro à Notre Dame de Kibeho. Ne faudrait-il pas que le Rwanda tout entier lui soit aussi consacré ?
Mgr Augustin Misago : Oui, le 28 novembre 2003, après l’intronisation de la statue de Notre Dame de Kibeho, j’ai procédé à la consécration de notre diocèse à Notre Dame de Kibeho. Il s’agissait d’un acte diocésain. Pour qu’un tel acte soit élargi à l’ensemble de l’Eglise catholique au Rwanda, il faudrait qu’un besoin spirituel profond se manifeste réellement au sein du peuple de Dieu et que l’assemblée plénière des évêques l’approuve.
 
Q : Comment souhaiteriez-vous voir se développer la promotion du message de Kibeho ?
 
Mgr Augustin Misago : Il faut trouver des voies et moyens pour découvrir davantage le sens et la portée de ce message, le diffuser mais surtout le vivre. Dans ce but, je souhaite que les Diaires des voyantes soient plus accessibles à un large public. Il faudrait par exemple pouvoir exploiter les opportunités qu’offrent les médias modernes. Nous souhaitons que ce message soit davantage connu par les fidèles à travers une catéchèse adaptée et que lors des homélies ou conférences spirituelles on puisse y faire référence comme un élément qui vient soutenir l’annonce de l’Evangile et notre vie spirituelle.
 
Q : Ne faudrait-il pas organiser une rencontre internationale sur ce message pour explorer les opportunités d’une interprétation authentique ?
 
Mgr Augustin Misago : Il me semble qu’une rencontre internationale sur le message de Kibeho serait un peu trop prématurée. Mais à l’occasion du 50ème anniversaire des apparitions de Kibeho il y aurait moyen d’organiser quelque chose de spécial, tel qu’un congrès marial.

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