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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

RDCongo: Nous produisons l'électricité, mais nous gérons l'obscurité

26 Septembre 2009 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Ressources et environnement

KINSHASA, (IPS) – « Nous produisons de l’électricité, mais nous gérons l’obscurité. Nous avons de grandes sources d’énergie électrique, mais seulement 20 pour cent de la population a accès à l’électricité parce qu’une grande partie de l’énergie est vendue à des pays étrangers ».

Ces propos sont de Georges Bokundu, qui travaille pour la ‘Open Society Initiative for Southern Africa’ (Initiative de la société ouverte pour l’Afrique australe – OSISA) en République démocratique du Congo (RDC). Il a ajouté : « Les populations dans la région de Bakongo ont vu des lignes électriques en train d’être posées. Ces lignes passent au-dessus de leurs têtes. L’électricité ira au Congo Brazzaville, en Zambie et au Zimbabwe. Pendant tant d’années, elles ont vu ces lignes électriques, mais elles n’ont jamais vu une ampoule électrique allumée ».

En 2008, le gouvernement de la RDC a annoncé son intention de privatiser un nombre d’entreprises publiques, affirmant que cette démarche permettra de les rendre rentables. Mais la grande question à laquelle le peuple congolais souhaite avoir une réponse est de savoir s’il bénéficiera des retombées de cette vente.

« Sommes-nous en train de privatiser simplement pour l’amour de privatiser? », a demandé, dans un entretien avec IPS, Victor Nzuzi Mbembe de la Plate-forme pour le développement, une organisation pour la justice sociale basée à Kinshasa, la capitale congolaise.

Pour Nzuzi, la RDC raconte l’histoire de l’Afrique « d’une manière très aiguë ». Malgré le fait que le continent soit riche en ressources minières, ces richesses ne profitent pas aux Africains. La même chose est en train de se passer en RDC.

Il a dit que le peuple de la RDC est en train de souffrir « d’une gueule de bois coloniale » puisque « 65 pour cent des entreprises en RDC sont détenues par des sociétés multinationales ».

Nzuzi a accusé le gouvernement de la RDC du refus de réformer les entreprises publiques pour les rendre rentables. Au lieu d’introduire des réformes, le gouvernement congolais est préoccupé par la vente des entreprises publiques aux entreprises étrangères qui sont intéressées uniquement par le pillage des ressources de la RDC.

Actuellement, il y a une opposition grandissante de la part des groupes de la société civile en RDC au sujet du rachat envisagé des entreprises, et des projets de co-entreprise que le gouvernement du président Joseph Kabila est en train de négocier avec des entreprises chinoises.

La Plate-forme pour le développement a souligné que le gouvernement congolais a déjà accepté neuf milliards de dollars d’investissements en provenance de la Chine, à dépenser sur l’exploitation minière et les infrastructures, malgré l’opposition du Fonds monétaire international (FMI) et des groupes de la société civile en RDC.

Selon cet accord, les Chinois vont racheter certaines des entreprises d’Etat et travailleront en partenariat avec d’autres. Au nombre des entreprises d’Etat qui collaboreront avec les entreprises chinoises, figurent ‘Sicomines Sarl’, une co-entreprise entre la Générale des carrières et des mines (Gécamines) – une entreprise publique de production de métaux – et diverses sociétés minières chinoises.

Cette nouvelle co-entreprise – qui doit devenir fonctionnelle en 2011 – serait créée pour produire jusqu’à 400.000 tonnes de cuivre et 19.000 tonnes de cobalt par an. Plusieurs autres entreprises de la RDC travailleront également dans des co-entreprises avec ‘China Railway Engineering Corporation’ (Entreprise d’ingénierie des chemins de fer de Chine) et ‘Sinohydro Corporation’. Elles ont reçu des fonds de la ‘China Exim Bank’.

Bokundu a déclaré à IPS qu’il n’est pas satisfait de cet arrangement: « C’est de la privatisation sous le couvert de co-entreprises ». Son organisation souhaite une révision des lois qui régissent la privatisation des entreprises publiques.

« Quand nous demandons la réforme des entreprises publiques, il y a une raison pour laquelle nous faisons cela. Notre constitution dit que nous devons préserver nos ressources et toutes les choses qui sont faites au Congo doivent être au profit du peuple », a souligné Bokundu.

« Les lois sont claires sur comment et quand les entreprises publiques peuvent être réformées, mais elles ne sont pas respectées ». Bokundu a dit que certaines des sociétés dans le domaine des investissements, des télécommunications, de la finance, de l’énergie, des transports et des secteurs des mines, qui ont été privatisées depuis 2002, sont en train de réaliser d’énormes bénéfices évalués à des milliards de dollars.

« On dit que ces organisations sont paralysées alors qu’elles se font de l’argent. Le secteur privé en RDC et les cadres du gouvernement travaillent de connivence avec de grandes firmes internationales pour piller les ressources du Congo à travers la privatisation des biens de l’Etat », a expliqué Bokundu.

Il a dit que le cadre juridique actuel est plus favorable aux entreprises internationales pour exploiter l’économie de la RDC que pour profiter au peuple congolais. « Notre exigence est que rien ne devrait être fait pour nous sans nous ».

Le système du capital monopolistique devrait être réglé et le gouvernement de la RDC devrait annuler tous les contrats accordés aux entreprises privées avant la mise en place du gouvernement d’union nationale de la RDC en 2006.

Le gouvernement de la RDC est actuellement en train de revoir les contrats sur l’exploitation minière accordés aux entreprises étrangères au cours de la période de guerre qui, selon beaucoup de personnes, ont été acquis de manière frauduleuse, mais bon nombre d’entreprises étrangères en RDC refusent de coopérer.

Lorsque des mines appartenant à l’Etat ont été privatisées au milieu des années 1990, les grandes sociétés minières internationales se sont précipitées pour revendiquer la richesse minière du Congo, qui comprend le cobalt, le cuivre, les diamants, l’or, l’argent, l’étain et le coltan – essentiel pour être utilisé dans les téléphones cellulaires.

La série de minéraux touchés a fait l’objet d’une enquête approfondie au cours des guerres les plus récentes de la RDC. Les combattants de tous les camps ont obtenu des vivres, de l’argent et du matériel militaire en échange de ressources trafiquées. (FIN/2009)

Stanley Kwenda

23 sep

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