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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Abdul Ruzibiza et ses contradictions

29 Octobre 2009 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Justice et Droits de l'homme

 

LES CONTRADICTIONS D’UN LIEUTENANT RWANDAIS

 

ABDUL RUZIBIZA, TÉMOIN, ACTEUR, FAUX-TÉMOIN

 

par Claudine Vidal

 

Abstract

On sait peu de choses sur les pratiques militaires des armées qui s’affrontèrent durant la guerre civile de 1990-1994 au Rwanda. Les sources de tous ordres, documents, rapports, témoignages, d’origines rwandaise, française ou belge sont pour l’essentiel inaccessibles. Et lorsqu’elles sont publiques, elles concernent principalement les Forces Armées Rwandaises. La pénurie documentaire est encore plus grande pour le cas de l’armée du Front Patriotique Rwandais. Un ancien militaire de cette armée a produit un document sur les pratiques combattantes de la guérilla et témoigné devant diverses juridictions. Il a, en 2008, renié ses précédentes interventions. Cet article décrit comment le témoin Ruzibiza est devenu un personnage public.

 

 

1. INTRODUCTION

 

La guerre civile, qui commença au Rwanda en octobre 1990 et se termina en juillet 1994 par la victoire du Front patriotique rwandais (FPR), n’a été que peu étudiée, hors des cercles militaires. Certes, la chronologie et la cartographie des combats peuvent être reconstituées. Mais cette connaissance laisserait en suspens nombre de questions. Par exemple, si les Forces armées rwandaises (FAR) ont repoussé la première attaque de l’Armée patriotique rwandaise (APR), elles ont rapidement subi des défaites face à la guérilla et n’ont dû, en février 1993, l’arrêt de l’avance de l’APR sur Kigali qu’au renfort des militaires français. Pourtant, les FAR, de 5 000 hommes en 1990, étaient passées à 35 000 hommes en 1993. Même si l’on sait combien la haute hiérarchie militaire était inextricablement mêlée aux autorités politiques dans un pays dont le président, un général, chef de l’état major, ne démissionna de l’armée qu’en 1992 pour pouvoir se présenter à une éventuelle élection présidentielle, même si les conflits existant entre les « anciens » hauts-gradés et les plus jeunes, diplômés d’écoles militaires ne sont pas restés secrets, il n’y a pas de collecte systématique de documents et de témoignages qui permettraient de tracer un tableau précis des conditions qui ont conduit aux échecs puis à la défaite des FAR, de relier ces échecs au contexte de l’époque. Les militaires qui ont été auditionnés par les parlementaires français, en 1998, ont souligné les faiblesses de l’armée rwandaise qu’ils jugeaient assez graves pour que leur soutien paraisse indispensable. Il doit assurément exister nombre de données et de rapports adressés du terrain au ministère français de la Défense, mais, jusqu’à présent, ces documents ne sont pas accessibles aux chercheurs. Quant à l’APR, il y a encore moins d’enquêtes indépendantes sur ses pratiques de guerre, sur son organisation, sa discipline et ses tensions internes, sur le recrutement de ses hommes, sur leurs carrières, sur leur participation aux violences de combat et à celles contre les blessés, les prisonniers, les civils.

Lorsque les historiens sont confrontés à une telle pénurie documentaire, les récits de témoins et de participants sont précieux. Même s’il est difficile d’en mener la critique, ils comportent des éléments à partir desquels poser des questions inédites permettant d’échapper aux histoires officielles. C’est pourquoi, lorsqu’un ancien militaire de l’APR entreprit de relater longuement sa propre expérience et ses observations sur les pratiques combattantes de la guérilla, il m’a semblé que ce document ne devait pas rester confidentiel.

 

L’auteur du document, né au Rwanda, en 1970, de parents tutsis, s’est engagé, en 1990, dans l’armée du FPR. Il s’enfuit en Ouganda en février 2001, car, dit-il, il craignait pour sa vie. Il fait donc partie des nombreux dissidents politiques et militaires du FPR qui avaient quitté le Rwanda.

 

Je présenterai le parcours du lieutenant Abdul Joshua Ruzibiza, non pas le détail de sa biographie mais les moments caractéristiques de ses activités de témoin. Ultérieurement, ce travail devrait s’inscrire dans une analyse plus large de cette catégorie spécifique de témoins : les dissidents du FPR.  

 

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