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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

DECLARATION CONTRE LA VENUE DE PAUL KAGAME EN FRANCE A L'OCCASION DU SOMMET FRANCE-AFRIQUE DE NICE (30.05.10)

2 Juin 2010 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Justice et Droits de l'homme


 

Il y a seize ans, un soir du 06 avril 1994, Paul KAGAME, alors Chef de l'Armée patriotique rwandaise, une milice rebelle dominée par les réfugiés tutsi d'Ouganda, abattait l'avion présidentiel rwandais, tuant du coup le Président du Rwanda, celui du Burundi, leur entourage ainsi que son équipage français.  

Par cet attentat terroriste, il déclencha le crime des crimes, le génocide de 1994, replongea le Rwanda dans la guerre, précipita le Burundi voisin dans la crise en voulant mettre un terme au partage du pouvoir et à  la transition politique organisée par l'Accord de paix d'Arusha, qui devait se terminer par des élections démocratiques, dont il était convaincu que son mouvement sortirait perdant. Le bilan de cette stratégie militariste : un million de morts, un demi million de déplacés internes et deux millions et demi de réfugiés. 

Prétextant user du droit de poursuite, il envahit la RDC en 1996 où, de son propre aveu, il extermina 300.000 réfugiés, contraignant le reste à  un retour forcé. Après avoir tenté sans succès d'imposer un pouvoir à sa solde à Kinshasa, où son ministre actuel de la défense et ancien aide de camp, le Général James Kabarebe, occupa les fonctions de Chef d'Etat-major des Forces armées congolaises, à partir du 02 août 1998, il recourut tour à tour à un coup d'Etat foireux, à une guerre-éclair à partir d'une opération aéroportée également foireuse, à une invasion militaire couplée à la création de supplétifs armés dirigés par des Tutsis congolais, RCD-Goma d'Azarias Ruberwa puis le CNDP du Général Laurent Nkundabatware. Le bilan de cette seconde stratégie militariste : six millions de morts en RDC.

Contraint de mettre un terme à sa longue transition politique, neuf ans au lieu des vingt-deux mois prévus par l'Accord de paix d'Arusha, Paul Kagame organisa une épuration de la magistrature, du gouvernement et du parlement de transition de tout élément contestataire à commencer par son Premier ministre Faustin Twagiramungu limogé en 1995, le Président du FPR, Alexis Kanyarengwe limogé en 1998, le Président du parlement de transition, Joseph Sebarenzi et le Chef de l'Etat Pasteur Bizimungu, tous deux limogés en 2000.  

Il se fit proclamer Chef de l'Etat, fit arrêter et jeter son prédécesseur en prison et le fit condamner à quinze années de prison, pour avoir tenté de créer un parti politique, le PDR-Ubuyanja, soupçonné de vouloir le défier lors des élections générales projetées en 2003. Il récupéra la direction du PSD, après avoir jeté en prison et condamné à douze ans fermes son Président Charles Ntakirutinka. Il orchestra la dissolution du MDR, principal parti d'opposition sous l'ancien régime, dont une aile avait vaille que vaille participé aux institutions de transition, refusa d'agréer l'ADEP-Amizero, le parti que ses dirigeants tentèrent de faire enregistrer afin de participer aux élections et jeta en prison le Dr Théoneste Niyitegeka, ex-candidat aux élections présidentielles de 2003.  

Sept années après, Paul Kagame a remis le couvert. Il a organisé l'enlèvement de l'opposant et rescapé Déo Mushayidi au Burundi et l'a jeté en prison. Il refuse l'existence de tout parti politique d'opposition et ne tolère que des satellites de son mouvement, le FPR-Inkotanyi. Il a orchestré un putsch contre le seul parti indépendant agréé, le Parti Social-Imberakuri et demandé des poursuites judiciaires contre son Président Bernard Ntaganda. Il a refusé à huit reprises la tenue du Congrès constitutif du Parti Démocratique des Verts du Rwanda et a tenté sans succès de renverser son Président Intérimaire, Frank Habineza. Il a refusé à cinq reprises la tenue du congrès constitutif du principal parti d'opposition, les FDU-Inkingi et engagé des poursuites judiciaires contre leur Présidente Victoire Ingabire Umuhoza et son avocat Peter Erlinder. 

Arrêtée le 21 avril 2010 puis remise en liberté provisoire le lendemain, la Présidente des FDU-Inkingi ne peut pas quitter le Rwanda, ni la capitale, Kigali. Le pouvoir va jusqu'à lui interdire de parler à la presse ou de s'exprimer de quelque manière que ce soit. Dans une interview au journal ougandais « The Monitor », Paul Kagame vient de révéler à l'opinion  qu'il a eu les éléments de son dossier judiciaire et a annoncé ce que sa justice aux ordres compte faire : la jeter en prison « pour un moment ». Son procureur général Martin Ngoga avait précédemment également annoncé au journal progouvernemental « The New Times »  l'intention du pouvoir de bannir les FDU-Inkingi. Quant à son avocat Peter Erlinder, il a été arrêté ce vendredi 28 mai 2010 pour « négation du génocide ». 

Procédant à une accusation en miroir, au lieu de s'expliquer devant la justice internationale pour son implication dans l'attentat qui a emporté la vie de citoyens français et déclenché le génocide et au lieu de faciliter la comparution devant la justice française ou la justice espagnole de ses collaborateurs mis en cause dans l'attentat et dans les crimes contre l'humanité commis en RDC, Paul Kagame a préféré rompre les relations diplomatiques avec la France en 2006 et commander des rapports l'absolvant de toute responsabilité à une commission « chargée de réunir les preuves de l'implication de la France dans le génocide » et à un « Comité d'Experts Indépendants » pour enquêter sur l'attentat du 6 avril 1994 dont tous les membres ont été nommés par son gouvernement. 

Jouant au jeu puéril du chantage pour punir la France de son soutien à l'ancien régime, Paul Kagame tourna le dos à l'Organisation de la Francophonie, décréta l'anglais, jusque-là parlé uniquement par l'infime minorité d'anciens réfugiés d'Afrique de l'Est qui domine le pays, langue unique d'enseignement dans un pays dont l'élite utilise le français depuis près d'un siècle, courtisa et finit par mettre le Rwanda dans le lit du « Commonwealth » en 2009. 

Paul Kagame vient à Paris, alors même que son armée, jadis tant vantée par ses mentors pour sa prétendue unité et sa discipline, est fracturée et secouée par des tensions qui ont mené la quasi-totalité de ses commandants historiques, soit au cimetière, soit en exil, soit en prison, soit à la retraite forcée pour les plus chanceux. 

Tel est l'homme pour qui la République française s'apprête à dérouler le tapis rouge, à déployer la garde républicaine et à présenter les honneurs dus à un Chef d'Etat. 

La manifestation organisée à Paris en ce jour a pour but de dénoncer cette mauvaise farce. La place de Paul Kagame n'est pas à la tribune du Sommet des Chefs d'Etats d'Afrique et de France, sommet auquel il vient participer à Nice. Sa place est dans un tribunal international puisque les juridictions nationales, ne peuvent le poursuivre pour ses crimes tant qu'il est Chef d'Etat en exercice.  

Nous demandons au Peuple français et à la République française de soutenir la libération de tous les prisonniers politiques rwandais et de l'avocat Peter Erlinder, le report des élections présidentielles prévues le 9 août 2010, l'autorisation de la tenue des congrès constitutifs du Parti démocratique des Verts et des Forces démocratiques unifiées, la fin de l'ingérence dans la gestion du Parti social, la fin du harcèlement des opposants et de la presse indépendante, la fin de l'instrumentalisation des médias d'Etat et la mise en place d'une commission électorale indépendante. 

Fait à  Paris, le 29 mai 2010. 

Pour le Comité  de Soutien aux FDU-Inkingi 

Eugène NDAHAYO.

Président.

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François 05/08/2010 16:16



Bien dit ! Très bon texte qui rétablit la vérité. Mais, en matière de politique étrangère (ou intérieure d'ailleurs) N. Sarkozy n'est plus à une énormité près. Quand on sait en
plus que Paul Kagamé est conseillé par Tony Blair... on ne s'étonne plus de ce qu'il s'est passé et se passe encore en Irak, et on ne se demande plus non plus pourquoi Paul Kagamé ne risque rien
à continuer ses exactions...