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 Editions Sources du Nil  : Livres sur le Rwanda, Burundi, RDCongo

Paul Kagame est-il en train de griller ses dernières cartouches pour la présidentielle de 2010?

27 Août 2009 , Rédigé par Editions Sources du Nil Publié dans #Newsletters

Billet d'humeur d'Eugène Shimamungu (Newsletter n°12)



Alors que la campagne présidentielle pour 2010 n’a pas officiellement commencé, nous assistons à un déploiement de la panoplie de Kagame pour pouvoir les gagner et justifier sa dictature : récolter des fonds nécessaires sur le dos de « One dollar campaign » ou des salariés, criminaliser le peuple rwandais en le traitant de « génocidaire » par l’opinion internationale interposée, refuser toute autre candidature à la  présidentielle  (notamment en refusant des passeports aux opposants du FDU pour faire campagne sur le territoire national), agiter la menace des FDLR.



Didier Drogba et Samuel Eto’o à la rescousse


La Commission Nationale électorale avait estimé en 2008, le coût à 10 millions de dollars, pour des élections qui seront en fin de compte truquées, loin des standards des élections libres et transparentes. La Commission européenne, principal pourvoyeur de fonds à des élections africaines qui sont, pour la grande majorité des pays africains, non seulement un passe-droit à l’aide financière dans d’autres domaines, mais aussi un soutien aux pouvoirs dictatoriaux existants sans aucun espoir de changement, a, sans doute, prévu une ardoise moitié moins importante, si elle doit être identique (4 millions d’euros) à celle prévue pour la République Centrafricaine pour ne pas créer de jaloux. A première vue le Rwanda  (Paul Kagame en particulier) risque de ne pas rentrer dans ses frais pour des élections dont on connaît les résultats ! Et l’on se demande déjà pourquoi la tenue de telles élections si l’on sait d’avance y compris la communauté internationale qu’elles vont être truquées.  Mais Paul Kagame en a besoin pour asseoir sa légitimité et pour recevoir l’aide internationale. Et l’on craint que des candidats éventuels autorisés par le pouvoir ne servent qu’à légitimer un pouvoir dictatorial, sanguinaire. Mais où donc  le pouvoir rwandais va-t-il tirer les fonds nécessaires pour l’organisation de ces élections, va-t-il puiser dans les caisses de l’état ? Ou va-t-il obliger les salariés à payer une cotisation mensuelle (10% du salaire), comme cela s’est déjà produit pour les élections précédentes ? En tous cas une partie de la réponse a déjà été trouvée. Dans son dernier numéro, le journal Umuseso accuse Paul Kagame de vouloir utiliser les fonds récoltés par « One dollar campaign » pour sa campagne électorale alors qu’ils étaient initialement prévus pour la construction des maisons aux orphelins du génocide. Ainsi les deux stars mondiales Didier Drogba et Samuel Eto’o qui ont participé à "One dollar campaign" auront été utilisés (à leur insu ?) dans la campagne électorale de Paul Kagame.


La criminalisation du peuple rwandais pour conforter le régime de Paul Kagame


Selon un article publié sur ce blog le 12 août 2009, Aegis Trust prétendait qu’il y avait 200.000 génocidaires en cavale à travers le monde. Ceci revenait ni plus ni moins à qualifier tout Rwandais vivant à l’étranger comme génocidaire. Mais quel est cet organisme ? A y regarder de près c’est encore une machine de propagande du FPR basée à Londres patronnée entre autres par Roméo Dallaire et autres appuis du régime comme l’ex députée travailliste Clare Short ou l’ancien procureur du TPIR  Richard Goldstone. Rien d’étonnant donc que le rapport annonce un chiffre délirant, alors que l’article cité de Scot Straus, professeur à l’Université du Wisconsin, (1) fait une estimation –  elle-même tirée par les cheveux, parce que non basée sur des témoignages fiables –  de 210.000 génocidaires sur l’ensemble du pays. Laure de Vulpian (dans son livre Un génocide oublié ?) quant à elle donne le chiffre de 250.000 et 1.000.000 de personnes impliquées à un degré moindre (pillages, destructions, incendies) et 20.000 génocidaires de catégorie 1 (organisateurs, planificateurs, hiérarques locaux, miliciens et tous ceux ayant appelé au meurtre : journalistes, préfets, bourgmestres etc.). Avec ces chiffres, on a fini de criminaliser le peuple et son administration. Les chiffres officiels donnent 1.174.000 victimes tandis que d’autres sources donnent une estimation de 500.000 personnes.

Cette criminalisation de la totalité du peuple rwandais est une volonté affichée du gouvernement pour justifier la dictature sanguinaire imposée au peuple rwandais par une junte militaire sans foi ni loi. A l’heure où l’on parle de la fermeture des Tribunaux Gacaca et du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), les chiffres pareils semblent insensés, étant entendu que le TPIR n’a déclaré qu’une dizaine de personnes en cavale et que les prisons rwandaises en 2000 détenaient 106.499 prisonniers présumés génocidaires dont à peu près la moitié ont été libérés, mais remplacés par d’autres personnes condamnées par les gacaca pour atteindre et peut-être dépasser ce chiffre.



Dupaquier -Braeckman : retour sur un attentat


Je ne sais pas pourquoi les propagandistes de Paul Kagame ramènent cette histoire sur le tapis, alors que l’intéressé lui-même n’a toujours pas nié son implication dans l’attentat qui a coûté la vie au Président rwandais Habyarimana, son homologue burundais Cyprien Ntaryamira, leurs suites respectives ainsi que l’équipage du falcon présidentiel. Paul Kagame a toujours répondu de façon évasive pour signifier qu’il en était bien l’auteur, notamment dans son interview avec le  journaliste de la BBC Stephen Sackur, que l’avion du président Habyarimana a été abattu en période de guerre et qu’un juge français n’a pas le droit de le juger ! Deux arguments de taille.

Les propagandistes de Paul Kagame ont sans doute été alertés par une recherche récente d’un Professeur  américain d’Université Edward Herman (publiée le 19 août 2009 : Genocide Inflation is the Real Human Rigths Threat : Yougoslavia and Rwanda) qui met à nouveau en cause Paul Kagame pour son rôle dans l’attentat contre le Président Habyarimana. Cet article n’est pas le premier du genre, mais il confirme encore une fois que les mensonges fabriqués par les thuriféraires de Paul Kagame ne résistent pas au temps. Pour répondre à cet article, Jean François Dupaquier, écrivain journaliste indépendant, très impliqué au sein de l’association « Survie » connue pour être la caisse de résonnance du gouvernement rwandais, et dans la construction du Mémorial du Génocide de Kigali comme Aegis Trust dont j’ai déjà parlé, est allé dénicher au Rwanda « un témoin-clé » qui déclare à la BBC être « son ami personnel » ! Pour être un témoin-clé, Richard Mugenzi, ex-opérateur radio de l’armée rwandaise,  a été cité dans l’ordonnance du juge Bruguière comme celui qui a transcrit la fameuse phrase félicitant  l’escadron renforcé qui a abattu l’avion présidentiel. Selon les nouvelles déclarations de Richard Mugenzi (appelé Murenzi par Colette Braeckman qui s’est fait, sur son blog, l’écho de la trouvaille de Jean-François Dupaquier), cette phrase n’aurait pas été transcrite à partir d’une réception radio mais lui aurait été dictée par un officier de l’armée rwandaise, le Col Anatole Nsengiyumva, détenu à Arusha et accusé d’être l’un des planificateurs du génocide. Or Richard Mugenzi qui a déclaré rentrer au Rwanda en provenance d’Arusha où il a vécu entre 1998 et 2008 au service du Procureur du TPIR n’a pas témoigné à charge à ce propos contre son supérieur.

Ce témoignage aurait constitué une belle preuve de « planification du génocide » que le Procureur n’a pas encore trouvée. Peut-être a-t-il craint le parjure devant le TPIR, punissable d’une peine de prison ferme et d’une forte amende (emprisonnement de 5 ans et/ou 10.000 dollars américains), et préféré donner son faux témoignage à Dupaquier à des fins de propagande et surtout pour sa survie au Rwanda. Les propagandistes de Paul Kagame n’aiment pas que celui-ci accepte être l’auteur de l’attentat, car il serait classé parmi les terroristes comme ceux du 11 septembre 2001, ce qui lui priverait de bien de soutiens internationaux.



FDU : toujours pas de passeports


Victoire Ingabire Umuhoza, candidate déclarée à la présidentielle de 2010, mais non encore autorisée (parce qu’elle doit rentrer au Rwanda d’abord, faire enregistrer son parti ensuite), ainsi que les militants des Forces démocratiques de Changement qui ont demandé les passeports, ne les ont toujours pas obtenus. En consultant le site de l’Ambassade du Rwanda en Belgique « Le délai d’obtention du passeport varie entre 1 et 2 mois à partir du jour de dépôt, sous réserve des (sic) éventuels (re-sic) irrégularités (re-re-sic) décelés (re-re-re-sic) par les services compétents ». Quatre fautes d’orthographe dans une phrase sur un site officiel ! Décidément la langue de Molière n’est pas le fort des diplomates rwandais actuels.

Revenons à nos moutons : les passeports ont été demandés il y a plus de deux mois (au mois de mai 2009), on peut se poser la question de savoir quelles irrégularités ont pu occasionner ce retard. A y regarder de très près on peut comprendre la tergiversation, sinon le refus de la délivrance des papiers aux citoyens rwandais qui veulent rejoindre leurs pénates : d’abord parce que Paul Kagame ne veut pas d’autre candidat à la présidence de la république (mais ceci est une erreur, je l’ai déjà signalé dans une autre newsletter) qui puisse gagner les élections contre lui, ce qui l’obligerait à de gigantesques fraudes (comme Faustin Twagiramungu à l’élection de 2003) ; ensuite il ne veut pas d’agitateurs en faveur de la démocratie qu’il aurait du mal à assassiner ou mettre en prison sans les protestations de la communauté internationale. Victoire Ingabire Umuhoza a déjà commencé sa campagne auprès des grands décideurs internationaux, ce qui fait encore plus peur à Kagame. Elle pourrait essayer de convaincre Tony Blair, dont on dit qu’il est le véritable Premier Ministre du Rwanda, de lui donner le passeport ainsi qu’à ses militants, qui devraient hésiter à entreprendre un voyage sans retour au Rwanda et peut-être vers la mort.

En tous cas, je donnerai un conseil à Paul Kagame de délivrer les passeports et utiliser d’autres moyens pour gagner les élections. Quoique les FDU n’ont pas besoin de passeports pour rentrer au Rwanda, s’ils ont récupéré leurs papiers attestant qu’ils sont d’origine rwandaise auprès des organismes qui leur ont octroyé l’asile. Même anciens, ces papiers devraient leur permettre soit de recourir à l’OMI ou au HCR, ou alors prendre l’avion sans ce concours. On n’a pas besoin de passeport pour rentrer  volontairement dans son pays d’origine mais d’une simple carte d’identité. Pour ceux qui résident en France, il faut s'adresser au Ministère de l'intérieur. Chacun devrait même bénéficier d'un billet d'avion gratuit accompagné d'un pactole d'environ 10.000 euros pour l'installation à son compte au Rwanda d'une petite entreprise!

Il y a beaucoup de Rwandais au Rwanda qui ne possèdent pas de passeports. A moins que les FDU demandent les passeports pour pouvoir revenir.


L’épouvantail FDLR marche toujours, à partir du… Burundi


L’entrée sur le territoire burundais de quelques 17 rwandophones qui avaient pris un raccourci pour aller livrer un match de football au Rwanda – il existe encore des inconscients dans cette région –  a provoqué la mise en alerte de l’arme burundaise ainsi que la visite au Burundi du Ministre rwandais de la Défense, Marcel Gatsinzi.  Ces footballeurs ont été pris pour des FDLR et leur libération a été soumise aux négociations diplomatiques, comme si les footballeurs porteraient d’autres armes que leurs pieds ! Par ailleurs le Burundi a juré de n'accueillir aucun réfugié rwandais, même si les Hutu au pouvoir ont bénéficié de l'hospitalité rwandaise jusqu'au départ de la population en exil en 1994.

Bref l’épouvantail FDLR a encore fonctionné et la communauté internationale a encore une fois marché dans la manipulation. A la mi-juin 2009, le parc des Virunga avait été mis à feu pour empêcher les FDLR pourchassés au Congo d’y trouver refuge. Le Rwanda a alors prétendu qu’il s’agissait d’un apiculteur, alors que les images trouvées sur YouTube montraient qu’il y avait plusieurs foyers d’incendie et qu’un seul apiculteur ne pouvait être à l’origine de la destruction par le feu de cette forêt qui abrite les gorilles de montagne. Les FDLR aujourd’hui affaiblis, ne devraient pas constituer une menace pour le Rwanda. Mais il faut toujours que Paul Kagame puisse l’utiliser chaque fois que de besoin.


En conclusion


Paul Kagame est en train de faire feu de tout bois, avec une telle cadence l'on s’imagine encore avec quelles énergies il va parvenir à la date des élections. Ah si! Reste encore les disparitions de personnes et les discours!!!


 

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