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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Belgique-Zaïre: 1 franc belge investi au Zaïre retournait 4 francs belges

25 Avril 2010 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Actualités

Les Coulisses n°214

Coopération belgo – zaïroise

1 franc belge investi au Zaïre retourne 4 francs belges

Le 11 décembre 1988, une délégation zaïroise composée de Me Kamanda wa Kamanda, Me Nimy Mayidika Ngimbi et du prof. Mpinga Kasenda (paix en son âme) s’est rendue à Bruxelles (Belgique) pour clarifier deux points essentiels. Un, le Zaïre de Mobutu renonçait à partir du 1er janvier 1989 à l’assistance publique de la Belgique.

Deux, prouver que la coopération belge pour le Zaïre profitait plus à la Belgique qu’aux populations démunies du Zaïre.

La polémique a eu lieu lors de la visite à Kinshasa du Premier Ministre belge, Wilfried Martens qui avait promis la remise de la dette du Zaïre. Ce qui avait poussé certains milieux politiques belges de cracher sur le président Mobutu.

La délégation zaïroise conduite par Me Kamanda wa Kamanda venue pour effacer le mensonge et la falsification sur la coopération belgo – zaïroise avait, en face d’elle, 5 journalistes belges spécialistes du Zaïre (Collette Braeckman – Le Soir, Paul Gruselin, Grossens, Frans Verleyen – Knack et Jean-François Bastin – RTBF)

La portée historique dudit débat a échappé à de nombreux Congolais alors que le message apporté par la délégation zaïroise appelle jusqu’à ce jour qu’on y réfléchisse. Les hauts cadres du MPR avaient révélé certaines vérités sur la fameuse coopération et sur la dépendance de nos dirigeants face à la Métropole. La marche de colère n’a pas suffi.

A ce jour, personne n’a jamais cherché à comprendre, mieux à redéfinir les contours de la coopération, de cette assistance publique qui profite plus aux pays donateurs qu’aux populations démunies des pays en développement. Si 1 franc Belge (1FB) investi au Zaïre produit 4 FB à la Belgique, l’on peut se demander ce que produisent en retour des millions de dollars U$ de la Mission des Nations Unies au Congo (Monuc) et qui en bénéficient réellement.

La descente en enfer du Zaïre de Mobutu a commencé réellement en cette année 1988 dès lors que certains milieux politico – financiers belges avaient qualifié le renoncement à l’assistance publique de la Belgique comme une offense faite au roi des Belges.

Pour punir Mobutu singulièrement le peuple zaïrois, il y eut en 1991 le fameux « Lititi mboka » ayant conduit au massacre des étudiants de l’Université de Lubumbashi, qui aurait fait, selon le Consul belge plus de 350 morts.

Aux funérailles du roi des Belges, Baudouin Ier, la Belgique refusa à Mobutu l’invitation d’y assister. Léon Moukanda Lunyama, patron du journal Umoja fut le seul zaïrois invité depuis Kinshasa à assister aux obsèques du roi des Belges.

Comme le rappelle Me Kamanda wa Kamanda, c’est une Belgique rancunière aux relents racistes qui regarde la RDCongo comme un bien qui lui échappe.

La Rédaction du journal Les Coulisses, en retranscrivant ce débat, voudrait montrer comment l’ancienne puissance coloniale tient nos dirigeants du bout du nez et appeler les Congolais à réfléchir sur les aides qui nous tombent de partout depuis les différentes coopérations bilatérales, en passant par les ONG qui pullulent au Kivu jusqu’aux gesticulations de la Banque mondiale et/ou du Fonds monétaire International.

 

Cinquantenaire de l’indépendance

En 1988, l’assistance publique belge profitait plus à la Belgique qu’au Zaïre. Qu’en est-il du Congo de Kabila ?

1988. Le Premier ministre Belge Wilfried Martens propose l’allègement de la dette du Zaïre. Certains milieux en Belgique en font un motif de désinformation alléguant que les dirigeants Zaïrois détournent l’argent de la coopération belge. Mobutu envoie une équipe pour prouver que, de cette coopération, c’est la Belgique qui gagne et non le Zaïre et rompt ladite coopération. Découvrons les tristes réalités de la coopération.

Me Kamanda wa Kamanda : Le problème de la remise de la dette est clos. Le Zaïre renonce sur la remise de la dette à partir du 1er janvier 1989. Nous renonçons à l’assistance publique de la Belgique. Car, l’argent du contribuable belge envoyé aux populations démunies du Zaïre ne leur parvient pas. Cette coopération « profite plus au Zaïre qu’à la Belgique ». Elle est sans contre partie aucune pour la Belgique.

Nous sommes venus effacer ce mensonge, cette falsification sur la coopération belgo – zaïroise. Notre délégation est venue tirer cette situation au clair. En 23 ans, combien de milliards de FB ont été envoyés au Zaïre, pour les 35 millions de zaïroise et détournés par le président Mobutu ?

                                                            

Colette Braeckman : En Belgique, personne n’a écrit tout cela.

 

Me Nimy Mayidika Ngimbi : Il ne faut pas éluder le vrai problème qui se pose entre nous dans le domaine de la coopération. Le point fondamental de divergence dans la conception de la coopération entre la Belgique et le Zaïre doit être éclairé notamment.

 

Paul Gruselin : Pour 1 FB investi dans la coopération, il rentre 4 FB en Belgique. La volonté du gouvernement belge est que la coopération au développement profite directement aux populations du Zaïre. Les journaux ont vu des routes défoncées, des hôpitaux sans médicaments au Zaïre.

Que devient l’ensemble de cet argent de la coopération belge quand il y a un Zaïre à 2 vitesses. La population zaïroise est en situation pire que sous le régime colonial.

 

Kamanda wa Kamanda : Les 5 milliards de FB restent dans vos banques en Belgique et profitent dans la propension de vos entreprises en Belgique.

Les mécanismes mis en place établissent de façon incontestable que ces fonds restent dans les banques de votre pays.

Les fournisseurs, avec l’autorisation des institutions bancaires, ne le reçoivent qu’à partir du lieu où l’argent est logé. Il n’y a pas un seul franc belge liquide qui quitte la Belgique pour le Zaïre.

Dans le cadre de dons, ils se répartissent en 3 catégories (assistance technique, paiement des coopérants (66%) et assistance en capital). L’argent reste en Belgique car même la nourriture de vos coopérants vient de la Belgique. Effectivement comme l’avait dit un de vos ministres, 1 FB investi au Zaïre, retourne 4 FB en Belgique.

 

Nimy Mayidika Ngimbi : Vous parlez de ces routes défoncées, des écoles mal entretenues. Mais prenons l’exemple du secteur de la Santé publique.

87 à 91 milliards de FB. 14% soit 480 millions FB. La moitié (220 millions FB) va aux coopérants belges.

Dans le secteur de l’eau potable (l’eau, ce bien le plus précieux). La Belgique a accordé à la Regideso 670 millions FB mais par un jeu vicieux de fournitures, de commande des équipements, de colorant, des coopérants … la Regideso paie à la Belgique 2 milliards FB. C’est-à-dire  1FB rapporte 3,77 FB en monnaie sonnante et trébuchante. Conséquence : cette population démunie du Zaïre ne sait pas faire face à toutes ses dépenses d’eau potable parce que les prix sont opérés par le mécanisme de la coopération.

 

Colette Braeckman : La Coopération belge a versé en 86 et 87 un montant de 700 millions FB pour les PME via la SOFIDE. Opération critiquée par l’inspecteur des finances pour le caractère inadéquat de ce type de coopération par rapport à la situation actuelle au Zaïre. Cet argent a été distribué à qui ?

 

Kamanda wa Kamanda : Il existe un problème avec ces entreprises qui en bénéficient. Généralement, ce montant vous paraît énorme mais par rapport aux besoins réels de ces entreprises qui ne sont pas correctement évalués, ils sont en deçà de leurs besoins.

Tous les experts de la coopération peuvent vous le dire. De là peut provenir le fait que ce qu’on reçoit ne se réalise pas parce que mal évalué.

Nous avons des exemples qui montrent l’importance des sommes qui partent du Zaïre vers la Belgique.

  1. En 1973, les sociétés belges n’avaient pas soumissionné pour Inga II. Un groupe Franco – Allemand remporte le marché. Alors que tout avait été consommé, le ministre belge de la coopération vient à Kinshasa pour apporter le message du Roi des Belges au président Mobutu demandant d’accorder à la Belgique ce marché. Ce qui fut fait. A combien de millions évaluez-vous cela ? Cela représentait 30 millions d’heures de travail.
  2. Le Zaïre avait lancé un appel d’offre pour notre bief maritime à Matadi pour la construction d’une drague. Cette fois, la Belgique avait soumissionné mais les Hollandais avaient gagné le marché. Encore un message du Roi des Belges. Notre Chef de l’Etat a donné satisfaction. Nous avons été traînés en justice à Genève et avons été condamnés. Les relations privilégiées, voilà notre bonne foi.

Que la Belgique en profite, on est très d’accord.

 

Frans Verleyen : En Belgique, on admet que la colonisation du Congo n’était pas normale. Mais, le système Zaïrois, c’est la dictature, la corruption.

L’incident sur la discussion de la dette avec la fortune personnelle du Président fondateur (40 à 100 milliards $). Cet argent logé à l’étranger et dont on ne connaît pas l’origine est d’une valeur macro – économique.

 

Mpinga Kasenda : Ce genre de raisonnement cache le relent de colonisation et le racisme. Est-ce que cet enrichissement vient de l’argent belge ? Est-ce que tous vos dirigeants sont pauvres ? Tous les Belges ont-ils le même niveau de vie ?

Un directeur d’une société belge au Zaïre gagne 146,42 mille Zaïre + 179,288 FB = 1,5 million Zaïre alors que son collègue zaïrois a le 1/5.

 

Kamanda wa Kamanda : Nous sommes venus clarifier la coopération. Où se trouve le malaise et où est le fond du problème ?

La Belgique ne s’est jamais réellement faite à l’idée que son ancienne colonie est devenue souveraine et indépendante.

Treize (13) jours seulement avant l’indépendance, vous avez violé les accords de la Table Ronde et vous avez fait voter au Parlement une loi qui a fait échapper à l’économie zaïroise l’ensemble de grandes sociétés importantes du Zaïre.

Les descendants des colons, en réalité, n’ayant pas accepté l’indépendance du Congo, en veulent à Mobutu parce qu’il a nationalisé l’Union Minière du Haut Katanga (UMHK) et il a zaïrianisé. Tout part de là. Voilà le malaise.

 

Paul Grusselin : Les investisseurs zaïrois devraient rapatrier leurs avoirs. Par rapport au budget du Zaïre, la dotation de Mobutu est de l’ordre de 12 à 15% et celle de la santé publique de 2 à 4%.

 

Nimy Mayidika Ngimbi : Le problème vous gêne. Vous n’avez pas de réponse à 2 questions : l’argent de vos contribuables est-il détourné au Zaïre ?

Aucun FB de contribuable belge n’atteint les escarcelles des zaïrois, ni n’est détourné par le Zaïre. Deux, la coopération belge profite plus à la Belgique qu’au Zaïre.

 

Colette Braeckman : Je prends acte des relations privilégiées entre la Belgique et le Zaïre.

 

Kamanda wa Kamanda : On a mis fin au caractère privilégié. Concrètement, vous nous traitez comme n’importe quel pays africain et nous vous traitons comme n’importe quel pays européen.

 

Jean-François Bastin (RTBF) : La corruption dont a parlé votre président ? Je dis que le Zaïre est dans un état social donné où les riches s’enrichissent, les pauvres s’appauvrissent. C’est vrai, la Société Générale a pillé. C’est vrai, l’argent revient du Zaïre. Ce n’est pas du racisme !

 

Kamanda wa Kamanda : Il existe une autre manière d’être raciste. Après l’indépendance d’un jeune pays qui a ses difficultés, vous vous évertuez à monter des campagnes de dénigrement pour gêner cette jeune nation. Mais la situation des ressortissants zaïrois en Belgique dont les droits sont bafoués (arrestation, incarcération des mineurs, trop longue détention, violation de domiciles des diplomates zaïrois par la police belge …).

 

Mpinga Kasenda : Mais, parlez aussi de ce qui va au Zaïre. Dans le dictionnaire de votre langue maternelle, le mot « corruption » est en kikongo, lingala, swahili ou en ciluba ?

 

Nimy Mayidika Ngimbi : Vous avez peur d’aborder le débat. Vous entretenez un flou artistique sur la nature de la coopération entre la Belgique et le Zaïre. Considérez comme acquis de votre part, désormais l’opinion publique sait que le Zaïre ne détourne pas l’argent de la coopération. Deux, dans cette coopération, c’est la Belgique qui gagne et non le Zaïre.

La Belgique a proposé l’allègement de la dette au Zaïre et la coopération devient un motif de désinformation.

 

Jean-François Bastin (RTBF) : On est d’accord. La Belgique a une dette morale à l’égard du Zaïre.

Retranscription et recodage

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Archives du journal Les Coulisses

 

 

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