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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Autour de NKB: le diable se cacherait-il dans les détails??

11 Avril 2010 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Liberté de la presse

 Notre confrère NKB se prend-il pour Kagame en personne (lire l'article)? Sinon comment pourrait-il savoir que Kagame se fout de ceux qui l'insultent! Ce n'est pourtant pas l'image que Kagame a donné ces derniers jours: visiblement il a été flatté d'être appelé "Hitler"! Toutefois en matière d'insultes et de gros mots Kagame est toujours le premier à donner le ton par exemple en traitant les FDU de hooligans (bien que ce ne fut là qu'une accusation en miroir). Donner une leçon de journalisme après un titre comme celui de NKB, sans au moins rapporter une seule parole du concerné, sans même le justifier, revient à faire comme ces profs d'anglais rwandais qui donnent des leçons d'anglais sans connaître la langue! (E. Shimamungu). Voici une réaction d'un lecteur.


 

NKB : un site intelligent de propagande pro-FPR 

 

Comme on dit : le diable se cache dans les détails. Je lis les articles de NKB. Globalement, ils donnent l’impression de neutralité sur le Rwanda d’aujourd’hui. Sa rubrique audio, aussi.

 

Je viens néanmoins de découvrir qu’à la longue et à force de petits détails, le site apparaît comme étant dédié à la « propagande intelligente » de l’idéologie du régime FPR. Contrairement aux organes de presse officiels, à la presse écrite et audio-visuelle privée rwandaise, aux sites internets rangés de manière grossière dans le camp pro-gouvernemental, et qui, pour cela, ne trompent personne, NKB est subtil. Il s’inscrit dans la place110703bfameuse tradition rwandaise d’ « ubwenge » : on adopte un ton conciliant, si possible on tape sur les deux camps. Mais à la fin on défend un camp.

 

Ceci est illustré par sa dernière publication sous le titre : « Avril 94 : ce n’est pas la même mort » (lire l'article). Partant d’une messe au Sénégal (à laquelle peu de rwandais ont assisté) l’auteur de l’article parvient, « anodinement », à défendre la thèse selon laquelle les victimes hutues de ces presque vingt dernières années ne méritent pas d’être reconnues au même titre que les victimes tutsies. L’  « ubwenge » réside dans la capacité de NKB à partir d’un récit ou d’une fable pour construire une vérité épousant la vision du régime du FPR et de l’organisation Ibuka.  Rappelons que pour avoir oser parler des victimes hutues, cela vaut aujourd’hui à Madame Victoire Ingabire Umuhoza des poursuites politiques baptisées policières et judiciaires.

 

Voici la fable. Il paraît qu’un « prêtre sénégalais voyageur », ayant parcouru dernièrement le Rwanda, et découvert le cimetière des chinois morts en construisant la route Kigali-Cyanika, ait dans son sermon de commémoration du 7 avril 2010, prononcé une parole quasi prophétique : « ce n’est pas la même mort », en comparaison avec « l’horreur des massacres du printemps 1994 ». Même extravagant, voire raciste -pourquoi ne pas se moquer des cimetières où reposent les rwandais ? – le propos condamnable du prêtre permet à NKB de défendre la thèse selon laquelle les victimes hutues n’ont pas le même statut que les victimes tutsies et que pour ce faire, ceux qui veulent honorer leur mémoire devraient accepter « le 7 avril consensuel » (c’est-à-dire se taire) comme date du souvenir des leurs ; ou aller se faire voir « ailleurs ». Un comble pour quiconque sait que, aussi bien lors de sa marche vers la conquête du pouvoir par les armes à aujourd’hui, la branche armée du FPR ne s’est pas privé de massacrer des hutus. Que cela ne ce soit pas globalement passé dans les mêmes conditions que pour les victimes tutsies (certains massacres des hutus furent de la même trempe que les massacres des tutsis) ne change pas la nature des massacres.

 

Plus loin, NKB ose une comparaison osée. Il écrit : « Imaginez que l’on se souvienne non pas de l’esclavage des négro-africains mais de toutes les formes d’esclavage depuis la nuit des temps jusqu’à nos jours. Le message serait dilué et il n’y aurait plus de souvenir du tout ». Imaginez, qu’avant les négriers, des africains aient affrété des bateaux pour aller cueillir des esclaves sur les côtes de l’Europe. Imaginez qu’ils aient pu pendant quelques décennies emmener des blancs en Afrique pour les réduire à l’esclavage avant que, vaincus pas les européens, les africains ne soient soumis à leur tour à l’esclavage ! L’histoire des négro-africains ne serait pas la même.

NKB, osez encore plus et imaginez que voyant l’instauration du racisme dont l’antisémitisme comme doctrine d’Etat dans les années 1930 (1933) par le nazisme, une organisation juive ou gitane, basée en dehors de l’Allemagne se soit lancée dans une lutte armée pour chasser Hitler et prendre le pouvoir, disons dès 1933. Cela n’aurait peut-être pas empêché Hitler de massacrer les juifs et les gitans. Mais l’Histoire d’aujourd’hui ne serait pas la même. Si par-dessus le marché l’organisation des juifs ou des gitans s’était rendue coupable de massacres d’allemands, avant et après sa « victoire », l’Histoire ne serait pas du tout la même. L’acceptation actuelle de l’Histoire des négro-africains, tout comme celle des juifs et des gitans, part d’un postulat : des puissances financières ou étatiques, en dehors de tout conflit armé interne ou externe, ont pris des décisions de réduire des populations en esclavage ou de les exterminer. Le Rwanda n’entre pas dans ce cas de figure.

 

NKB, la prochaine fois dites au prêtre sénégalais - que pense-t-il du conflit dans la Casamance ? - On voit mieux la poutre qui est dans l’œil de l’autre n’est-ce pas ? - d’appliquer cette dernière fable au cas du Rwanda. Il est fort à parier qu’il aura de la compassion humaine envers, les survivants hutus de Byumba et d’ailleurs, qui, tout en reconnaissant le crime envers les tutsis, demandent que les leurs, coupables de rien d’autre que d’être des hutus sur la route du FPR, soient reconnus au même titre que d’autres rwandais.

 

A.Kamaliza

 

 

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