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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Colette Breackman met de l'eau dans son vin: elle a encore du chemin à faire

8 Janvier 2010 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Histoire - politique

La vérité sur l'assassinat d'Habyarimana
(Le Soir 07/01/2010)


Qui a abattu l'avion du président rwandais Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994? La question ne revêt pas qu'un intérêt historique, puisque cet attentat a déclenché le génocide où périrent 800?000 personnes, principalement des Tutsis, selon les estimations de l'ONU.

Alors que neuf hauts dirigeants rwandais sont toujours inculpés par le juge antiterroriste français Jean-Louis Bruguière, l'affaire, qui a longtemps empoisonné les relations entre Paris et Kigali, va connaî-tre de nouveaux développements. Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères français et artisan de la normalisation des relations avec le Rwanda, débarque ce jeudi à Kigali pour consolider le réchauffement diplomatique en cours entre les deux pays.

Surtout, les juges d'instruction français qui ont succédé à Jean-Louis Bruguière vont recevoir un rapport de 200 pages contenant les résultats de l'enquête menée depuis 2007, à l'initiative des autorités rwandaises, par sept enquêteurs dirigés par Jean Mutsinzi, président de la Cour africaine des droits de l'homme et des peuples et ancien président de la Cour suprême du Rwanda. Ce document devrait, selon les autorités de Kigali, inciter les magistrats français à reprendre l'enquête.

Durant longtemps, le Rwanda s'est montré peu curieux sur les circonstances de l'attentat, tout en réclamant une enquête de l'Organisation internationale de l'aviation civile, tandis que l'ONU assurait n'avoir pas de budget pour réaliser la sienne. Au moment des faits, les témoignages mettaient en cause les extrémistes hutus, auteurs du génocide. Par la suite, les accusations bifurquèrent sur Paul Kagame, le chef du Front patriotique rwandais (FPR). Selon cette thèse, il aurait, tout en sachant les préparatifs du génocide, déclenché cyniquement le processus pour prendre le pouvoir, qu'il détient toujours.

Le caractère explosif de ces accusations a finalement amené les autorités rwandaises à mener leurs propres investigations. Si leur rapport, dont nous avons eu connaissance, est plus sujet à caution qu'une enquête internationale indépendante, il n'en représente pas moins une contribution incontournable. En effet, les enquêteurs ont consulté les archives des différents services de l'Etat et de l'armée et auditionné 557 témoins militaires et civils. Leurs récits, qui n'avaient pas été recueillis jusqu'ici, ont été mis en parallèle avec d'autres informations de première main rassemblées par les Belges au lendemain de l'événement.

Le rapport prend le contre-pied de la version française selon laquelle le FPR aurait, lui, été doté de missiles mais ne se prononce pas de manière précise sur les auteurs présumés des tirs. La version que nous avons lue ne met pas en cause d'éventuels intervenants français. Ignorance réelle ou omission diplomatique? Le document se limite à affirmer que des «hommes blancs» se trouvaient sur la colline de Masaka et que, sur cette route, au km 19, des militaires français étaient en observation.

Le document examine encore les hypothèses formulées à propos de l'enregistreur de voix se trouvant dans l'avion. Il apparaît que le Falcon 50 était bien équipé d'une «boîte noire» et que ce sont des officiers français qui la recueillirent sur l'épave immédiatement après le crash, alors même que les officiers belges étaient tenus à distance.

La version rwandaise des faits conclut à la responsabilité du colonel Théoneste Bagosora et des FAR dans l'attentat. Elle relancera certainement controverses et questions mais représente, à ce jour, la synthèse la plus complète des événements.
COLETTE BRAECKMAN

jeudi 07 janvier 2010, 10:47

© Copyright Le Soir

Document à consulter: le rapport Mutsinzi

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