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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Bosco Ntaganda pour les nuls

4 Avril 2012 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Biographies

Source: Direct!CD

(Direct.cd / Kinshasa) Jamais un sans deux. Thomas Lubanga condamné par la CPI, il parait plus « convenable » d’en faire de même pour son « ami », Bosco Ntaganda. Sauf que le cas du « Terminator » dépasse les entendements, mêmes chez les avertis. Direct.cd vous amène au cœur du dossier.

Origines et ascension. Né en 1974 dans la région de Bigogwe au Rwanda, Ntaganda déménage, enfant, à Masisi (Nyamitaba). En 1990, à l’âge de 17 ans, il rejoint l’armée tutsie de Kagame pour envahir, au départ de l’Ouganda, le Rwanda dirigé par la majorité hutue depuis plus de 30 ans. Ils occupent le nord du pays. Quatre ans et un génocide plus tard, ils s’emparent du pouvoir au Rwanda.

En 1996, l’armée rwandaise envahit le Congo qu’elle conquiert avec l’aide de Laurent Désiré Kabila. Au moment où Kabila père n’écoute plus suffisamment Kagame, les Rwandais lancent, au départ de l’est du Congo, une nouvelle guerre avec leur propre armée et toutes sortes de milices « locales », au sein desquelles le rôle tenu par Ntaganda ne cesse de s’amplifier. En 2008, il succède à Laurent Nkunda comme numéro deux du CNDP.

Les enjeux. Ntaganda est le maillon entre Kabila et le Président rwandais Paul Kagame. « Le mariage de raison conclu fin 2009 entre Kabila et Kagame repose sur Ntaganda », nous confie Kris Berwouts, expert du Congo.

Selon les termes de l’accord conclu entre Kagame et Kabila en 2009, le CNDP est intégré à l’armée congolaise. « D’aucuns prétendent que c’est l’armée congolaise qui est intégrée au CNDP » poursuit Kris Berwouts.  « Le fait est que le CNDP contrôle à présent tant le nord que le sud du Kivu. Jamais à ce jour, il n’a été puissant. », affime-t-il.

L’accord prévoit de même que l’armée congolaise pourchassera dorénavant les FDLR (Forces Démocratiques pour la Libéralisation du Rwanda), reliquats de la milice fondée par les organisateurs du génocide rwandais et ennemi héréditaire de Kagame. Ce dernier dispose ainsi, en quelque sorte, d’une armée congolaise dans le Nord-Kivu, tout autant à ses ordres qu’à ceux de Kabila.

Kabila y gagne, lui ? Cet accord lui garantit l’incarcération au Rwanda du leader du CNDP, Laurent Nkunda, qui avait menacé d’envahir l’ensemble du Congo. Après l’arrestation de ce dernier, Ntaganda devient, en tant que leader du CNDP, général dans l’armée congolaise et partant…, l’homme le plus puissant du Nord-Kivu.

« L’arrestation de Nkunda a suscité le mécontentement d’une partie du CNDP qui n’entendait pas laisser tomber son leader charismatique », explique encore Kris Berwouts. « Cette aile pro-Nkunda qui continue d’exister, Ntaganda doit s’efforcer de la satisfaire. Elle constitue de même une menace pour Kagame, alors que l’élite tutsie s’effrite et que des hommes forts, tels que l’ancien chef d’état-major de l’armée, Kayumba Nyamwasa, et l’ex-patron du renseignement rwandais, Patrick Karegeya, se détournent de Kagame, en 2010, pour rechercher un soutien au Congo en vue d’attaquer ce dernier. ».  Quelqu’un comme Ntaganda, qui contrôle le CNDP, s’avère dès lors un pion essentiel pour Kagame.

Pour Kabila aussi, Ntaganda s’avère cependant d’une grande utilité. Écoutons Kris Berwouts : « Avec le CNDP, Kabila a mis dans sa poche la seule puissance qui lui permettait de stabiliser quelque peu l’est du Congo, tout en servant ses intérêts électoraux. Ainsi, durant les élections, seul Kabila a pu mener campagne dans les territoires aux mains du CNDP. ».  Joseph Kabila ayant comme ami, mais surtout redoutable ennemi Paule Kagame, un Ntaganda rodant dans la cour “Kigalienne” est d’une utilité “princière” pour le président de la RDC.

Toutefois, le CNDP est resté un État dans l’État, il a instauré sa propre administration à Masisi et est aujourd’hui perçu par une grande majorité de la population plutôt comme une menace que comme une protection, et cela, ce n’était pas vraiment prévu au programme.

Ntaganda veille, par conséquent, aux intérêts tant de Kagame que de Kabila. C’est ce qui explique pourquoi en 2009, il est devenu général de l’armée congolaise, alors même que la Cour pénale internationale avait lancé, trois ans auparavant, un mandat d’arrêt contre lui pour crimes contre l’humanité dont, en première instance, l’enrôlement d’enfants-soldats.

L’ONU recherche également Ntaganda pour sa responsabilité militaire dans le massacre de Kiwanja (2008), qui a coûté la vie à 150 personnes au moins. « L’État congolais, partie à la Cour pénale internationale, a l’obligation de collaborer avec nous à l’arrestation de Ntaganda. À l’instar de ce qui s’est passé avec Thomas Lubanga », nous confie Sonia Robla, porte-parole de la Cour pénale internationale.

Bientôt arrêté ? Déjà en Ituri, quelques années plus tôt, Bosco Ntaganda était l’adjoint de Thomas Lubanga à la tête de la milice UPC.

La justice a rattrapé Thomas Lubanga qui vient d’être déclaré coupable, mais la Cour pénale internationale attend toujours que les autorités congolaises livrent son coaccusé.

« Il est temps de l’arrêter », soulignait le procureur de la Cour. D’après ses collaborateurs, Luis Moreno Ocampo compte se rendre lui même à Kinshasa d’ici la fin de son mandat en juin pour exiger l’arrestation de Bosco Ntaganda.

Le procureur de la CPI annonce aussi qu’il va demander qu’un deuxième mandat d’arrêt soit délivré contre Bosco Ntaganda. Après huit ans d’enquête sur la RDC, il pense disposer maintenant assez d’éléments pour le poursuivre aussi pour meurtre et pour viol.

Et même si, Didier Reynders, vice-premier ministre et ministre des Affaires Etrangères Belge,  aurait déclaré aux médias belges que le transfèrement éventuel de Bosco Ntaganda à la CPI avait été abordé lors de ses discussions avec les autorités congolaises, les autorités mêmes refusent obstinément (d’arrêter Ntaganda) pour le transférer à la CPI, faute de pouvoir le juger, prétextant des raisons d’ordre politique tout à fait éhontées, que dénoncent 21 ONG du Nord-Kivu dans un communiqué reçu vendredi.

En conclusion. C’est là la énième illustration de ce que représente le « régime » au Nord-Kivu. Dans l’optique de défendre leurs intérêts, Kagame et Kabila ont conclu un accord mis en pratique par Ntaganda. Ce deal apporte une tranquillité toute relative et parfois véritablement violente, tourne en dérision l’État de droit, fait fi des traités internationaux et entrave la reconstruction de la région. À l’exception de l’opulence au Rwanda et dans les royaumes mafieux. Une question reste cependant posée : « Puisque Ntanga semble si puissant dans son Kivu natal, le gouvernement congolais dispose-t-il de moyens pour l’arrêter par la force ? ». Rien n’est moins sûr.

En entendant, malheur aux victimes et activistes des droits de l’homme qui doivent en souffrir, au prix de la paix et de la stabilité apparente du puzzle Kivutien.

La Rédaction Direct.cd, avec le concours de Stefano Valentino, John Vandaele et Anneke Verbraeken du Mondiaal  Nieuws (http://www.mo.be)

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