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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Cinquantenaire du Congo

22 Mars 2010 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Histoire - politique

Les Coulisses n°213

Les raisons qui ont poussé Cléophas Kamitatu à proposer l’indépendance au 30 juin 1960

« Je n’ai pas compris pourquoi les Congolais ont exigé de fixer la date de l’indépendance du Congo avant toute discussion sur le passage du régime colonial à celui d’un Etat indépendant ». Etienne Davignon, stagiaire belge à la Table ronde s’exprime ainsi dans le Vif/l’Express du 29 janvier 2010 (pp. 29-30).

En effet, paradoxal que cela puisse paraître, les Belges ont accordé l’indépendance au Congo sans période d’autonomie. Toutefois, l’explication est simple. Cléophas Kamitatu, leader du Parti Solidaire africain (P.S.A.), fut informé par ses conseillers belges de l’éventualité d’une balkanisation du Congo, d’une sécession programmée par les milieux d’affaires belgo – américains. Il fallait parer au plus pressé de la sorte, on déjouait le plan de la sécession du Katanga et du Sud Kasaï. Animal politique et fin orateur, Cléophas Kamitatu imposa aux autres Congolais la date du 30 juin 1960.

Il sied de rappeler que le couple belge Anne Evrard (avocate) et Guy Spitacls furent des Conseillers de PSA de Gizenga et Kamitatu, des catholiques).

 

Albert Kalonji infiltré dans le MNC par les lobbies américains ?

La balkanisation du Congo était prévisible et inévitable. En octobre 1958, Albert Kalonji qui appartient déjà à l’ordre de la Rose Croix, infiltre Lumumba en adhérant à son parti, le Mouvement national Congolais (MNC), parti fondé par Patrice Lumumba et Joseph Iléo.

En août 1959, le MNC connaît la scission en aile Lumumba (MNC/L) et aile Kalonji (MNC/K).

« Nous étions devenus des adversaires politiques : lui était unitariste, moi, fédéraliste allié à Kasa Vubu (…) Dès que Lumumba a mis pied à Bruxelles, on n’a plus parlé de moi ! Il y en avait que pour lui. Toutes les déclarations de la Table ronde devenaient siennes … », déclare Albert Kalonji dans l’interview du 30 janvier 2010.

Lorsque Patrice Lumumba, informé du projet de Kalonji et Tshombe de faire sécession, forme son gouvernement, il exclut Albert Kalonji et lui propose d’être le représentant du Congo à l’ONU. Albert Kalonji refuse, tout comme il rejettera le poste de portefeuille de l’Agriculture.

Le 30 juin 1960, Albert Kalonji boycotte la fête de l’indépendance, reste chez lui en sablant du champagne.

Le 9 août 1960, au moment où l’ONU adopte la 3ème Résolution sur le Congo pour l’entrée des troupes de l’ONU au Katanga mais retardée par le Secrétaire adjoint de l’ONU, l’Américain Ralph Bunche, Albert Kalonji proclame l’indépendance du Sud Kasaï avec Bakwanga comme capitale, avec un gouvernement provisoire en exil installé à Elisabethville. Il devient le Président de l’Etat autonome du Sud Kasaï, Albert 1er puis Mulopwe du Royaume fédéré du Sud Kasaï.

Albert Kalonji fut le compagnon de voyage de Moïse Tshombe au cours de son périple américain, à la veille de l’indépendance. Ce périple fut déterminant dans les deux sécessions de 1960.

 

Kalonji et Tshombe proclament la sécession pour le compte de la finance américaine

La sécession de la « Province minière du Sud-Kasaï » intéressait la région de la province du Kasaï où l’importante société capitaliste belge, la Forminière (Société Internationale Forestière et Minière du Congo) exploitait les plus importantes mines de diamants du monde (1).

La Forminière est la sœur de l’Union Minière du Haut Katanga, des capitaux américains (Ryan et Guggenheim à 25% dans sa constitution).

C’est dans les bâtiments même de la Forminière à Bakwanga que Albert Kalonji avait installé son gouvernement et ce sont les chèques régulièrement tirés par la Forminière qui couvraient ses dépenses d’administration et autres.

Le Mulopwe le précise dans l’entretien avec Olivier Rogeau (le Vif/l'Express p.31) : « La Forminière (…) m’a recommandé auprès du patron de l’Union Minière. J’ai reçu des avances sur impôt. Ce qui m’a conduit à créer un Etat autonome. Avec cet argent, mes 2 conseillers militaires belges ont acheté des armes en Europe pour équiper une 1ère compagnie. (…) Finalement l’ONU m’a fourni des armes de ses stocks de la base de Kamina ».

La visite des Américains en janvier 1959 après les émeutes du 4 janvier fut déterminante pour l’avenir du Congo. La présence de David Rockefeller à Inga, moteur et ancien président du Council on Foreign Relations (CFR), institution privée la plus influente en matière de relations économiques internationales qui dirige en coulisses la politique étrangère des Etats-Unis, fondateur du Cercle Belderberg regroupant les plus grosses sociétés de l’économie et de la finance, responsables de l’armée et des services secrets, devait sonner le glas de la survie du Congo en tant qu’Etat.

Le Chicago Tribune, cité par l’Essor du Congo du 5 septembre 1960 écrivait : « Si le Congo est important pour la cause occidentale, et si une tête de pont soviétique est dangereuse dans le centre de l’Afrique pour les intérêts américains, alors nous ne devons pas perdre de temps à décider qui sont nos amis et qui sont nos ennemis au Congo … »

Cinquante années après, quelles leçons devrions-nous tirer de cette pénétration américaine au Congo ?

Nicaise Kibel’Bel Oka

 

 

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