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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Doko-RDC: La passion pour l’or

3 Janvier 2010 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Ressources et environnement

Les Coulisses n°211

Moi, je viens de la province de l’Equateur. Mon ami est Malien. Il y a aussi des Centrafricains. Les orpailleurs sont constitués de tous les âges et des gens de formations variées, de nationalités diverses. Tous à la recherche de la fortune, déclare Sébastien Ifaso dont le corps est rempli de la boue. Il sort d’un puits profond de 12 mètres.

Tout près de lui, le petit Jérémie (12 ans). Son travail consiste à porter une petite lampe de poche pour permettre de voir dans l’obscurité du sous sol. Lui se faufile le passage telle une fourmi.

Promiscuité, prostitution … des familles entières se sont constituées autour des mines d’or de Doko (Haut Uélé, province Orientale) à la recherche de l’or.

Femmes et enfants issus de mariages de fortune contractés autour des puits ouverts, hommes valides ou chétifs … c’est une vie que tout ce monde juge normale. Même si la poussière, omniprésente en saison sèche et la boue en saison pluvieuse, constituent le « plat quotidien » des orpailleurs et leurs familles.

Ils ont construit des huttes de fortune sans fenêtres, à pièce unique où père, mère et les enfants s’embouteillent comme des Bochimans. Ces huttes en paille, au milieu des bruits des engins de la Randgoldmines et au fond desquelles résonne à tue-tête la musique congolaise moderne, même si elles présentent le visage de la misère, sont alimentées en électricité. Poste-téléviseurs, radio K7 stéréo, antennes paraboliques, salles de cinéma …

A Doko chacun essaie de donner un sens à la vie. Et cette vie, ici, a aussi son sens. Dans la boisson alcoolisée et du chanvre, dans la prostitution … dans la passion pour l’or.

Taux élevé d’analphabétisme, scolarité quasi inexistante, surpopulation autour des puits d’or, insalubrité, pollution.

Rarement on peut trouver des toilettes hygiéniques – WC. A l’hôte de marque, on offre un sachet de couleur noire pourvu que les excréments fécaux soient balancés dans des puits abandonnés à ciel ouvert.

Des motopompes pour évacuer l’eau des puits d’or sont actionnées.

Une vie qui ressemble à tant d’autres puisqu’on respire. On procrée.

Dans la petite cour, des chiens, des porcs, des poules côtoient des enfants nus ou habillés, ceux qui ne peuvent pas travailler comme porteurs de la boue extraite des puits. A côté, des habitations des travailleurs de l’Office des mines d’or de Kilo – Moto (OKIMO) en ruine dont certaines sont quand même mises en location quand les propriétaires, délaissés par l’Etat-employeur et impayés pendant des années, s’adonnent à l’agriculture.

Les orpailleurs ont signé des contrats de sous traîtance avec l’OKIMO, rapporte Francis Muzoora (38 ans, Ougandais). Ils versent 30% des pépites d’or trouvés à Kilo – Moto. Cependant, ils sont régulièrement menacés et sommés de déguerpissement. L’OKIMO a signé une joint – venture avec la Sud’Africaine Randgoldmines.

Ce travail ne va pas sans danger. Les orpailleurs doivent faire face à des éboulements de terre et de fréquentes chutes des pierres mais aussi à des inondations des puits.

Nombreux sont ensevelis quand cela arrive. Ils n’en peuvent rien puisque c’est le risque du métier : la passion pour l’or.

Le manque d’aération dans certaines parties de la mine souterraine peut provoquer la mort par suffocation.

Mais, le défi s’appelle trouver de l’or et le vendre.

Même alors que cette exploitation génère d’importants volumes des poussières inhalées qui provoquent plus tard des troubles respiratoires chez les orpailleurs, leurs femmes et leurs enfants et d’autres maladies comme de fausses couches, la malaria et le Sida, les orpailleurs n’en démordent pas. Ils reconnaissent que l’or tue à petit feu mais rétorquent que personne ne vivra éternellement, affolés par la passion pour l’or. Ils n’ont pas de choix.

L’ensemble du processus d’extraction de l’or est réalisé à la main nue. Le sable est mélangé avec de l’eau et du mercure. Vient ensuite la cyanuration qui se fait souvent sans gants ni masque.

Or, les cyanures alcalins sont toxiques, regrette un géologue de l’OKIMO.

Aux côtés de cette vie monotone, il y a une autre vie menée par les prostituées. Elles sont partout, tels les envahisseurs et nous suivent, déclare le président des orpailleurs. Elles font partie de notre monde.

Doko ressemble à un champ de bataille en ruine. Partout, la mine a laissé de grands trous béants sans apporter le développement, sans combattre la malaria et le VIH/Sida. L’or ne change pas, il n’a pas de nationalité. Les orpailleurs sont accrochés à l’idée de trouver de l’or, non pour devenir riche mais qui permet de survivre dans cet univers infernal. La passion pour l’or.

Nicaise Kibel’Bel Oka

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