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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Après près de 35 ans, l’Eglise catholique de Goma se voit libérée du fardeau de Mgr Ngabu

25 Avril 2010 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Ressources et environnement

Dimanche 11 avril 2010, Mgr Théo Kaboy Ruboneca a pris possession du diocèse de Goma en qualité d’ordinaire du diocèse de Goma. Il succède à Mgr Faustin Ngabu. La Rédaction du journal le félicite et lui prie de comprendre son service à travers ces lignes.

« L’Eglise de Goma condamne la violence sous toutes ses formes et non les hommes (par qui elle passe).

Et pour elle, tout homme qui encourage la guerre est un ennemi de la paix ». Ces propos nous ont été tenus par Mgr Faustin Ngabu dans le petit salon des prêtres de la paroisse Saint Esprit à Goma, à l’occasion de la Pâques 1999.

Mgr Faustin Ngabu, ordinaire de Goma et président de la Conférence épiscopale du Congo, ne condamnait pas les instruments et les acteurs de la violence mais la violence comme un fait absurde.

Abordant la question de commérage sur sa partialité supposée ou réelle et son penchant vers les Tutsi, Mgr Faustin Ngabu justifia cette accusation en ces termes : « du fait que le successeur du prédécesseur est venu d’ailleurs et non de l’Eglise locale, apparemment cela n’avait pas plu à certains extrémistes Hutu qui tenaient à voir succéder un des leurs. La tension venait des Belges qui avaient baptisé cette chefferie de Rutshuru de « chefferie de Bahutu. Cette dénomination était un venin dans la mesure où Rutshuru n’est pas habité par des Hutu. Ces extrémistes Hutu vont exciter certains jeunes hutu à ne pas entrer au séminaire ». (Les Coulisses n°67).

Sur recommandation de Mgr Faustin Ngabu, nous avions publié parallèlement un texte de l’abbé Emmanuel Rudacagora, curé de Saint Esprit.

L’abbé curé pose des questions sans détour : « l’Eglise catholique a-t-elle les mains propres ? Et les accusations portées sur elle et sur son pasteur en ce qui concerne les caches d’armes et des assaillants rwandais dans nos couvents ? L’Eglise de Goma est-elle pro Tutsi, pro rwandaise ? Contribue-t-elle vraiment à insécuriser la sous région ? »

Le curé de Saint Esprit qui joue au double de son évêque répond : « mes penchants, mes passions sont les vôtres, mon égoïsme est le vôtre. A vrai dire, qu’est-ce qu’on reproche à l’église et surtout à son pasteur ? D’avoir protégé indistinctement tous ceux qui étaient en danger de mort. Ne reproche-t-on pas à notre évêque d’avoir été une de rares voix qui se sont élevées pour condamner l’exclusion d’où qu’elle vienne ? »

Mgr Faustin Ngabu qui condamne la violence et non les hommes qui la produisent aurait-il la conscience chargée pour justifier l’injustifiable ? Sans nul doute.

De l’avis de nombreux observateurs, Mgr Faustin Ngabu a été, dans son double rôle de pyromane et de sapeur pompier, au centre des tensions et des conflits qui déchirent encore le Kivu et la région. Il a beaucoup nui à ses ouailles et à ses prêtres. Il a été complice des uns et des autres, selon que la situation évoluait, à la faveur de telle ou telle ethnie.

Des exemples étayent ses prises de position et ses actes. Les actes de Mgr Faustin Ngabu avaient cessé d’étonner beaucoup de personnes.

Par exemple, en mai 1998 (à quelques mois de la guerre du RCD), Mgr Faustin Ngabu a eu à témoigner contre un de ses prêtres hutu, l’abbé Valentin Nduwayezu, au sujet de ses relations avec ses frères hutu du Rwanda. L’abbé Valentin gardait à l’évêché de Goma des biens hérités de son frère Valas non autrement identifié. Il s’agit des ordinateurs et de deux véhicules Mercedes Benz, une voiture 190E et une jeep deux portières.

A l’entrée de l’AFDL, l’abbé Valentin est envoyé aux études aux Facultés catholiques par son évêque qui va, quelques années après, le dénoncer. Or, la jeep Mercedes sera gardée à l’évêché et le matériel informatique utilisé par l’évêché.

En décembre 2000, éclate le scandale de 4 prêtres qui, craignant pour leur mort, fuient vers Kinshasa. Mgr Faustin Ngabu déclenche une opération policière de chasse à l’homme avec le concours du RCD. Pour venger cette humiliation. Il s’agit des abbés Jérôme Ndalira (accusé par son évêque des activités avec les maï maï), Sylvain Kakule (accusé de ravitailler les maï maï), Maurice Baeni (accusé par son évêque d’inoculer la haine et le tribalisme dans ses homélies contre les Tutsi) et Guillaume Maene (accusé de trafiquer les documents confidentiels pour le compte du gouvernement de Kinshasa).

Dans le cas de l’abbé Valentin Nduwayezu comme dans celui de ses quatre prêtres, il se dégage deux constats amers. Primo, le prêtre se sent en insécurité auprès de son évêque qui le dénonce aux forces rebelles l’accusant d’anti-rébellion ou de collaboration avec l’ennemi. Il se pose également la problématique des rébellions impliquant la position de la hiérarchie de l’Eglise, souvent confuse et enclin au mensonge.

Secundo, toute chose restant égale par ailleurs, l’absence d’amour crée cette autre absence de dialogue et de pardon.

Tous ces faits et tant d’autres inconnus de nous justifient-ils toute cette littérature insalubre des fidèles et autres hommes de bonne volonté sur l’ex-ordinaire de Goma, à savoir qu’il a pris faits et causes pour le régime tutsi du Rwanda qu’il a servi en défaveur de ses ouailles ? Qu’il aurait fait autant avec le régime hutu rwandais avant ?

Mgr Faustin Ngabu quitte la vie active au service du Christ et de l’Eglise après plus de 30 ans d’engagement. Il pourrait se dire fier d’avoir rempli sa mission, son sacerdoce tout comme il pourrait se souvenir de tant de difficultés dans son service et prier, beaucoup prier pour se purifier : « il ne suffit pas de me dire : Seigneur, Seigneur ! Pour entrer dans le Royaume des cieux ; mais il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux ».

Paul rappelle que le sacerdoce est dignité et il est travail. A ce double titre, le sacerdoce et l’épiscopat (sacerdoce suprême) exigent que l’évêque soit irréprochable. Non sans doute qu’il doive ou puisse être sans péché, car il n’existe que deux catégories d’hommes qui ne font pas de péchés : les bébés et les fous. Non, il ne s’agit pas d’être un homme sans péché, mais il ne faut pas qu’il soit sous le pouvoir d’aucune faute habituelle qui lui enlève toute autorité et dignité, toute crédibilité et confiance, tout respect et considération. Il doit gouverner et reprendre ceux qui sont en faute. Mais comment pourrait-il le faire sans mensonge, et devant Dieu qu’il doit servir en vérité, si on peut lui rétorquer : « Médecin, guéris-toi toi-même (Luc 4, 23 ; Luc 6, 41-42)

Certaines personnes se poseront moult questions sur les motivations de cet article. Que gagne l’Eglise ? A ceux qui se sentent offusqués, qu’ils nous accordent leur pardon sincère. L’Eglise gagne à travers tout acte d’amour envers le prochain.

Comme son maître et Seigneur Jésus-Christ, le prêtre, l’évêque, le chef de la communauté doit être plein de bonté, de miséricorde, de prévenance, d’attention et d’amour pour les pécheurs, les faibles et tous ceux qui se sentent abîmés par le mal (2 Timothée 2, 25-26). Ce qu’on attend de lui, c’est d’être, pour Dieu, la bonne odeur du Christ parmi ceux qui se sauvent et parmi ceux qui se perdent. Car, le prêtre, l’évêque doit être une image vivante de Jésus-Christ et signe de communion.

Parce que « nous ne sommes pas des anges, nous avons un corps (sainte Thérèse d’Avila) ; parce que nous sommes tous pécheurs, nous sommes appelés à être purifiés lorsque nous sommes plongés et totalement immergés dans la mort du Christ (Romain 6, 1-13). Ce texte peut nous aider à repenser notre vie intérieure car personne ne peut tromper sa conscience.

Nicaise K. Oka

Les Coulisses n°214

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