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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Au-delà de la décision de la CPI de relâcher Callixte Mbarushimana

17 Décembre 2011 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Newsletters

Billet d'humeur d'Eugène Shimamungu (Newsletter n°37)

La décriminalisation des FDLR par la CPI peut-elle faire jurisprudence ?

En fin de semaine, pendant que Paul Kagame était en train de célébrer sa grand’messe d’ « Umushyikirano », un drôle de dialogue rwandais, qui n’est en fait qu’un monologue de Paul Kagame applaudi par sesKagame2.jpg thuriféraires qui ont peur de poser les bonnes questions, le sol a semblé se dérober sous les pieds du dictateur. Dans la même semaine le TPIR a libéré Anatole Nsengiyumva dans le procès Militaires I, et accordé une réduction de peine à Bagosora qui n’est plus accusé d’entente en vue de commettre un génocide. Dans le même temps, une autre bonne nouvelle, mauvaise sans doute pour Paul Kagame, vient de la CPI : la chambre I a refusé de confirmer les charges contre Callixte Mbarushimana et a ordonné sa remise en liberté. La honte pour le Procureur Moreno Ocampo et la gueule de bois pour Paul Kagame !

C’est Paul Kagame lui-même qui avait senti l’ouragan venir ! Pendant l’Umushyikirano, après avoir fustigé de plus belle les « étrangers » (entendons par là l'Américaine Susan Rice) qui lui donnent des leçons de démocratie, s’était plaint de la tournure des événements au TPIR, que le procès Bagosora avait duré trop longtemps (17 ans selon lui) pour accoucher de piètres résultats. Ici il faut comprendre « des résultats qui ne lui satisfont pas ». Car depuis que la thèse de « cerveau du génocide »  a fait « pschitt !», le Tribunal n’a pas trouvé de « planificateur du génocide » et s’est contenté de travailler sur les bases d’un « génocide de notoriété publique »,  un génocide de propagande en somme, qui n’est pas prouvé dans les faits au-delà de tout soupçon, médiatisé par la presse.  Ce qui revient à la minimisation voire à la négation par le même Tribunal des actes de génocide commis dans la période d’avril à juillet 1994.  La thèse du « cerveau du génocide » appuyée par les experts blancs menteurs de tout acabit,  qui a fait long feu et qui a du mal à s’estomper par ce jugement, a également  fait oublier que Bagosora était innocent avant d’avoir été jugé. La crainte de Paul Kagame, c’est que la justice risque de trouver dans son chef le véritable planificateur du génocide et se retourner contre lui pour lui demander des comptes.

Et voilà que la CPI vient d'émettre un communiqué de presse du 16/12/2011, selon lequel les charges contre Mbarushimana n’ont pas été confirmées et que la décision a été prise de sa remise en liberté: la chambre a motivé sa décision notamment par le fait qu’ « il n’y avait pas suffisamment d’éléments de preuve donnant des motifs substantiels de croire que Callixte Mbarushimana pouvait être tenu pénalement responsable » de crimes contre l’humanité portés contre lui par le Procureur. Et cerise sur le gâteau : « la Chambre a conclu qu’il n’existait pas de motifs substantiels de croire que des crimes contre l’humanité ont été commis par les troupes des FDLR » ! Tout ceci évidemment est susceptible d’appel de la part de l’Accusation ou de la Défense !


Quelle incidence sur les procès en cours, si cette décision est confirmée ?

Le procès phare est bien évidemment celui de Victoire Ingabire. Accusée notamment de complicité (avec les FDLR) terrorisme et d’idéologie du génocide, il n’y a aucun espoir que les juges rwandais dans les griffes de Kagame, tiennent compte de la décision de la CPI. Pas sûr non plus que l’accusation puisse se saisir de cette argumentation qui serait une arme à double tranchant, même si le pouvoir de Kagame collabore avec d’anciens FDLR dont le fameux Général Rwarakabije, l’actuel geôlier (directeur des prisons du Rwanda) de Victoire Ingabire dans sa prison « 1930 », pour réduire sinon anéantir la rébellion ! C’est dans ce sens également que le pouvoir a corrompu d’anciens ou faux FDLR pour témoigner contre Victoire Ingabire. En définitive cette collaboration du pouvoir de Kigali avec les FDLR corrobore à contresens la décision de la CPI. On pourrait même affirmer que la confusion entretenue par le pouvoir de Kigali à ce sujet a fini par décriminaliser les FDLR.

Un autre procès que tout le monde a oublié est attendu en Allemagne contre Ignace Murwanashyaka, président des FDLR et son collaborateur Straton Musoni. Les avocats de ceux-ci peuvent bien utiliser avec succès cette décision de la CPI et leurs clients pourraient bien se voir relâchés dans les prochains jours. Même si l’on peut penser que les responsabilités du Président qui connaissait bien  le terrain, ne sont pas les mêmes que celles de son Secrétaire Mbarushimana qui n’y a jamais mis les pieds.

Eugène Shimamungu

©www.editions-sources-du-nil.fr

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